Le Journal d’Alain Dumait

Un autre regard sur la crise

Archive for mars 2006

Dominique de Villepin n’est pas défendable

Posted by alaindumait sur 29/03/2006

Je reviens d’un court séjour dans un pays où le visiteur est d’emblée frappé par la multiplication des panneaux portant la mention « nous embauchons » apposés sur la plupart des vitrines des boutiques ou à la porte des entreprises. Cela se passe au Canada. Sur l’autoroute qui va de l’aéroport au centre-ville de Montréal, on trouve même d’immenses panneaux publicitaires avec les adresses Internet des services de recrutement des grandes entreprises.

Au Canada donc, les entreprises se battent pour recruter, et les jeunes qui cherchent du boulot, un petit boulot pour l’été, ou un vrai pour commencer sérieusement dans la vie, n’ont que l’embarras du choix.
Là-bas, partout, et pas seulement dans les provinces riches en hydrocarbures comme l’Alberta, la croissance économique est forte, supérieure à 4 % par an. La principale raison de cette bonne santé économique, de l’avis unanime des observateurs, réside dans la bonne gestion des finances publiques : il y a une dizaine d’années, le gouvernement d’Ottawa, « libéral » (au sens anglo-saxon, c’est-à-dire « socialiste »), a décidé d’opérer un basculement fondamental en passant d’une culture du déficit public à une culture inverse, celle des excédents budgétaires. Et toutes les provinces canadiennes ont également renversé la vapeur. Chaque année, la dette publique diminue. La charge annuelle du remboursement de la dette pèse de moins en moins lourd.

Bien sûr, il a fallu tailler dans les effectifs de l’administration et fermer un grand nombre d’agences et de services publics. Leurs taches furent aussitôt prises en charge et assumées très correctement par des entreprises privées. L’État fédéral, comme les gouvernements des provinces, demeurent largement des États providence, où la santé et l’éducation sont collectivisées, à peu près comme chez nous. Mais, grâce à une gestion sérieuse des finances publiques, le pays a retrouvé le chemin du dynamisme.
Dans ces conditions, puisque le pays manque de main-d’œuvre qualifiée, on augmente sensiblement les quotas d’immigration, dans le cadre d’un système de sélection, avec une grille de points, qui donne toute satisfaction, et qui a d’ailleurs été repris par plusieurs autres pays, tels l’Australie et la Nouvelle-Zélande. On dit que Nicolas Sarkozy est très intéressé par le système canadien de sélection des immigrés, mais le contexte économique général des deux pays est très différent, hélas ! à notre détriment. Chez nous, l’immigration choisie ne ferait que s’ajouter à l’immigration subie (voir page 3)…

Au Canada, on regarde la France et les manifestations violentes contre le Contrat nouvelle embauche, avec des yeux ronds. Un tel contrat de travail, spécifique aux jeunes de moins de 26 ans, n’existe évidemment pas. S’il était mis en œuvre chez nous, nous serions le seul pays au monde à avoir un tel dispositif ! D’autre part, comme dans tous les pays civilisés, les seules manifestations qu’il est possible d’observer dans la rue sont à la fois très rares, plutôt modestes, et organisées de telle façon qu’elles n’entravent jamais la liberté d’aller et de venir de tout un chacun. Que l’on puisse brûler des voitures, hier dans les banlieues, aujourd’hui sur l’esplanade des Invalides (à deux pas de l’Assemblée Nationale…) — et, en vérité, chaque nuit, un peu partout en France, pour des dizaines ou des centaines de faits – est, dans le monde entier, un sujet de grand étonnement.
Pour s’opposer aux tyranneaux-syndicalistes, qui manipulent des millions de jeunes Français, qui font fermer les lycées et les facs par l’intimidation violente, et appellent la racaille black des banlieues à venir casser et voler pour faire peur aux citoyens normaux, on aimerait pouvoir soutenir le Premier ministre qui, jusqu’à présent, a montré au moins un certain cran. Ce n’est évidemment pas son entêtement qui pose problème. Mais plutôt, hélas ! cette incapacité à gouverner correctement notre pays, qu’il a déjà à plusieurs reprises démontré, et qu’il partage entièrement avec son maître, dont il fut longtemps, à l’Élysée, le plus funeste conseiller.

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La fête économique planétaire et ses fauteurs de trouble

Posted by alaindumait sur 15/03/2006

Plus ou moins explicitement, nous nous interrogeons tous, constamment, sur le point de savoir de quoi demain sera fait, pour nous, pour nos enfants ou nos petits-enfants.

Quand on est Français, vivant en France, il faut évidemment s’efforcer d’élargir son horizon au-delà de nos frontières, au-delà de la vieille Europe, jusqu’au monde tout entier aujourd’hui globalisé et même en voie de rétrécissement permanent.
Alors, les motifs d’optimisme sont impressionnants. La croissance économique mondiale annuelle tourne autour de 4 % tandis que les locomotives indienne et chinoise tirent leur pays respectif sur un trend de croissance de 8 à 10 % par an. Ce phénomène de développement accéléré n’a aucun équivalent dans l’histoire économique de la planète. Même la comparaison avec les débuts de l’ère industrielle au xixe siècle en Europe, tourne à l’avantage des pays émergents de ce xxie siècle, non seulement parce que les technologies sur lesquelles ils s’appuient sont à la fois très performantes et de mise en œuvre relativement facile, mais encore, parce qu’ils disposent de vastes réservoirs de main d’œuvre, ce qui n’était pas le cas de l’Angleterre, de la France ni même, en tout cas dans ces proportions, des États-Unis.

L’inflation mondiale a disparu. Malgré l’augmentation vertigineuse du prix des matières premières et du coût de l’énergie, les coûts de production restent stables, voire baissent, sous l’effet de la productivité, des nouvelles technologies de l’information, et aussi parce que plus d’un milliard de Chinois et d’Indiens attendent à la porte de la civilisation industrielle.
C’est cette situation qui explique la forme insolente des bourses mondiales. Un spécialiste de la gestion financière d’actifs comme Michel Cicurel, Président du Directoire de la Compagnie financière Edmond de Rothschild estime, dans ces conditions, que la tendance haussière de la bourse qui, sur les deux siècles précédents, a été en moyenne de 7 % par an, pourrait être sensiblement plus élevée au cours des prochaines années.

Libre à chacun d’en profiter. Par exemple, en investissant en bourse, et plutôt sur les marchés des pays émergents qu’à Paris, Londres ou New York. Mais on peut aussi mettre un sérieux bémol à cet optimisme béat…
Tout d’abord, le contenu même de cette sacro-sainte production, peut être facilement contesté. Dans nos comptes nationaux, construire ou détruire sont également productifs. Tout s’évalue « au prix du marché ». Les dépenses énergétiques ne représentent qu’une petite part de l’indice des prix. Mais que produirait-on sans énergie ? Nous sommes devenus des économies de services. Mais que deviendraient ceux-ci sans l’industrie ?…

Ce n’est pas tant les économistes dissidents qui risquent de venir troubler ce que Cicurel appelle « la fête économique planétaire », c’est plutôt d’autres personnages, sans doute moins intelligents, mais beaucoup plus violents. Car le terrorisme mondial qui se développe chaque jour et qui a pris aujourd’hui une dimension universelle, ne menace pas seulement nos vies individuelles, il menace également la prospérité du monde entier. Au débouché du Golfe arabo-persique, le détroit d’Ormuz est si étroit qu’un seul super-pétrolier, immobilisé, pourrait en empêcher l’accès. C’est un exemple et un symbole de la vulnérabilité de notre approvisionnement en énergie et donc du bon fonctionnement de la machine économique, dont on peut dire que, si elle tourne de plus en plus vite, elle est aussi de plus en plus fragile.

Comme toujours, depuis l’origine de l’humanité, un couple de forces antagoniques est à l’œuvre. Grâce à la mise en œuvre de leur intelligence, les individus font chaque jour des progrès. Leur situation matérielle s’améliore. Mais inversement, des phénomènes collectifs viennent sans cesse contrarier cette merveilleuse évolution. Hier, c’était des guerres. Aujourd’hui, c’est la terreur islamique.

Toujours les désordres ont été les pires ennemis de la paix, sans laquelle s’en est fini de la prospérité et du progrès.

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L’information sur l’immigration à la rubrique des faits divers

Posted by alaindumait sur 08/03/2006

Les « faits divers » nous révèlent, avec évidence et pertinence, les dysfonctionnements de notre présente société.
Chaque jour, de nouvelles affaires de pédophilie sont mises sur la place publique, nous dévoilant le degré de violence familiale et de misère sexuelle qui touchent un grand nombre de nos concitoyens.

Dans cette ambiance, à Outreau, un juge d’instruction qui n’avait pas 30 ans, prend pour argent comptant les témoignages d’enfants et d’une femme mythomane. Il confond plausibilité, vraisemblance, et preuve. Les modalités de l’instruction judiciaire, pierre angulaire de notre justice, sont enfin remises en cause.

Un jeune homme, né en France, de parents ivoiriens et musulmans, Youssouf Fofana, était à la tête, à Bagneux, près de Paris, d’un gang, organisé pour prendre en otage des personnes, afin de réclamer à leurs familles des rançons. Le gang en question comportait au moins une trentaine de membres, dont 21 ont été à ce jour mis en examen.
À cette occasion, on apprend beaucoup de choses. Il y a eu l’année dernière, en France, 1 953 faits constatés de séquestration ! Et, selon des experts de la police, quai des Orfèvres, sept braquages sur dix, en région parisienne, impliquent des délinquants d’origine africaine !

La France a non seulement un problème avec son immigration en général, avec l’islam en particulier, elle a aussi un énorme problème « black », qui nous est révélé avec cette affaire Fofana. Un peu comme les attentats du 11 septembre nous avaient révélés, pour notre plus grande stupéfaction, que la France était un pays hébergeant de nombreux terroristes « français », dont certains sont d’ailleurs toujours incarcérés dans le camp de Guantanamo, au grand dam des belles âmes de nos ligues de vertu…

Faute d’un vrai débat, honnête et argumenté, sur la question de l’immigration qui le mériterait, les Français se font donc une opinion sur ce sujet au travers de ces différents faits-divers. Chacun d’entre eux provoque évidemment une radicalisation de cette opinion, ce dont, semble-t-il, les pouvoirs publics ne prennent toujours pas conscience.

Le plus libre de ses propos, au sein de la fausse droite, est sans doute Nicolas Sarkozy. Il a cru malin, il y a quelques temps, d’avancer le concept d’immigration « choisie ». Il paraît que c’est son ami Philippe Seguin qui lui aurait soufflé le mot. Il renvoie au fait que, selon certains experts, notre marché du travail, malgré 10 % de chômeurs, ne serait pas en mesure de satisfaire à la totalité des offres d’emploi. Le patron de l’UMP semble renouer avec les théories d’avant le regroupement familial, quand on disait vouloir favoriser une immigration de travail.

On pourrait en débattre. On peut être en désaccord avec l’idée qu’un emploi ne pourrait pas être exercé par un Français, mais seulement par un immigré (quel racisme !). C’est affaire de formation, de rémunération, et d’organisation du travail. Quand, à Paris, 80 % du personnel du nettoiement étaient d’origine africaine, les mêmes services à Renne ou à Nantes étaient 100 % blancs.Mais la question, vraiment, n’est plus là. Le constat, autrement plus grave, est aveuglant.

En vérité, il eut été intéressant d’avoir ce débat, il y a dix ou quinze ans. Aujourd’hui, c’est trop tard. Ce qui saute aux yeux de n’importe quel téléspectateur du journal de 20 heures, c’est que la greffe n’ayant pas pris, l’immigration est globalement rejetée. Elle l’est même doublement : par les Français de souche mais aussi par un grand nombre d’immigrés qui se rejettent eux-mêmes d’une quelconque communauté nationale française. La question vraiment urgente est de savoir comment on fait pour arrêter toute immigration et pour renvoyer dans leur pays d’origine tous ceux qui ne veulent pas être pleinement français. Elle n’est certainement pas de construire, dans toutes les communes de plus 3 500 habitants, au moins 20 % de logements sociaux, destinés à 90 % à une population d’immigrés largement inassimilable.

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Imprévoyance et ignorance de l’État

Posted by alaindumait sur 05/03/2006

Au moment où le Commissariat général du Plan (CGP), qui vient de fêter ses 60 ans, change de nom, pour adopter celui de Centre d’analyses stratégiques – évidemment sans rien changer à son immense prétention d’éclairer l’avenir mieux que ne le font les entreprises et autres acteurs économiques français – il est tentant de s’interroger sur la capacité réelle de la sphère publique en général, et des hommes politiques en particulier, à établir de bonnes prévisions.

Certes, nos technocrates peuvent sans doute se prévaloir de quelques succès. Notre parc de centrales nucléaires en activité, le premier au monde, devrait tout au volontarisme d’une poignée d’ingénieurs du corps des Mines. Tandis que le Minitel, qui est loin d’être mort, serait sorti tout armé du cerveau de deux ingénieurs des télécommunications.

Sur ces exemples-là et quelques autres, qui pourraient être pris par exemple dans le domaine de la culture, le débat est ouvert. Il n’empêche que la théorie économique nous enseigne que c’est dans une économie ouverte et compétitive que les facteurs de production sont les mieux employés. Non l’inverse.

Et pas seulement à très court terme comme on ne cesse de le répéter au CGP, où il est de bon ton de se moquer de l’horizon, à courte vue, d’entreprises dont les dirigeants ont le nez fixé sur les cours de bourse. Malgré cette pression, qui est indéniable, et peut-être excessive, il se trouve qu’actuellement les compagnies pétrolières – qui, heureusement, engrangent des super profits – investissent dans des projets qui n’aboutiront que dans vingt ans. Ce n’est pas exactement de l’imprévoyance…
Il y a quelques années, IBM considérant que les taux d’intérêt étaient historiquement favorables (bonne pioche, ils étaient au plus bas !), a lancé un emprunt sur cent ans. Et il s’est trouvé des prêteurs pour souscrire. Qui prêterait sur cent ans aujourd’hui à l’État français ?…

Toute l’histoire de l’étatisme est une histoire de l’imprévoyance publique, non seulement en termes industriels, puisque l’État s’est longtemps cru et se croit toujours entrepreneur, mais encore en termes économiques et politiques.

En faisant passer, depuis vingt-cinq ans, la dette publique officielle d’un niveau représentant 20 % du Produit intérieur brut à plus de 65 % aujourd’hui, l’État a été très imprévoyant. Ce sont nos enfants et nos petits-enfants qui paieront et qui paieront d’autant plus cher qu’il n’est pas impossible, dans quelques années, que nous ayons à la fois des taux d’intérêts élevés et une déflation des prix. Enfin, au mois de décembre, le rapport Pébereau sur cette question de la dette publique, semblait mettre tout le monde d’accord. Même le Premier ministre s’engageait à appliquer les recommandations de ce document (à partir de 2007, il est vrai…). C’était sans compter avec la caste des économistes français. Plusieurs, payés par l’argent public bien sûr, continuent donc à défendre la dette et le déficit budgétaire. Dans un article publié dans le « Figaro » du 26 janvier 2006, un certain Jean-Paul Fitoussi, qui n’est rien moins que le Président de l’Observatoire français des conjonctures économiques, tient le raisonnement suivant : « Pour croître il faut investir, et pour cela il faut emprunter. Ce qui est vrai pour une entreprise l’est aussi pour une collectivité publique ». Sauf que les entreprises les plus performantes investissent non pas sur des emprunts mais sur leurs profits accumulés. Quelle horreur !…

Mais les pires imprévoyances des hommes de l’État qui ont le nez sur l’horizon immédiat de la prochaine élection se situent sur le terrain de la politique politicienne. Est-il permis, pour conclure cette réflexion, de suggérer que l’assassin d’Ilan Halimi, Youssouf Fofana, quoi que né en France, il y a 25 ans, est sans doute un nouvel avatar du génial regroupement familial instauré par Giscard et Chirac en 1974.

À noter : au cas où la double nationalité française et ivoirienne lui serait finalement reconnue, il ne serait plus question de l’extrader en France.

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