Le Journal d’Alain Dumait

Un autre regard sur la crise

Archive for février 2006

La droite ferait bien de prendre Ségolène Royal très au sérieux

Posted by alaindumait sur 26/02/2006

Il se dit que Ségolène Royal est conseillée  par Christophe Lambert, Président de Publicis Conseil et auteur à succès de l’ouvrage « La société de la peur », paru chez Plon au mois d’août dernier.

L’auteur s’interroge sur le processus qui a fait basculer la société française, en moins de trente ans, de l’espoir à la peur. Ses réflexions inspirent la candidate socialiste. S’il en était besoin, on en a eu la preuve, le 2 février dernier, dans le quotidien britannique « Financial Times ». La dame de Niort y déclarait un soutien total à la ligne politique de Tony Blair, abhorré par les dirigeants du PS (à l’exception de Jean-Marie Bokel dont la motion, au congrès du Parti socialiste du Mans, le 22 novembre dernier, n’a pas réussi à atteindre la barre de 1 % des suffrages).

Le blairisme, vu de France, comporte différents aspects qui tous sont autant de leçons que les hommes politiques français seraient bien inspirés d’écouter, ce qui explique d’ailleurs leur commune détestation. 
Quand Tony Blair arrive au pouvoir en 1997, il a 43 ans. Il doit à la mort accidentelle, en 1994, du précédent leader de son parti, John Smith, d’être alors Premier ministre. Sa première et principale décision est de conserver, même de poursuivre, les réformes mises en œuvre par Margaret Thatcher, malgré les réclamations bruyantes de l’aile syndicale du Labour. Le pouvoir des syndicats reste contenu. Les privatisations se poursuivent. Les dépenses publiques sont réduites. Le budget est équilibré. La législation sociale simplifiée. En Grande-Bretagne, la feuille d’impôt ne comporte que trois ou quatre lignes.

Le programme législatif de Tony Blair tient tout entier au dos de sa carte de visite. Pendant huit années, le succès économique est au rendez-vous. La Grande-Bretagne a rattrapé la France. Londres demeure, et de loin, la première place financière européenne. Les Anglais se félicitent tous les jours de ne pas avoir adopté les facilités de l’euro. Au plan économique, Tony Blair est un pragmatique, adepte de la flexibilité et de la concurrence. Mais c’est aussi un socialiste, partisan d’une forte redistribution des revenus par le biais de la fiscalité et des dépenses publiques, en particulier au profit des jeunes, des familles et des catégories défavorisées.

En politique étrangère, conformément à une longue tradition britannique, il privilégie toujours la relation transatlantique avec les États-Unis, quelle que soit la couleur politique du Président de la première puissance mondiale. C’est un socialiste qui croit au capitalisme, qui aime l’Amérique et qui défend l’Occident. Pour un observateur français, c’est évidemment un drôle de zèbre !…
Le blairisme n’est pas que ça. Le Premier ministre britannique s’est engagé dans le sens d’une politique de sécurité qui, en France, ferait frémir les bonnes âmes. Cette politique a évidemment été renforcée après les attentats de Londres du 7 juillet 2005. Un seul exemple parmi beaucoup d’autres : il y a Outre Manche un programme au terme duquel le nombre de caméras installées pour la surveillance de l’espace public passera bientôt de 2 à 20 millions d’appareils ! En France, nous n’en sommes qu’à quelque dizaine de milliers de ces mouchards, et les socialistes, en particulier à Paris, trouvent que cela fait déjà beaucoup…

En se livrant à ce panégyrique, Ségolène Royal, qu’on dit souvent prudente, jusqu’à préférer ne rien dire que d’en dire trop, s’est clairement et courageusement positionnée. En tout cas aussi loin (aussi bien) qu’on puisse l’attendre d’une candidate socialiste.

La presse internationale ne s’y trompe pas qui multiplie les portraits de la Présidente de la région Poitou-Charentes
Nous examinerons ses déclarations à la loupe. Répondant aux questions du « Financial Times », au début du mois, elle a dit autre chose qui est passé à peu près inaperçu de mes confrères : elle prendra sa décision définitive en septembre prochain. Et de toute façon, ce sera elle ou son compagnon François Hollande. On a compris qu’ensemble ils feront obstacle à tout autre.

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On ouvre des brèches pour ne pas faire les réformes

Posted by alaindumait sur 19/02/2006

A droite, on entend actuellement toutes sortes de points de vue sur les nouveaux contrats de travail présentés par le Premier ministre Dominique de Villepin comme autant de progrès et de solutions pour résoudre le problème lancinant du chômage et en particulier celui des jeunes, domaine où l’impéritie de notre politique publique depuis au moins trente ans nous vaut une peu enviable lanterne rouge en Europe.

Le gouvernement a tout d’abord inventé le Contrat nouvelle embauche (CNE) réservé aux PME employant 20 salariés au plus. S’agissant d’entreprises où les syndicats sont à peu près inexistants, la levée de boucliers fut très limitée. En outre, le CNE afficha rapidement de bons résultats, puisqu’on estime aujourd’hui que plus de 200 000 contrats de ce type ont été signés depuis le mois d’août, sans qu’il soit possible de faire la distinction entre les contrats qui auraient été signés de toute façon et ceux qui, sans CNE, ne l’auraient pas été. Cet « effet d’aubaine » est en effet intrinsèquement non mesurable.

Sans doute, le chef du gouvernement fut-il le premier surpris du succès de son audace. Ce qui l’amena à entériner une nouvelle modification du Code du travail sous la forme du CPE : un nouveau contrat lui aussi d’une durée de deux ans, pendant laquelle l’entreprise est libre de licencier la personne nouvellement recrutée, mais s’appliquant cette fois-ci à tous les jeunes de moins de 26 ans.

Le CPE, c’est sa caractéristique principale, s’applique à toutes les entreprises, y compris les entreprises publiques dont on sait qu’elles sont les fiefs de nos chers syndicats. Du coup, la mobilisation politico-syndicale de la gauche a été d’une tout autre ampleur.

À l’Assemblée nationale, pour faire voter son texte, le gouvernement a dû recourir à l’usage du vote bloqué (article 49-3 de la Constitution). Et les adversaires du CPE ont promis qu’ils continueraient la guérilla contre cette innovation car, pour ces gens-là, ce n’est pas parce qu’une loi a été votée qu’elle doit légitimement être mise en œuvre…

Pour faire avaler la pilule à ceux qui, de bonne foi, critiquent le CPEDominique de Villepin, dans une interview accordée au quotidien « Le Figaro », lundi 13 février, a annoncé qu’au-delà de cette réforme, il n’y aurait sans doute pas d’autres modifications du Code du travail avant les élections présidentielles de 2007. Des commissions pourront bien continuer à réfléchir à une refonte générale du contrat de travail, les applications concrètes seront reportées au deuxième semestre de l’année prochaine.

Sans accorder à cette affaire une importance excessive, on est tenté de soutenir le gouvernement, non seulement parce qu’un certain nombre de jeunes trouveront ainsi un nouvel emploi, mais encore, parce que toute brèche effectuée dans la muraille d’un Code du travail se souciant comme d’une guigne de ceux qui piaffent pour entrer sur le marché du travail, est évidemment à encourager.

D’une façon plus générale, beaucoup de mes amis libéraux se disent partisans d’une « stratégie de brèches ». Que ce soit par rapport au Code du travail ou par rapport au Code des impôts. Faute d’obtenir immédiatement la simple liberté d’embaucher et donc de licencier, faute de l’avènement d’un système fiscal globalement moins spoliateur, toute exception, toute niche serait bonne à prendre. Et serait même le point de départ d’une évolution conduisant inévitablement à la réforme globale, soit du droit du travail, soit du Code général des impôts.

Ils disent aussi : c’est une sorte de fuite dans un système jusque-là étanche. Une façon de le vider de sa substance. Pour ma part, je suis plus que sceptique sur cette stratégie. Le CPE est bon à prendre tout comme n’importe quelle « niche » fiscale. Mais l’effet d’entraînement de ces mini-réformes sera à peu près nul. Les droits social et fiscal seront encore plus complexes et inégalitaires. Mais ces caractéristiques ne sont pas de nature à accélérer l’effondrement du système public français, lequel ne peut survenir que par les urnes.

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OPA de Mittal sur Arcelor

Posted by alaindumait sur 05/02/2006

Arcelor est certainement l’une des entreprises les plus emblématiques du capitalisme à la française. D’abord parce qu’avec son siège à Luxembourg, ses usines dans 60 pays, elle est le fruit d’une sorte de Meccano, qui aboutit, en 2002, à la fusion entre un groupe espagnol, un groupe belgo-luxembourgeois et un groupe françaisUsinor, lui-même reconstruit à partir des dépouilles du groupe éponyme, acculé quelques années plus tôt à la faillite, mais redressé à coups de subventions publiques.

Pendant deux ans, Arcelor fut le numéro un mondial. Cocorico ! Avec un peu de ressources propres et beaucoup de crédits, Arcelor faisait son marché, rachetant ici ou là des aciéries en difficulté et acceptant de surpayer pour s’ouvrir des marchés, comme le mois dernier encore, pour mettre la main sur le canadien Dofasco.
À cette occasion, les analystes financiers faisaient remarquer que le groupe européen acceptait de valoriser la tonne d’acier produite par sa proie sur la base de 8 000 dollars. L’offre dont vient de faire l’objet Arcelor ne valoriserait la tonne produite qu’à hauteur de 4 000 dollars. La spéculation a donc de beaux jours devant elle.

La parole est maintenant aux marchés financiers. Arcelor et la plupart des grandes entreprises françaises sont non seulement dirigées par un management constitué de techniciens, mais son conseil d’administration est à la botte du président et de la direction générale, alors que ce serait évidemment l’inverse si l’entreprise était la propriété d’actionnaires puissants et identifiés.
Le capitalisme à la française s’imagine qu’un grand groupe n’a pas besoin de capitalistes. On va en voir les conséquences…

Car, en face, l’attaquant est un capitaliste pur sucre. Lakshmi Mittal, 50 ans, troisième fortune mondiale, est un quasi self made man qui est majoritaire dans le capital de toutes ses affaires (alors que le principal actionnaire d’Arcelor, l’État luxembourgeois, ne détient que 5 % du capital de l’entreprise). Il a les moyens de son OPA sur Arcelor, alors que cette dernière n’a aucun moyen de lui renvoyer la balle. Tous les moulinets du ministre des finances n’y changeront rien : comme toute entreprise cotée en bourse Arcelor appartiendra au plus offrant.

Et si ce n’est pas Mittal Steel ce sera un autre. C’est d’ailleurs ce que la bourse de Paris anticipe avec des cours de l’action Arcelor d’ores et déjà supérieurs à l’offre de MittalArcelor valait 22 euros avant l’OPA. L’action valait 29 euros ce lundi 30 janvier. Sur la base d’un prix en ligne avec ce qu’Arcelor a accepté de payer à Dofasco, elle pourrait dépasser bientôt les 50 euros. Quel actionnaire résistera ? Certes, l’affaire ne fait que commencer. Mais son issue est certaine. Seul le nom du repreneur final reste à connaitre.

Le capitalisme sans capitaux et sans capitalistes, rêve conjoint de la gauche et de la fausse droite, cœur du consensus étatiste entre nos syndicalistes stipendiés et nos technocrates autoproclamés, n’a aucune chance de prospérer dans le monde d’aujourd’hui.

Il nous faudra bien ouvrir les yeux. L’Inde non seulement va bientôt rattraper la Chine en terme de population, mais aussi en terme de développement. Et là-bas, l’enrichissement n’est pas soumis au bon vouloir d’un parti communiste ! Savez-vous, par exemple, qu’une somme d’argent mise il y a trois ans dans un fonds de placement investi en actions indiennes a plus que triplé de valeur ? (il en est d’ailleurs de même pour plusieurs fonds investis en actions d’Amérique du sud ou d’Europe de l’Est…)
En Inde, ou ailleurs, le développement passe par le profit et l’épargne. Il suppose l’enrichissement d’individus, qu’on appelle des entrepreneurs.

De toute la classe politique française, Serge Dassault est à ce jour le seul qui semble approuver l’OPA de M. Mittal sur Arcelor. Certainement pas parce qu’il est sénateur UMP, ni parce qu’il possède « Le Figaro ». Mais parce qu’il s’appelle Dassault. Dans les années à venir, les milliardaires vont beaucoup nous manquer…

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