Le Journal d’Alain Dumait

Un autre regard sur la crise

Archive for décembre 2006

Clivage droite/gauche : rappel au règlement

Posted by alaindumait sur 20/12/2006

Notre journal, « Les Quatre Vérités Hebdo », est, sauf erreur, le seul à prôner clairement une entente à droite, du Front national à l’UMP. Seule Radio Courtoisie est sur une ligne très voisine puisque, au travers de ses 56 directeurs d’émission, elle donne la parole à tous les courants divers et variés de la droite française (voir page 4, la recension de notre entretien du 29 novembre, avec Henry de Lesquen, nouveau patron de cette radio, successeur de Jean Ferré. L’intégralité de notre entretien audio est toujours disponible sur notre site.

Quatre mois avant le premier tour de l’élection présidentielle du 22 avril 2007, la gauche, contrairement à la situation où elle se trouvait à la même période en 2002, est en bon ordre de bataille. Après les ralliements successifs à la candidate officielle du Parti socialiste, du Parti radical de gauche, puis des amis de Jean-Pierre Chevènement, en attendant celui très probable de Dominique Voynet – moyennant évidemment compensations sonnantes et trébuchantes, sous forme de circonscriptions (même les circonscriptions perdantes sont bonnes à prendre, car elles permettent d’engranger des voix pour le calcul du financement public des partis politiques…) – la gauche est à peu près certaine d’être présente au deuxième tour. Elle aura alors le renfort d’une bonne partie de la gauche « anti-libérale », emmenée au premier tour par la communiste Marie-Georges Buffet.

Par contre, de l’autre côté de l’échiquier politique, la stratégie du candidat médiatiquement dominant, Nicolas Sarkozy, ne laisse pour l’instant aucune place à quelque accord que ce soit avec la soi-disant extrême droite. Et comme Jean-Marie Le Pen, candidat naturel de cette famille politique, est à un niveau d’intentions de vote tel que personne ne peut exclure qu’il soit présent au second tour, comme en 2002, l’idée qui domine désormais à l’UMP est de tout faire pour l’empêcher d’avoir ses 500 parrainages officiels (notre éditorial de la semaine dernière).

Aussi longtemps qu’on sera dans un tel dispositif, la droite, au sens large, pourtant largement majoritaire dans l’opinion, risque fort d’être minoritaire au soir du deuxième tour de l’élection présidentielle. Cette asymétrie de la vie politique française, théorisée en son temps par le tacticien hors pair qu’était François Mitterrand, avec une extrême gauche bien reliée à la gauche de gouvernement par toutes sortes de passerelles, et une extrême droite ostracisée en permanence, n’est rien d’autre qu’un piège dans lequel tombent consciemment les pseudos stratèges de l’UMP.

Un sondage, publié la semaine dernière par le journal « Le Monde », fait apparaître une fois de plus que les thèmes développés avec succès par le Front National, notamment en matière de sécurité et d’immigration, sont largement partagés par l’ensemble de la droite. On pourrait en conclure qu’il est temps que les deux composantes de celle-ci acceptent de se parler. Que nenni ! Les faiseurs d’opinion des médias en concluent qu’il faut au contraire renforcer les défenses du ghetto. Et on attend encore la moindre déclaration d’un homme de l’UMP pour protester…

Dans le même temps, François Bayrou choisit comme thème majeur de sa campagne présidentielle le dépassement du clivage droite/gauche qui, selon lui, transforme la vie politique française en guerre civile permanente et surtout, pousserait à l’impuissance perpétuelle.

On verra le 22 avril, l’impact électoral d’un tel discours. Pour ma part, je pense qu’il n’a aucune chance de prospérer, pas plus qu’en 2002. Car au fur et à mesure que s’approche l’échéance, le clivage droite/gauche retrouve sa force. Non seulement, il vient spontanément dans la bouche de tous les observateurs, mais encore, la quasi-totalité des électeurs s’y retrouvent, se situant eux-mêmes, et fort bien, sur cette échelle.

On me demande souvent d’apporter une contribution au débat permanent sur le contenu concret de ce clivage droite/gauche. Des centaines d’ouvrages ont été consacrés à l’examen des valeurs réciproques de la droite et de la gauche. La vérité est qu’elles varient dans le temps, au point de s’inverser souvent (cf. les rubriques patriotisme, nationalisme, colonialisme…). C’est si vrai que, si l’on retient un critère ou un autre (les valeurs familiales, le libéralisme…), il est souvent partagé par les deux camps. C’est la raison pour laquelle je m’en tiens pour ma part à une définition purement nominaliste. Je tiens comme étant de droite, toute personne se disant telle. Et, en général, au moment de mettre son bulletin dans l’urne, elle le sait très clairement…

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Les journaux sont à gauche, l’opinion est à droite

Posted by alaindumait sur 06/12/2006

Permettez-moi en premier lieu de saluer la nouvelle formule de « Valeurs Actuelles » qui, pour fêter ses quarante premières années d’existence, s’offre une nouvelle maquette que je trouve très réussie et qui, je l’espère, lui permettra d’atteindre rapidement la diffusion de 100 000 exemplaires, vendus sur abonnement ou en kiosque, que ce journal de droite mérite largement. Il est vrai que c’est dans cette rédaction que je fis mes premières armes, recruté en 1970 par Raymond Bourgine, pour être formé au journalisme économique par Philippe Durupt.

Pour la circonstance, « Valeurs » s’est offert un sacré sondage Ifop. Qui permet tout simplement de vérifier les fortes attentes des électeurs de droite, toutes préférences partisanes confondues. Et qui, en creux, permet aussi de deviner les frustrations de ses électeurs après douze ans de pouvoir de Jacques Chirac. C’est ainsi que 93 % des personnes interrogées veulent l’instauration d’un service minimum dans les transports publics, ce à quoi le Président de la République s’est toujours personnellement opposé…

On pourrait croire que les nouvelles générations se situent plus clairement « à gauche » et donc se retrouvent mieux dans des médias qui, à 90 %, sont dirigés par des journalistes de gauche. Et bien, c’est exactement le contraire ! C’est ce que montre un récent sondage sur les opinions des 18-35 ans, commandé également à l’Ifop mais cette fois-ci par le « Journal du Dimanche » et Europe 2. On y découvre, par exemple, que l’écologie n’est pas du tout leur préoccupation première : elle vient après la sécurité, qui trône au deuxième rang. 

L’immigration n’émerge qu’au quatrième rang, avant l’Europe. Ce côté que d’aucuns trouveront « réac » est confirmé par le fait qu’une majorité des 18-35 ans – 68 % – approuve l’idée, formulée par Ségolène Royal, d’assurer l’encadrement des jeunes délinquants dans des centres gérés par l’armée. Et les sans-papiers, si chers à la bien-pensance, qu’en pensent-ils, les 18-35 ans ? Eh bien, seulement 12 % d’entre eux sont favorables à leur régularisation automatique. Quant au mouvement anti-OGM, ils ne sont que 2 % à le soutenir.
Le journal « Marianne » (N° 501, du 25 novembre au 1er décembre, page 6), a d’ailleurs eu l’honnêteté de titrer un article traitant de ce sondage : « Les jeunes tels qu’ils sont vraiment ». L’auteur, Serge Maury, a écrit sans ambages : « On comprend mieux pourquoi « Libé » a des difficultés. »

Charles Maurras dénonçait, en son temps, l’indifférence du « pays légal » – celui des institutions – aux préoccupations du « pays réel », constitué par la majorité de la population. Ce fossé est encore plus grand aujourd’hui.

C’est dans ce contexte qu’il faut apprécier l’actuelle crise de la presse écrite. Car ce n’est pas seulement « Libération », mais la presque totalité de la presse quotidienne nationale qui souffre. Cette crise est due, en partie, à la concurrence des gratuits et de l’Internet. Mais surtout, à l’inanité des contenus, dupliquant les mêmes clichés, ressassant les mêmes analyses convenues, imposant la même police de la pensée. Ce conformisme finit par lasser les lecteurs.

Laurent Joffrin, dans le « Nouvel Observateur » (c’était avant son départ pour « Libé ») a suggéré la tenue d’états généraux de la presse. Cela s’accompagnerait du lancement, sous l’égide d’une commission indépendante composée de hautes personnalités morales, d’une grande souscription nationale, visant à réunir plusieurs dizaines de millions d’euros qui serviraient à l’indépendance et à la relance de la presse quotidienne en difficulté, en fonction de son apport au pluralisme… La référence au pluralisme n’est qu’un prétexte. L’objectif n’est que de préparer le terrain à l’augmentation des subventions publiques. 

Quand on a lu un journal français, on les a tous lus. Ils reproduisent les mêmes dépêches d’agences (celles de l’AFP, notamment), assaisonnées des mêmes commentaires politiquement corrects, rédigés par des journalistes le plus souvent totalement dépourvus de la culture générale qui permet de mettre les évènements en perspective. Recapitaliser une presse percluse d’académisme ne la sauverait pas, ça ne ferait que prolonger son agonie. Recouvrer la santé, c’est fournir aux lecteurs les informations et analyses dont ils ont besoin. Ce ne sont pas celles qui comblent d’aise la nomenklatura. Mais ce sont exactement celles que « Les 4 Vérités » s’efforcent de vous apporter chaque semaine.

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