Le Journal d’Alain Dumait

Un autre regard sur la crise

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L’important, c’est l’entreprise

Posted by alaindumait sur 07/06/2006

Ayant célébré son 80e anniversaire, Yvon Gattaz a eu la bonne idée d’écrire un nouveau livre, qui, comme son titre : Mes vies d’Entrepreneur, l’indique : , pourra passer pour ses mémoires.

L’auteur a 20 ans en 1945. Il ne lui faut qu’une année de préparation pour entrer à l’École centrale de Paris. Il entre chez Citroën où il devient rapidement ingénieur-en-chef. C’est en 1952 qu’avec son frère Lucien, il invente la fiche coaxiale de télévision, avant de devenir un leader bientôt mondial de la connectique.

Les lecteurs des « 4 Vérités » seront sans doute très attentifs aux différents passages qu’Yvon Gattaz consacre aux « 4 Vérités », y compris un chapitre entier (« création d’une lettre socio-économique ») puisqu’en effet, c’est lui qui, avec ses complices, Octave Gélinier, Michel Drancourt et Jacques Plassard, fut à l’origine de la création et de la première version, à parution mensuelle, du journal « Les 4 Vérités », dont la version actuelle, hebdomadaire, a pris la suite en 1995.
Yvon Gattaz, qui fut président du CNPF, l’ancêtre du Medef, de 1981 à 1986, est le chantre incontesté de la création d’entreprise en général, et des entreprises moyennes en particulier. Je me suis toujours demandé d’où lui venait ce prosélytisme si communicatif. La réponse se trouve page 28 : ses parents étaient enseignants ; « ce charmant milieu familial ignorait tout de l’entreprise dont le nom n’a jamais été prononcé devant nous ». Yvon Gattaz a donc la foi des nouveaux croyants, la force de conviction des convertis.

L’ancien « patron des patrons » s’est toujours tenu à l’écart de la politique politicienne. Il dit souvent, lui-même, « je ne fais pas de politique ». Et, de fait, on lui connaît des amitiés et des relations très diversifiées. François Mitterrand, rien que durant l’année 1982, le reçut sept fois en tête à tête. Alors que, durant la même période, il ne recevait que deux fois (sans compter les rencontres officielles) André Bergeron, une fois Edmond Maire, et pas une seule fois Henry Krazucki. Il est vrai que, selon notre auteur, le premier président socialiste de la ve République avait un profond mépris pour les « saints dicats »… Non seulement, il sut expliquer à son interlocuteur les contraintes et les nécessités des entreprises, mais, au-delà, il parvint à véritablement convertir un certain nombre de responsables de la gauche, en tête desquels François Mitterrand lui-même. Ce qui constitue un des phénomènes les plus remarquables (et des plus étonnants) de cette période 1981-1986. « L’histoire jugera sans doute, écrit Yvon Gattaz, que les socialistes, partis en 1981 pour terrasser les patrons, les ont partiellement épargnés et ont terminé en 1986… en ayant terrassé les communistes ».

Quand il quitta le CNPF, Yvon Gattaz consacra une part importante de son temps à l’association «Jeunesse et entreprises ». Aujourd’hui, beaucoup d’entreprises nouvelles doivent leur existence à l’action de cette structure et à la flamme de celui qui continue à la présider.

On ne s’attardera pas sur la quatrième partie que l’auteur consacre à sa participation à l’Institut de France où il fut élu – premier créateur d’entreprise dans ce cas – en 1990. Encore que, toute occasion est bonne pour des jeux de mots, ou « gattazeries », « plaisanteries sans autre prétention que de déclencher le rire ou le sourire de l’interlocuteur », dont notre auteur est incontestablement un grand spécialiste.

On aura compris que sa façon de ne pas faire de politique est finalement très politique. Car qui crée des richesses et des emplois, si ce n’est les chefs d’entreprises, en tête desquelles ces anciens patrons de PME, qui ont su devenir « moyennes », mais qui font travailler chacune, quand même, directement ou indirectement, plusieurs milliers de personnes ?
Quand on referme cet ouvrage, on est convaincu qu’un couple de forces antagonistes est à l’œuvre : d’un côté les entreprises, et de l’autre, les politiciens de tous bords. Attention, M. Gattaz : si je vous ai bien compris, vous faites trop de politique !

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