Le Journal d’Alain Dumait

Un autre regard sur la crise

La  » fête  » au  » Monde « 

Posted by alaindumait sur 08/03/2003

 

lafacecacheedumondeL’extraordinaire succès de l’ouvrage de Pierre Péan et de Philippe Cohen,  » La face cachée du « Monde »  » – dont la totalité du premier tirage de 80 000 exemplaires a été vendue dès le premier jour de la mise en rayons – prouve, s’il en était besoin, que les Français se passionnent pour la critique de leurs médias, auxquels, par contre, ils font globalement de moins en moins confiance.
Mais, pour l’essentiel, ce bouquin repose sur une affirmation qui me paraît erronée : le journal  » Le Monde  » aurait changé de nature avec l’arrivée à la tête de cette institution médiatique française, en 1994, d’un trio constitué par le directeur du journal, Jean-Marie Colombani, le président de la société des lecteurs du  » Monde  » Alain Minc et le directeur de la rédaction Edwy Plenel. Il y aurait une rupture entre le nouveau  » Monde  » et l’ancien  » Monde « . Avant, et en particulier du temps de son fondateur Hubert Beuve-Méry, ce journal avait une morale, une déontologie et des principes. Après cette date, ce serait une longue dérive dont les auteurs racontent l’histoire par le menu. Telle est la thèse centrale.
L’anti-chiraquisme de Colombani, l’anti-mitterrandisme de Plenel, le mondialisme balladurien de Minc sont à connaître pour comprendre. Si, politiquement, le premier est un opportuniste, le second a été formé, et pendant quinze ans, par le courant trotskiste de la ligue communiste d’Alain Krivine, faisant ses premières armes à la rédaction du journal  » Rouge « . Et le récit très détaillé – peut-être trop d’ailleurs – qui nous est fait par les auteurs des luttes intestines qui ont précédé cette prise de pouvoir, nous permet d’imaginer que la ligne éditoriale du journal eût pu être différente, si le sort des urnes ou de certaines assemblées générales de la société des rédacteurs avait tourné différemment. Mais, fondamentalement,  » Le Monde  » est ce qu’il est et ce qu’il a toujours été : un journal faisant facilement la morale, détestant toute forme de nationalisme, indulgent pour tout tiers-mondisme, pro-étatiste, ménageant les syndicats, épargnant le secteur public en général et l’Éducation nationale en particulier, où il trouve d’ailleurs ses lecteurs les plus fidèles.

Caste médiatique

L’hypocrisie à l’égard de l’argent, qui apparaît souvent dans les colonnes du journal, est également pratiquée depuis toujours par ses dirigeants. Péan et Cohen reprochent à Colombani le niveau de son salaire et les  » ménages  » qu’il ne répugne pas à faire pour améliorer ses fins de mois. Mais l’exemple fut donné dès les années soixante par le fondateur Hubert Beuve-Méry qui, s’il circulait en 2 CV à Paris, retrouvait chaque week-end les coussins de sa Rolls à Fontaine-le-Port (78) !
Les auteurs citent également un grand nombre d’exemples d’aveuglement du journal, d’affirmations fausses, de mises en cause sans fondement, de partis pris contraires à la simple honnêteté. Les plus anciens de nos lecteurs se souviennent sans doute de ce qu’était  » l’objectivité  » de l’ancien  » Monde « , quand il s’agissait de traiter des affaires de l’ex-Indochine, de l’Algérie ou du Cambodge, pays où le correspondant français de référence, dont nous ne rappellerons pas le nom, par charité, était un grand ami des Khmers rouges…
 » Le Monde  » a du pouvoir. Il en use et il en abuse comme le rappellent opportunément Péan et Cohen. Mais eux aussi ont du pouvoir. Et je ne suis pas sûr que l’un et l’autre n’en aient jamais abusé… Le second dans les colonnes de l’hebdomadaire  » Marianne « , le premier, par ses ouvrages dont les plus récents ont été consacrés, largement, à la défense de la mémoire de feu François Mitterrand, dont il avait tant la confiance qu’il a pu écrire, à la grande satisfaction de l’intéressé,  » Une jeunesse française « , qui s’efforçait de recoller les morceaux, depuis l’origine, d’une vie politique mouvementée. C’est d’ailleurs parce que le journal  » Le Monde  » rendit compte avec une grande partialité de cet ouvrage, s’enfonçant dans la brèche du pétainisme supposé de l’ancien président de la République, que Pierre Péan, blessé et déçu, commença à ruminer les éléments de sa vengeance, en forme de ce pamphlet.
En vérité, des manquements à la morale et à l’objectivité relevés à la pelle et dénoncés par les auteurs de ce livre sur  » Le Monde  » pourraient, de la même façon, être mis à jour pour bien d’autres journaux. Car, dans leur immense majorité, les journalistes français d’aujourd’hui écrivent moins pour les lecteurs, leurs clients, que pour participer aux délicieuses intrigues des pouvoirs, dont ils sont les témoins, les complices, et dont ils rêvent d’être les acteurs.
C’est pourquoi, il y a 25 ans, j’ai pris, pour ma part, la décision de rompre avec cette caste.

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