Le Journal d’Alain Dumait

Un autre regard sur la crise

Archive for avril 2007

Pour Sarkozy, rien n’est encore gagné

Posted by alaindumait sur 25/04/2007

Tout au long de ces huit mois de campagne électorale, ponctuée par près de 300 sondages, quatre candidats sont apparus comme ayant des chances sérieuses de figurer au 2e tour. Si bien que les médias, en particulier les télés, furent amenés à traiter différemment « les quatre grands » et « les huit autres ». On dira que c’est injuste et peu démocratique. Mais c’est aussi inévitable : quand la cloche retentit et invite les candidats à se mettre dans les starting blocks, la sélection est déjà faite. Ceux qui pèsent moins de 5 % dans les intentions de vote ne feront que de la figuration.

Alors à quoi bon ? S’agissant, à droite, de Philippe de Villiers, je continue à me poser la question…

S’agissant à gauche des trotskistes et autres altermondialistes antilibéraux, ils ne cherchent rien d’autre que la couverture médiatique, qu’ils obtiennent d’ailleurs fort bien. Et ils savent, mieux que personne, que le pouvoir des urnes, qui leur échappe, doit finalement obéir à celui de la rue et des petites lucarnes, qu’ils contrôlent…

Comme nous avons eu l’occasion de le souligner à plusieurs reprises, la gauche, politiquement, manœuvre à la perfection. Ce sont de bons professionnels. Résumons : fonctionnement démocratique du PS et désignation du candidat par les militants après une véritable campagne interne ; négociation rondement menée avec le Parti radical de gauche et le Mouvement des citoyens, pour assurer la présence de la candidate PS au 2e tour ; et multiplication des candidatures d’extrême gauche pour faire le spectacle à la télé et préparer la diabolisation de Sarkozy, qui sera le thème essentiel de la campagne du second tour. Du grand art…

Certes, les candidatures de Dominique Voynet et de Frédéric Nihous n’entrent pas exactement dans ce schéma. Le score du second achève de décrédibiliser la première. Les verts auraient mieux fait d’écouter Cohn Bendit, qui soutenait Ségolène et approuvait Bayrou…
Quels furent les critères principaux dans ce choix du premier tour ?

En premier lieu, il y a la pesanteur politique qui fait que l’on reproduit souvent son vote précédent. On ne passe pas si facilement que ça d’un parti à un autre. Seul Bayrou semble avoir attiré des électeurs de gauche modérés. Mais pas assez…

En dernier lieu, il y a les programmes, qui seraient davantage pris en considération si les citoyens étaient fondés, par expérience, à y croire…

Et entre les deux, il y a ce que Polemia (www.polemia.com) appelle la « staracadémisation de la vie politique française », c’est-à-dire le fait que, pour occuper les écrans de la télé, il faut d’abord être visible. C’est la vraie raison pour laquelle Nicolas Sarkozy à fait le choix de rester le plus longtemps possible au ministère de l’Intérieur : pour rester dans l’angle des caméras. Aujourd’hui, il faut suivre les médias, plutôt qu’attendre qu’ils vous suivent. Quitte à dire la même chose au même moment que ses concurrents, comme on l’a vu sur l’environnement (« tous avec Hulot », dans la séquence écologique de la campagne) ou sur les mal logés (« tous avec les SDF et les Don Quichotte du Canal Saint-Martin ») ou sur l’économie (« tous contre Forgeard, l’ex-président d’EADS », dans la séquence anti-patrons de la campagne). Quitte aussi à pratiquement ne pas parler d’affaires internationales, domaine pourtant réservé au futur président, mais qui n’intéresse pas les médias…

Il faut savoir faire de l’incohérence un atout : un homme politique qui se répète est lassant ; un candidat qui se contredit est intéressant… Sitôt adoptée, une plateforme de campagne est donc périmée. Exit le programme du parti, place au pacte présidentiel, lui-même complété, retouché et/ou délaissé en fonction des besoins de l’actualité. D’où les chassés-croisés droite/gauche et droite/« extrême droite ». Ségolène Royal conquiert le parti socialiste à travers un discours « de droite » sur les valeurs, sur le travail, sur l’école, puis retrouve les fondamentaux de la gauche pour mobiliser son camp pour le premier tour. Nicolas Sarkozy, apôtre de l’économie de l’offre, s’est recentré en citant Keynes, Jaurès et Blum, et en prônant les « droits opposables » ; juste avant de cesser d’être le chantre de la « discrimination positive » pour se mettre à préconiser la création d’ « un ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale »…

Pour le premier tour de ces présidentielles, les sondages avaient assez bien vu l’état de l’opinion. Mais, pour le deuxième tour, c’est une autre paire de manches ! Car Sarkozy n’est pas Chirac. La tyrannie des médias va maintenant certainement se surpasser

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Des surprises pour les législatives

Posted by alaindumait sur 18/04/2007

Cette fois-ci, comme en 2002 d’ailleurs, un électeur sur cinq est encore indécis quelques jours avant de se rendre aux urnes. C’est pourquoi, nonobstant les 300 sondages réalisés depuis quatre mois, un doute subsiste quant à l’issue du scrutin du 22 avril. Mais, si les sondages se trompent parfois, ils ont le plus souvent raison. Et je pense que cette fois-ci, ils ne seront pas démentis, même si, dans la ligne droite de la dernière semaine, Jean-Marie Le Pen semble combler son retard sur François Bayrou. Ils se disputent la place de troisième, tandis que la première ne devrait pas échapper à Nicolas Sarkozy, et alors que la seconde ira très probablement à Ségolène Royal.

Les sondages, quand ils sont effectués par des organismes sérieux, sur des échantillons d’au moins mille personnes interrogées, par des personnels bien formés, et non pas occasionnels, sont des études fiables, tout autant qu’une photo prise à un instant « t ». En 2002, les instituts concernés n’avaient évidemment pas voulu tromper l’opinion. Ils s’étaient tout simplement trompés eux-mêmes. Parce que le « vote-sanction Le Pen » s’est concentré dans les derniers jours de la campagne, et aussi parce que les personnes interrogées par sondages, du fait de la diabolisation du Front National, avaient, dans une proportion importante, bien caché leurs intentions.

Le panel des seize candidats était aussi différent. Après coup, toutes sortes de reconstitutions sont possibles. Lionel Jospin a été éliminé. Mais si on ajoute les voix qu’il a obtenues à celles du candidat du Parti radical, il aurait dépassé Jean-Marie Le Pen. Et si on y ajoute également les voix obtenues par Jean-Pierre Chevènement, il serait arrivé en tête… De même, l’addition des suffrages obtenus par Jean-Marie Le Pen, par Bruno Mégret et, pour une fraction seulement, par Christine Boutin, aurait permis au candidat de l’extrême droite de passer devant celui de la fausse droite…

Tout se passe désormais comme si les électeurs sélectionnaient les candidats dès le premier tour. Les quatre candidats cette fois-ci préférés dépassent tous largement les 10 % des intentions de vote, tandis qu’aucun des huit autres ne semble devoir franchir la barre des 5 % (qui, en 2002, avait été franchie non seulement par François Bayrou mais aussi par Arlette Laguiller, Jean-Pierre Chevènement et Noël Mamère, Besancenot et Saint-Josse, dépassant les 4 %, et Madelin les approchant).

Au plan de la politique politicienne, le principal enseignement de cette campagne de premier tour qui s’achève, est évidemment l’effondrement électoral de la gauche sectaire et marxiste. La candidate masquée du parti communiste figure dans le peloton de queue des « petits candidats ». Mais en 2002, son prédécesseur Robert Hue, avec moins d’un million de voix, avait déjà dû se contenter de 3,37 % des suffrages exprimés. Ce qui n’a pas empêché, il est vrai, depuis cette date, le PCF et ses représentants de continuer à se pavaner, comme en territoire occupé, dans tous les médias de notre pauvre paysage audiovisuel…

Deuxième signe de cet effondrement : une partie des électeurs naturels du Parti socialiste vont, dès le premier tour, voter pour François Bayrou, pour la principale raison que celui-ci, serait, selon les études d’opinion, susceptible de l’emporter sur Nicolas Sarkozy au deuxième tour. Or, un électeur de gauche veut, souvent, avant tout, contribuer à faire battre le candidat du camp adverse…

Au plan des propositions et du contenu du débat démocratique, nous avons déjà dit, ici même, combien nous jugions affligeante – et tout particulièrement de la part des deux candidats dominants – la campagne qui s’achève. En particulier, sur le sujet majeur et dramatique du terrorisme islamiste (notre édito de première page).

La plupart des propositions présentées, par les uns et par les autres, relèvent, au mieux, d’un programme de gouvernement. On pouvait attendre autre chose d’un futur chef de l’État. On voudrait qu’il ait une vision, pour l’avenir de son pays, donc en politique étrangère, pour l’avenir de son peuple, donc en ce qui concerne les institutions, et les grandes lignes d’une politique économique et sociale moderne. Au lieu de quoi, nous avons eu droit à des chapelets de promesses, baptisées « engagements », à forte odeur de retape…

Attention, le processus électoral en cours comporte en vérité quatre tours : deux pour la présidentielle et deux autres pour les législatives, les 10 et 17 juin prochains. Mon petit doigt me dit que nous allons avoir des surprises, le 18 juin…

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Cette campagne présidentielle qui s’achève

Posted by alaindumait sur 12/04/2007

Nos lecteurs iront voter le 22 avril, qui pour Nicolas Sarkozy, qui pour Jean-Marie Le Pen, qui pour Philippe de Villiers et qui pour François Bayrou. À ce jour, aucun correspondant ne m’a indiqué vouloir voter pour un des huit autres, encore que certains seront sans doute tentés par Frédéric Nihous, le candidat de Chasse Pêche Nature et Tradition (CPNT).

Cette diversité reflète la ligne politique de ce journal : pas d’ennemis à droite, libre expression de tous les points de vue – y compris ceux qui ne sont pas partagés par la rédaction – s’ils se réclament de la droite !

Attention, je viens de citer le nom de François Bayrou, non pas parce que je le compte à droite, mais seulement parce qu’un de mes correspondants m’indique les raisons qui font qu’après avoir voté Le Pen en 2002, il préfère cette fois voter Bayrou : pour faire battre le candidat de l’UMP au 2e tour, comme il avait voulu contribuer à faire échec au candidat du parti socialiste la dernière fois.
J’indique en passant, une fois de plus, que je défends une conception purement nominaliste de la droite et de la gauche (clivage que je tiens pour majeur) : sont de droite, selon moi, tous ceux qui se disent tels, nonobstant leurs éventuelles déviances…

Et ne sont pas de droite ceux qui se disent eux-mêmes ailleurs. Dans ces conditions, nous dirons que se sont qualifiés pour ce 1er tour trois candidats de droite, deux candidats du centre ou « d’ailleurs » (puisqu’ils se disent tels) et sept candidats de gauche et d’extrême gauche. Or toutes les études d’opinion indiquent que le rapport droite/gauche, axe sur lequel se situent très bien les électeurs eux-mêmes, penche en faveur de la première dans la proportion de 55/45, voire 60/40. Il est plus facile, malgré cela, de trouver 500 signatures de grands électeurs quand on est trotskiste plutôt que libéral. C’est quand même à noter !

J’ai indiqué ici même les raisons qui m’amènent à faire le choix de Jean-Marie Le Pen et je n’y reviens pas. Je vous livrerai mon pronostic pour le 1er tour la semaine prochaine. Pour l’instant, aujourd’hui, je veux me contenter de quelques remarques sur cette campagne qui s’achève… sans avoir vraiment commencé !…

Dans une démocratie vivante, les questions cruciales seraient abordées avant toutes les autres. Or la France est affectée par sept plaies, qui sont autant de problèmes graves, sur lesquels un candidat sérieux à la présidence de la République doit avoir des réponses claires. Cela vaut au plan international pour au moins deux dossiers : la dissémination nucléaire et la montée de l’islamisme intolérant et violent. La panne des institutions européennes, et même leur utilité est le troisième. L’immigration incontrôlée, et toujours croissante, comme un flot qui écarte les vannes, et l’insécurité dont souffrent aujourd’hui dix fois plus de personnes qu’il y a vingt ans, sont les deux suivants. L’excès de la dépense publique et le pouvoir de nuisance exorbitant de syndicats stipendiés sont les deux derniers. Or qui, à part Jean-Marie Le Pen et Philippe de Villiers, en tout cas parmi les candidats qui selon les sondages pourraient figurer au 2e tour, se donne la peine d’aborder franchement et clairement ces questions si vitales que l’avenir de la nation et de nos enfants en dépend ?

Pendant ce temps-là, les ergotages sur de nouveaux contrats de travail, ou les propositions insanes sur de nouvelles subventions aux entreprises, qui n’intéresseront jamais le moindre entrepreneur digne de ce nom, semblent occuper à plein-temps les armées mexicaines de nos états majors politiques.

Une majorité de Français sont las de ces propositions présentées par centaines, évidemment pour éluder les questions qui hantent les esprits des plus lucides de nos concitoyens !

Une dernière remarque sur les médias, et d’abord sur les premiers des mass-médias que sont encore les chaînes de télévision. Certes, elles ont consacré au débat présidentiel des centaines d’heures d’antenne, apparemment bien suivies par les téléspectateurs. Mais presque toujours ces shows étaient résolument infantilisants. Et systématiquement biaisés. On respecte à peu près les directives du CSA en termes quantitatifs, mais au plan du contenu, et donc du message, le parti pris de ces médias est honteux ! Sans vouloir anticiper sur les élections législatives qui suivront, on a l’impression que des consignes circulent déjà dans les médias pour préparer un nouveau « front républicain » : pour faire barrage une nouvelle fois à l’élection de tout élu du Front National. Si ce n’est le 6 mai, en tout cas au 2e tour des élections générales qui suivront.

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Les débats de l’entente à droite

Posted by alaindumait sur 04/04/2007

Si j’en juge par vos lettres, chers amis abonnés à notre journal, vous êtes très nombreux à faire le même choix de vote que le mien : au premier tour de l’élection présidentielle le 22 avril, ce sera Jean-Marie Le Pen !

Je veux m’adresser aujourd’hui tout particulièrement à ceux qui nous dé-sapprouvent.

– Et tout d’abord aux partisans de Philippe de Villiers, que je respecte évidemment. Considérer que le leader du MPF a peu de chances sérieuses de figurer au 2e tour continue à heurter ceux qui de toute façon vont voter pour lui, au nom d’un vote de conviction très honorable.
On peut regretter que nous soyons dans un système à deux tours (ma chronique de la semaine dernière) ; qu’il n’y ait pas de primaires « à l’américaine » ; et que la droite, au sens large, soit divisée au point de s’affronter jusqu’au 2e tour des législatives, alors que nous défendons toujours « l’entente à droite », dont le concept, même brisé en mille morceaux, par 20 années de combats électoraux et médiatiques fratricides, continue néanmoins à vivre, d’une façon ou d’une autre, dans le cœur du plus grand nombre des électeurs se disant eux-mêmes « de droite », c’est-à-dire, selon moi, dans le cœur de la majorité des électeurs français ! 

Mais, dans ce contexte, c’est forcément avant le lancement de la campagne que les personnalités ayant des chances sérieuses de figurer au 2e tour apparaissent, sélectionnées qu’elles sont par l’opinion. Quelqu’un qui ne recueille que 2 à 3 % des intentions de vote six mois avant le premier tour n’a aucune chance de figurer dans la sélection du 22 avril. Dans l’intérêt même de ses idées, Philippe de Villiers aurait mieux fait de rejoindre soit Nicolas Sarkozy, soit Jean-Marie Le Pen, qui avait lancé l’idée de l’Union patriotique en pensant d’abord à lui…

– Plusieurs autres correspondants, bien que sans enthousiasme pour le programme du candidat de l’UMP, préfère voter pour lui dès le premier tour, refusant l’idée que le premier tour puisse être le bon moment pour exprimer un vote de condamnation et de sanction à l’égard de ceux qui ont si mal administré le pays depuis trente ans. Selon eux, le vote de plus de 4 804 713 électeurs pour Jean-Marie Le Pen au premier tour de l’élection de 2002 n’aurait servi à rien.

C’est justement ce que je ne pense pas ! qui peut nier que la vie politique a été profondément marquée par le vote du 21 avril 2002 ? Et même les conditions de l’élection de Jacques Chirac au 2e tour, tout en lui donnant le pouvoir, le lui contestaient comme jamais cela n’avait été vrai, en tout cas dans les urnes. D’où les résultats des élections suivantes (régionales, européennes, référendum sur la constitution européenne) qui ont toutes été des échecs pour le gouvernement. Les électeurs qui ont voté pour Le Pen en 2002 n’ont sans doute pas empêché le maintien à l’Élysée de son précédent locataire, mais ils ont contribué profondément à modifier le paysage politique français. Donc le vote sanction a du sens.

– Le Front National fait campagne contre le libéralisme et fustige la mondialisation, ce qui heurte profondément le libéral que je suis. Un correspondant me dit : « vous allez donc voter contre vos convictions ! ».

Certainement pas ! même si on peut faire en effet plus libéral que le président du Front National…

Prenons, par exemple, le problème de l’immigration. Fidèle à mes maîtres, tel Milton Friedman, je suis partisan d’une immigration libre. Qui peut nier que, tout au long du XIXe siècle, et même jusqu’au milieu du XXe, les États-Unis, où l’immigration était importante sans pour autant être complètement libre, ont grandement bénéficié de ces apports étrangers ? Les parents de Milton Friedman étaient nés dans une région aujourd’hui située en Ukraine. Et la liste des prix Nobel américains témoigne, s’il en était besoin, de l’apport très positif de l’immigration. 

Mais l’État providence, que nous avons développé en France plus que partout ailleurs, est strictement antinomique de la libre immigration car, dans un tel système, celle-ci devient un simple envahissement, tout avantage social devenant, pour les plus pauvres des miséreux du monde, une aubaine, ou un miroir aux alouettes.

En conséquence de quoi, aussi longtemps que nous serons dans ce funeste État providence, il sera nécessaire d’empêcher tout nouvel afflux d’immigré, tout en concentrant des moyens considérables pour intégrer ceux qui resteront chez nous.
Je remarque d’ailleurs que Jean-Marie Le Pen est le seul candidat à dire vouloir réduire l’emprise tentaculaire de l’État providence.

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