Le Journal d’Alain Dumait

Un autre regard sur la crise

Archive for mars 2007

Sanctionner au premier tour le bilan des 30 dernières années

Posted by alaindumait sur 28/03/2007

 

Mes chroniques des 26 janvier (« je crois que je vais voter cette fois encore pour Jean-Marie Le Pen, s’il obtient les parrainages dont il a besoin ») et de la semaine dernière (« …Je préfère donner ma voix à Jean-Marie Le Pen »), m’ont évidemment valu un certain regain de correspondances.

Il y a tout d’abord ceux qui voteront pour Sarkozy dès le premier tour, comme Claude H., parce que « il ne faut pas prendre le risque d’éparpiller nos voix » ou comme Jean B., qui précise : « Il est loin d’avoir toutes les qualités et certaines de ses prises de position ne me conviennent pas plus qu’à vous. Il est bien probable qu’avec lui nous sortions bien peu du système actuel. Mais avons-nous un autre choix ? Pendant ce temps, faire encore une fois passer la gauche si, au deuxième tour, vous aurez contribué à nous donner le choix entre Ségolène et Bayrou, nous serons bien avancés ».

Sans être un maniaque des études d’opinion, qui, à mon avis, sont parfaitement incapables de déceler au moment où elles émergent les nouvelles tendances lourdes, je crois néanmoins aux photograahies, plus ou moins précises (selon les conditions techniques de leurs réalisations) que nous livrent les sondages. Or, si, jusqu’à ce jour, certains nous indiquent que Bayrou pourrait être au deuxième tour, tandis que Ségolène n’est pas sûre d’y être, aucun, depuis trois mois, n’indique que le candidat de l’UMP pourrait en être absent. Si une telle indication apparaissait, je reverrais peut-être ma position.

Guy P., fervent partisan de Philippe de Villiers, «me plaint» d’aller voter à contrecœur. Car il subodore que mes idées personnelles sont plus proches de celles du président du MPF que de celui du FN… On ne peut pas méconnaître qu’un seul bulletin supplémentaire pour un candidat, au demeurant plus que courageux, pourrait changer la face du deuxième tour…

Avant la généralisation des sondages, on pouvait, au premier tour, voter pour le candidat de son cœur. L’adage disait : « au premier tour, on choisit. Au deuxième tour, on élimine ». Mais la pratique sondagière a changé les choses. Avec en outre l’expérience douloureuse de 2002, en tout cas pour les électeurs de candidats comme Chevènement ou Taubira, qui ont voté, en fait, pour l’élimination de Lionel Jospin. C’est une leçon pour la gauche, et pour la droite. 

L’élection présidentielle n’est plus le meilleur moment pour émettre des votes de pure conviction.

Anne S. m’écrit : « N’est-ce pas bien regrettable que l’on soit obligé de voter pour les extrêmes lorsqu’on veut, comme vous le dites, condamner ensemble tous les responsables de cette faillite ? 

Ne serait-ce pas mieux de se battre afin que le vote blanc soit reconnu en France et qu’il devienne, de ce fait, un vote protestataire ? ». C’est possible… Si le vote blanc était comptabilisé séparément d’avec les votes « nuls », et si le vote blanc figurait parmi les suffrages exprimés, il permettrait une expression authentique du mécontentement des électeurs. Mais, en attendant, dans le cadre de la loi électorale telle qu’elle est, je maintiens qu’au premier tour le vote Le Pen est la meilleure expression, la bonne sanction politique à l’égard de ceux qui nous ont si mal gouverné depuis trente ans.

Ce choix est parfaitement adapté à notre système électoral. Je rappelle que si nous avons un scrutin à deux tours pour l’élection présidentielle, en application d’une réforme constitutionnelle de 1962, c’est parce que le Général de Gaulle avait opté pour des élections législatives au scrutin majoritaire à deux tours dans la foulée de la Constitution de 1958. Il avait fait ce choix contre l’avis de son Premier ministre, Michel Debré, à la demande de son ministre d’État, Guy Mollet, par ailleurs secrétaire général du Parti socialiste SFIO. Et ce fut une grave erreur, car l’efficacité, argument souvent invoqué par les partisans des nouvelles institutions, plaidait évidemment pour un scrutin uninominal à un seul tour. Comme dans tous les systèmes anglo-saxons.

Ces considérations faites, et comme nous sommes dans une élection à deux tours, avec les sondages comme réducteurs d’incertitude, et aussi comme guides de nos choix, le premier tour n’est pas seulement éliminatoire, il sert aussi à juger le passé. Deux mille milliards d’euros de dette publique ; 10 % de chômeurs ; 25 % d’élèves sortant de l’école sans maîtriser les savoirs élémentaires ; près de 400 000 entrées annuelles d’étrangers venant s’installer chez nous, légalement ou non ; 450 000 actes de violence physique recensés chaque année…, un tel bilan mérite d’être sévèrement sanctionné. 

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Le vote Le Pen, vote sanction

Posted by alaindumait sur 21/03/2007

Il faut être un militant convaincu ou un partisan très déterminé pour aller voter le 22 avril pour un candidat qui n’a aucune chance de figurer au 2e tour du 6 mai. C’est la raison pour laquelle, et malgré ses grandes qualités, je n’envisage pas de déposer un bulletin au nom de Philippe de Villiers.

Ségolène Royal veut faire intervenir l’État (et encore plus les Régions !) dans la vie quotidienne des individus, des familles et des entreprises. On peut résumer son programme en disant que, pour elle, la sphère publique manque cruellement de moyens, alors que, parallèlement, la sphère privée – qui alimente la première, laquelle vit à ses crochets – en aurait encore beaucoup trop. Ses 100 propositions sont riches en promesses, en contrôles, en subventions. Un libéral de droite, dans certaines circonstances, pourrait sans doute voter pour un libéral de gauche, façon Tony Blair. Mais certainement pas pour une méchante harpie sectaire comme celle-ci !

La candidature de François Bayrou, et surtout sa troublante, récente et rapide percée dans les sondages au cours des dernières semaines, transforme le jeu politique et les scénarios possibles. Nous l’avons dit la semaine dernière : un électeur de gauche (tendance libéral réformateur, tel qu’évoqué plus haut) peut être tenté d’apporter son suffrage au Béarnais, car si celui-ci passait devant Ségolène Royal au premier tour, Sarkozy, champion de la droite de gouvernement, pourrait bien être battu. Je suis sensible à plusieurs prises de position du candidat de l’UDF. Je le crois sincère quand il dit qu’il a découvert, certes un peu tard, que le pouvoir politique, en France, était accaparé par une caste, et n’appartenait plus au peuple. Et, en matière de dépenses publiques (bien conseillé par Amédée de Courson) il est certainement moins laxiste que Jacques Chirac. Il serait sans doute plus économe, même s’il n’a strictement aucune culture économique, s’il ne sait pas ce que productivité veut dire. En tout cas, je ne vois pas pourquoi un électeur de droite, au moins au premier tour, irait voter pour lui !

Nicolas Sarkozy est un bon candidat. Il a eu tort de faire plusieurs concessions à la bien-pensance médiatique. Au plan économique et s’agissant des relations sociales, il a pris plusieurs engagements, notamment celui de faire voter dès le mois de juillet un service minimum pour les transports publics, et de réformer, en 2008, dans le sens de plus d’égalité entre le secteur public et le secteur privé, les régimes spéciaux dont bénéficient les salariés des entreprises publiques. Nous serons nombreux à l’attendre au tournant…

Et il y a chez lui un côté «baratineur» qui me gêne. Et qui, en outre, l’amène à faire des analyses trop superficielles de la situation de la société française. Lui qui, à d’autres égards, sait être à l’écoute de l’opinion véritable, a bien du se rendre compte que la France profonde était saturée d’immigration. Et que le thème, qui lui est si cher, de l’immigration choisie, était tout sauf adapté.

J’aurai pu voter pour lui au premier tour. Je préfère donner ma voix à Jean-Marie Le Pen. Oh, certainement pas pour son programme économique ! Il se trompe quand il considère que l’Euro et la mondialisation sont largement responsables de notre situation si morose. C’est si vrai que, avec la même monnaie, l’Allemagne réalise des excédents commerciaux insolents, tandis qu’avec la même mondialisation, la Grande-Bretagne est au plein-emploi…

Depuis 30 ans (1977), la gauche archaïque (communistes aussi bien que socialistes), et la fausse droite, ont dirigé le gouvernement de la France exactement 15 années chacune. Elles se partagent donc à stricte égalité le bilan de cette période, dont l’histoire retiendra que ce fut celle au cours de laquelle notre pays est devenu, de fait, un ensemble multiculturel, multiethnique, laissant entrer chez lui quelque 10 millions d’immigrés. Et cela, sans que le peuple ne soit jamais consulté, même indirectement. Et alors que nos gouvernants savaient fort bien, comme tout un chacun, que cette transformation n’était approuvée que par une infime minorité, d’ailleurs la moins attachée à la défense de notre identité nationale.

Le 2e tour de l’élection présidentielle, le 6 mai, doit permettre de désigner le prochain chef de l’État. Rien n’empêche que le 1er tour soit celui de la sanction, le corps électoral se transformant en la circonstance en une sorte de jury populaire… Voter Le Pen c’est, avec un seul et simple bulletin, condamner ensemble tous les responsables de cette faillite.

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Bayrou : une alternative gagnante pour la gauche

Posted by alaindumait sur 14/03/2007

Les phénomènes d’opinion sont difficiles à prévoir. Même après coup, leur formation demeure mystérieuse. On s’interroge encore aujourd’hui sur les vraies raisons des événements de mai 1968… Mais ils se constatent. Et les études d’opinion par sondage sont précisément faites pour cela.

Il y a donc, à ce moment de la campagne pour l’élection présidentielle 2007, un indiscutable « phénomène Bayrou ». Que personne, ou presque (exception faite de Pierre Lance…) n’avait vu venir. À défaut de l’avoir prévu, efforçons-nous de l’expliquer.

Nous avons eu, ici même, à plusieurs reprises, l’occasion d’observer que la pratique, au fil des années, aboutissait à transformer considérablement les institutions. C’est la raison pour laquelle, aussi imparfaites soient-elles, il nous semble inutile et dérisoire d’inventer une VIè République alors que la Vè a démontré une parfaite adaptabilité. Cette remarque vaut en particulier pour le comportement électoral des Français qui, nonobstant un système électoral à deux tours, se comportent de plus en plus comme si l’élection était à un seul tour, le premier n’étant en quelque sorte qu’un élément du second, la campagne se poursuivant sans interruption du premier jour jusqu’au soir du second tour.

C’est dans ce contexte que l’on comprend mieux la percée du candidat de l’UDF.

En dépit des fleurs très académiques versées par une classe politique quasi unanime après son intervention de dimanche dernier annonçant qu’il ne « solliciterait pas un nouveau mandat » (sic), le bilan de Jacques Chirac est mauvais sur tous les plans. Sous son septennat puis son quinquennat, la France a beaucoup reculé dans la compétition internationale. Or, Nicolas Sarkozy est obligé d’assumer cet héritage. Même sincère, son désir de rupture ne produit sur l’opinion qu’un effet très limité. Donc, en application d’une des lois les plus universelles de la science politique, l’opinion cherche la voie pratique du changement. La gauche toutes tendances confondues, y compris l’extrême-gauche, bien vivante mais ultra-morcelée, étant de plus en plus minoritaire dans l’opinion (moins de 40 % des électeurs contre plus de 60 % pour la droite en incluant le Front national dans celle-ci…), le seul candidat capable de battre Nicolas Sarkozy au second tour paraît être François Bayrou. Il est l’alternative gagnante de centre-gauche à une candidate qui paraît battue d’avance, malgré, ou à cause, du soutien unanime des responsables du Parti socialiste le plus archaïque d’Europe.

Et tant pis pour toutes les contradictions qu’implique un tel choix par une opinion publique finalement autrement plus intelligente que la totalité des analystes politiques de ce pays, votre serviteur compris ! Car c’est cette même opinion publique qui votait massivement contre le projet de Constitution européenne qui, aujourd’hui, s’offre au champion de l’Europe fédérale ! C’est aussi les mêmes électeurs qui reprochent sans doute à Chirac son immobilisme, ses promesses non tenues, qui se jettent dans les bras d’un candidat qui a prouvé dans un passé récent qu’il était lui-même le prince de l’immobilisme, partisan qu’il est, dit-il, de réformer la France en s’appuyant… sur les syndicats, qui représentent chez nous les forces principales de l’ultra conservatisme !

À l’âge où Jacques Chirac vendait « L’humanité Dimanche » sur les marchés parisiens, François Bayrou, sur le Larzac, s’initiait à la non-violence, telle que prêchée par Lanza Del Vasto. Certes aujourd’hui, tel Jean Lecanuet, en 1965, il est le héraut d’un centrisme refusant la dichotomie droite-gauche. Entre-temps – cela a quand même duré près de 30 ans – il a été clairement un homme de droite, faisant ses premières armes chez les jeunes giscardiens, en même temps qu’il prenait son premier poste de professeur de lettres dans un lycée de Pau.

Il n’y a rien là qui puisse éloigner de lui, soit au premier tour, soit au deuxième tour, quelque électeur de gauche que ce soit. Certaines de ses propositions sont mêmes plus à gauche que celles de Ségolène Royal. Comme elle, il parle du remboursement de la dette publique. Mais lui se garde d’évoquer la moindre perspective de réduction des prélèvements obligatoires. N’est-ce pas là la caractéristique fondamentale de ce funeste modèle social français défendu aussi bien à droite qu’au centre ou à gauche par une majorité de profiteurs d’un système qui entraîne notre pays inéluctablement au désastre mais dont la défense peut très bien être l’argument de la victoire de ce candidat à l’élection présiden

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