Le Journal d’Alain Dumait

Un autre regard sur la crise

Bayrou : une alternative gagnante pour la gauche

Posted by alaindumait sur 14/03/2007

Les phénomènes d’opinion sont difficiles à prévoir. Même après coup, leur formation demeure mystérieuse. On s’interroge encore aujourd’hui sur les vraies raisons des événements de mai 1968… Mais ils se constatent. Et les études d’opinion par sondage sont précisément faites pour cela.

Il y a donc, à ce moment de la campagne pour l’élection présidentielle 2007, un indiscutable « phénomène Bayrou ». Que personne, ou presque (exception faite de Pierre Lance…) n’avait vu venir. À défaut de l’avoir prévu, efforçons-nous de l’expliquer.

Nous avons eu, ici même, à plusieurs reprises, l’occasion d’observer que la pratique, au fil des années, aboutissait à transformer considérablement les institutions. C’est la raison pour laquelle, aussi imparfaites soient-elles, il nous semble inutile et dérisoire d’inventer une VIè République alors que la Vè a démontré une parfaite adaptabilité. Cette remarque vaut en particulier pour le comportement électoral des Français qui, nonobstant un système électoral à deux tours, se comportent de plus en plus comme si l’élection était à un seul tour, le premier n’étant en quelque sorte qu’un élément du second, la campagne se poursuivant sans interruption du premier jour jusqu’au soir du second tour.

C’est dans ce contexte que l’on comprend mieux la percée du candidat de l’UDF.

En dépit des fleurs très académiques versées par une classe politique quasi unanime après son intervention de dimanche dernier annonçant qu’il ne « solliciterait pas un nouveau mandat » (sic), le bilan de Jacques Chirac est mauvais sur tous les plans. Sous son septennat puis son quinquennat, la France a beaucoup reculé dans la compétition internationale. Or, Nicolas Sarkozy est obligé d’assumer cet héritage. Même sincère, son désir de rupture ne produit sur l’opinion qu’un effet très limité. Donc, en application d’une des lois les plus universelles de la science politique, l’opinion cherche la voie pratique du changement. La gauche toutes tendances confondues, y compris l’extrême-gauche, bien vivante mais ultra-morcelée, étant de plus en plus minoritaire dans l’opinion (moins de 40 % des électeurs contre plus de 60 % pour la droite en incluant le Front national dans celle-ci…), le seul candidat capable de battre Nicolas Sarkozy au second tour paraît être François Bayrou. Il est l’alternative gagnante de centre-gauche à une candidate qui paraît battue d’avance, malgré, ou à cause, du soutien unanime des responsables du Parti socialiste le plus archaïque d’Europe.

Et tant pis pour toutes les contradictions qu’implique un tel choix par une opinion publique finalement autrement plus intelligente que la totalité des analystes politiques de ce pays, votre serviteur compris ! Car c’est cette même opinion publique qui votait massivement contre le projet de Constitution européenne qui, aujourd’hui, s’offre au champion de l’Europe fédérale ! C’est aussi les mêmes électeurs qui reprochent sans doute à Chirac son immobilisme, ses promesses non tenues, qui se jettent dans les bras d’un candidat qui a prouvé dans un passé récent qu’il était lui-même le prince de l’immobilisme, partisan qu’il est, dit-il, de réformer la France en s’appuyant… sur les syndicats, qui représentent chez nous les forces principales de l’ultra conservatisme !

À l’âge où Jacques Chirac vendait « L’humanité Dimanche » sur les marchés parisiens, François Bayrou, sur le Larzac, s’initiait à la non-violence, telle que prêchée par Lanza Del Vasto. Certes aujourd’hui, tel Jean Lecanuet, en 1965, il est le héraut d’un centrisme refusant la dichotomie droite-gauche. Entre-temps – cela a quand même duré près de 30 ans – il a été clairement un homme de droite, faisant ses premières armes chez les jeunes giscardiens, en même temps qu’il prenait son premier poste de professeur de lettres dans un lycée de Pau.

Il n’y a rien là qui puisse éloigner de lui, soit au premier tour, soit au deuxième tour, quelque électeur de gauche que ce soit. Certaines de ses propositions sont mêmes plus à gauche que celles de Ségolène Royal. Comme elle, il parle du remboursement de la dette publique. Mais lui se garde d’évoquer la moindre perspective de réduction des prélèvements obligatoires. N’est-ce pas là la caractéristique fondamentale de ce funeste modèle social français défendu aussi bien à droite qu’au centre ou à gauche par une majorité de profiteurs d’un système qui entraîne notre pays inéluctablement au désastre mais dont la défense peut très bien être l’argument de la victoire de ce candidat à l’élection présiden

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