Le Journal d’Alain Dumait

Un autre regard sur la crise

Philippe de Villiers une biographie autorisée

Posted by alaindumait sur 11/10/2006

226805980401_aa240_sclzzzzzzz_v39537621_Les journalistes Éric Branca et Arnaud Folch, respectivement rédacteur en chef et grand reporter politique à « Valeurs Actuelles », publient un livre important « Le mystère Villiers », une biographie « autorisée » sur le Président du Mouvement Pour la France (MPF). 

Comme toutes les biographies, c’est l’occasion de se replonger dans l’histoire contemporaine, plus particulièrement sur ces vingt dernières années, puisque Philippe de Villiers, on le sait, fut une seule fois ministre, dans le gouvernement de Jacques Chirac, de 1986 à 1987. Pour ceux qui, comme moi, ont suivi avec attention la vie politique de cette période, la lecture de cet ouvrage permet de se rafraîchir la mémoire et, au détour de plusieurs chapitres, on a même droit à certaines révélations : par exemple, en 2002, la tentation de Philippe de Villiers de voter et de faire cause commune avec Jean-Pierre Chevènement. On lira également avec délice les péripéties de l’alliance forgée avec Charles Pasqua à l’occasion des élections européennes de 1999, et surtout les conditions rocambolesques de la rupture entre le vendéen et le corse.

Mais, c’est sur la personnalité du Président du Conseil général de la Vendée que ce travail est le plus intéressant. Car Philippe de Villiers est atypique. Rapidement, il a cherché à se mettre « à son compte » et, depuis dix ans, il y est parvenu, dans une mesure que l’on peut considérer modeste mais néanmoins durable. Et cela n’est pas si fréquent.

Bien sûr, son ambition est d’ordre présidentiel. Or, qui ne s’appuie pas, à l’instant présent, sur l’une ou l’autre des deux formations « de gouvernement » dominantes, a peu de chances de parvenir à ses fins. Il ressort en effet de ce document – établi à partir d’une trentaine d’heures d’entretiens avec l’intéressé – que ce dernier ne se fait pas vraiment d’illusions. Il pense pouvoir dépasser la barre fatidique des 5 % au premier tour de l’élection présidentielle, alors qu’il avait raté cet objectif en 1995, (ce qui lui avait valu des déboires financiers qui furent longs à résorber). Et donc, gêner sérieusement Nicolas Sarkozy sans pour autant devancer Jean-Marie Le Pen.

Il semble d’ailleurs que la stratégie du vendéen a un peu changé ces derniers mois. Il estime avoir plus de voix à prendre au président de l’UMP qu’au chef du FN. Et il indique, en privé, que cette fois-ci, contrairement à son attitude de 2002, au deuxième tour, dans le cas d’un duel Ségolène/Le Pen, il soutiendrait clairement le second. Rappelons qu’il y a quatre ans, Philippe de Villiers avait dit qu’il avait voté pour les chasseurs au premier tour et mis une enveloppe blanche au second tour…
À la lecture de ce livre, il se confirme qu’il y a une contradiction chez Philippe de Villiers. Il est profondément souverainiste. Il vit la France avec ses tripes. Il la voit et lui parle comme une personne.

La référence à Charles Péguy revient souvent. À ce titre-là, il est prêt à oublier les clivages partisans. D’où la tentation de Chevènement en 2002. Mais c’est aussi, fondamentalement, un homme qui ne conçoit la modernité qu’en référence à la tradition. Il semble que la vulgate marxiste lui soit parfaitement étrangère. Si bien qu’au gré des circonstances et des scrutins, selon leur mode, notamment, il danse d’un pied sur l’autre : un pas dans le souverainisme, un pas vers la droite.

Cette contradiction, il l’a jusqu’à présent assumée avec lucidité. Dans son fief de Vendée, il est clairement le chef, aujourd’hui incontesté, d’une majorité de droite. Mais il est l’élu d’un électorat résolument insensible à son souverainisme : « son » département n’a-t-il pas voté « oui » au référendum sur la Constitution européenne ?

Longtemps, la défense de son fief l’amena à transiger. À l’époque, Jacques Chirac savait le bercer de vagues promesses. Aujourd’hui, selon Éric Branca et Arnaud Folch, ce temps n’est plus. L’inventeur du spectacle du Puy-du-Fou – une entreprise culturelle au succès mondial – n’ira plus jamais se montrer au côté de Nicolas Sarkozy à l’occasion d’une grand-messe de l’UMP. En lançant, il y a quelques mois, sa compagne contre les groupes islamiques violents (le dernier chapitre du livre s’intitule « La bataille des mosquées »), Philippe de Villiers pense avoir rompu tout lien avec la fausse droite. Pour l’instant, il se trouve en concurrence, c’est clair, avec le Front National. Mais ce dernier rassemble trois fois plus d’intentions de vote. D’une façon ou d’une autre, avant ou après le premier tour, les électeurs de cette famille attendent plutôt des gestes d’union et de rapprochement que des signes d’affrontement stérile.

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