Le Journal d’Alain Dumait

Un autre regard sur la crise

Imprévoyance et ignorance de l’État

Posted by alaindumait sur 05/03/2006

Au moment où le Commissariat général du Plan (CGP), qui vient de fêter ses 60 ans, change de nom, pour adopter celui de Centre d’analyses stratégiques – évidemment sans rien changer à son immense prétention d’éclairer l’avenir mieux que ne le font les entreprises et autres acteurs économiques français – il est tentant de s’interroger sur la capacité réelle de la sphère publique en général, et des hommes politiques en particulier, à établir de bonnes prévisions.

Certes, nos technocrates peuvent sans doute se prévaloir de quelques succès. Notre parc de centrales nucléaires en activité, le premier au monde, devrait tout au volontarisme d’une poignée d’ingénieurs du corps des Mines. Tandis que le Minitel, qui est loin d’être mort, serait sorti tout armé du cerveau de deux ingénieurs des télécommunications.

Sur ces exemples-là et quelques autres, qui pourraient être pris par exemple dans le domaine de la culture, le débat est ouvert. Il n’empêche que la théorie économique nous enseigne que c’est dans une économie ouverte et compétitive que les facteurs de production sont les mieux employés. Non l’inverse.

Et pas seulement à très court terme comme on ne cesse de le répéter au CGP, où il est de bon ton de se moquer de l’horizon, à courte vue, d’entreprises dont les dirigeants ont le nez fixé sur les cours de bourse. Malgré cette pression, qui est indéniable, et peut-être excessive, il se trouve qu’actuellement les compagnies pétrolières – qui, heureusement, engrangent des super profits – investissent dans des projets qui n’aboutiront que dans vingt ans. Ce n’est pas exactement de l’imprévoyance…
Il y a quelques années, IBM considérant que les taux d’intérêt étaient historiquement favorables (bonne pioche, ils étaient au plus bas !), a lancé un emprunt sur cent ans. Et il s’est trouvé des prêteurs pour souscrire. Qui prêterait sur cent ans aujourd’hui à l’État français ?…

Toute l’histoire de l’étatisme est une histoire de l’imprévoyance publique, non seulement en termes industriels, puisque l’État s’est longtemps cru et se croit toujours entrepreneur, mais encore en termes économiques et politiques.

En faisant passer, depuis vingt-cinq ans, la dette publique officielle d’un niveau représentant 20 % du Produit intérieur brut à plus de 65 % aujourd’hui, l’État a été très imprévoyant. Ce sont nos enfants et nos petits-enfants qui paieront et qui paieront d’autant plus cher qu’il n’est pas impossible, dans quelques années, que nous ayons à la fois des taux d’intérêts élevés et une déflation des prix. Enfin, au mois de décembre, le rapport Pébereau sur cette question de la dette publique, semblait mettre tout le monde d’accord. Même le Premier ministre s’engageait à appliquer les recommandations de ce document (à partir de 2007, il est vrai…). C’était sans compter avec la caste des économistes français. Plusieurs, payés par l’argent public bien sûr, continuent donc à défendre la dette et le déficit budgétaire. Dans un article publié dans le « Figaro » du 26 janvier 2006, un certain Jean-Paul Fitoussi, qui n’est rien moins que le Président de l’Observatoire français des conjonctures économiques, tient le raisonnement suivant : « Pour croître il faut investir, et pour cela il faut emprunter. Ce qui est vrai pour une entreprise l’est aussi pour une collectivité publique ». Sauf que les entreprises les plus performantes investissent non pas sur des emprunts mais sur leurs profits accumulés. Quelle horreur !…

Mais les pires imprévoyances des hommes de l’État qui ont le nez sur l’horizon immédiat de la prochaine élection se situent sur le terrain de la politique politicienne. Est-il permis, pour conclure cette réflexion, de suggérer que l’assassin d’Ilan Halimi, Youssouf Fofana, quoi que né en France, il y a 25 ans, est sans doute un nouvel avatar du génial regroupement familial instauré par Giscard et Chirac en 1974.

À noter : au cas où la double nationalité française et ivoirienne lui serait finalement reconnue, il ne serait plus question de l’extrader en France.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :