Le Journal d’Alain Dumait

Un autre regard sur la crise

Nicolas Sarkozy et le Front National

Posted by alaindumait sur 06/09/2006

Dans la longue interview que Nicolas Sarkozy a accordée au « Figaro magazine », daté du 2 septembre, et donc parue la veille de la clôture de l’Université d’été de l’UMP à Marseille, le ministre de l’Intérieur revient longuement sur les actuels clivages qui structurent la vie politique française et, une fois de plus, se déclare personnellement partisan d’une claire bipolarisation entre la gauche et la droite.

Ici, à la rédaction des « 4 Vérités », nous ne pouvons que l’approuver. Comme lui, nous pensons, en effet, que le clivage gauche-droite ne répond certainement pas à l’ensemble des interrogations de la société mais, pour autant, le gommer est à la fois impossible et, de toute façon, pas souhaitable.

Ensuite, le champion de l’UMP est interrogé sur les chances de Jean-Marie Le Pen de figurer à nouveau au deuxième tour de l’élection présidentielle en 2007. Et là, il dérape. Il dit : « Je ne vois pas de risqueFront National ». Donc pour lui – c’est une première remarque – le vote Front National est un « risque ». Une façon de participer, comme tous les autres responsables politiques patentés, à l’ostracisme anti-FN. Pour lui, comme pour les autres, le Front National demeure une formation politique différente des autres, méritant, pour ainsi dire, une peine de relégation permanente. Il dit ne pas participer à l’hystérie générale partagée par l’ensemble de la classe politique et médiatique, qui fait une fixation sur les 17 % du Front National en 2002. Lui ne parle pas du « cauchemar » du premier tour du 21 septembre. Mais pour autant, il ne considère pas le Front National comme une formation politique tout à fait comme les autres. Selon nous, l’acceptation du clivage droite-gauche doit aller beaucoup plus loin. De la même façon qu’il bénéficie à la gauche radicale non démocrate, il doit inclure la droite nationale parfaitement démocrate.

Mais revenons sur le pronostic de Nicolas Sarkozy. Il dit avoir essayé, depuis quatre ans, de « rendre inutile le Front National », « en acceptant de parler de sujets dont elle (la droite républicaine) avait refusé de parler dans le passé ». Ce comportement est certainement à mettre à son crédit, en y ajoutant le fait qu’il a accepté de dialoguer directement avec Jean-Marie Le Pen, lors d’une émission de télévision. Mais il ne suffit pas d’avoir seulement comme audace d’oser prononcer le mot tabou d’immigration, encore faut-il avoir, s’agissant de cette question majeure, une politique qui rencontre grosso modo les attentes des Français. Or, tout donne à penser que, sur ce point capital, la politique mise en œuvre par notre ministre de l’Intérieur est loin d’être celle que nos concitoyens souhaitent. Renvoyer chez eux, chaque année, quelque 25 000 personnes installées chez nous en situation irrégulière, c’est bien, même si ça nous coûte cher, mais c’est tout à fait insuffisant. Comme si on voulait vider une baignoire avec une petite cuillère, tout en laissant les robinets ouverts…

De ce fait-là, contrairement à ce que souhaite – et on peut le comprendre – le leader de l’UMP, les intentions de vote en faveur du Front National et de Jean-Marie Le Pen, exprimées par les électeurs, telles qu’elles résultent des enquêtes disponibles actuellement, effectuées par sondage, loin de diminuer, sont en sensible augmentation par rapport à ce qu’elles étaient à la même époque avant l’élection présidentielle de 2002. Donc, sur ce point, le Président de l’UMP prend tout simplement ses désirs pour des réalités. Si les mêmes causes produisent les mêmes effets en 2007, le Président du Front national a toutes les chances de figurer à nouveau au deuxième tour de l’élection présidentielle. Comme la gauche aura forcément le vent en poupe, pour la principale raison qu’elle n’est plus aux affaires depuis 2002, c’est bel et bien Nicolas Sarkozy lui-même qui doit craindre de ne pas figurer au deuxième tour.

Certes, pour lui, la bonne stratégie n’était pas facile à établir. Et la vie politique oblige souvent à accepter et à vivre certaines contradictions. Mais, au regard des exigences d’une claire communication, un minimum de cohérence est indispensable. On ne peut pas être à la fois dehors et dedans. Être solidaire du gouvernement, de son action depuis plus de quatre ans, et être vraiment crédible quand on prône la « rupture » laquelle, pour l’intéressé, semble avoir un contenu plus verbal que réel, sans véritable remise en cause de l’État-providence qui, associé à l’immigration, est parvenu aujourd’hui à mettre la société française dans l’état de déliquescence où elle se trouve.

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