Le Journal d’Alain Dumait

Un autre regard sur la crise

Archive for mai 2007

Réflexions sur « l’ouverture » du gouvernement

Posted by alaindumait sur 23/05/2007

Les hommes politiques sont avant tout… des hommes politiques ! Comme le faisait remarquer Georges Pompidou, aucun n’est jamais mort d’une indigestion de voix ! En conséquence, ils veulent gagner leur élection avec le plus grand nombre possible de suffrages, et demeurer le plus longtemps possible au pouvoir.

C’est en partant de cette fort triviale observation qu’il convient d’analyser la constitution du premier gouvernement de Nicolas Sarkozy.
Il aurait pu faire l’ouverture à droite, ou bien constituer, pour commencer, un gouvernement de techniciens… Mais ce n’est pas comme ça qu’il allait gagner les élections législatives des 10 et 17 juin prochains. Au plan parlementaire, son adversaire demeure le parti socialiste. Tout ce qui l’affaiblit renforce sa position politique. Et si des hiérarques socialistes se sont ralliés dès le 7 mai, comment continuer à diaboliser le nouveau chef de la droite ? Son image gagne en finesse et perd en brutalité…

Cette « ouverture » politique, au lendemain d’une élection présidentielle, est d’ailleurs un grand classique de notre vie politique. De Gaulle lui-même la pratiqua en 1945, puis en 1958, avec des ministres comme Pierre Pflimlin et Guy Mollet (qui venaient avec quelques « amis »). François Mitterrand la renouvela en 1988, avec une poignée de ministres « barristes ». Georges Pompidou et Valéry Giscard d’Estaing considéraient que c’était entre les deux tours qu’il fallait élargir aux centristes. On sait que Nicolas Sarkozy était prêt à le faire, mais François Bayrou avait « pris la grosse tête »…

On remarquera quand même qu’en 1981, François Mitterrand va aux élections générales sur une ligne « d’Union de la gauche ». Le nouveau chef de l’État, électoralement, aurait pu envisager d’y aller à son tour sur une ligne « d’entente à droite », ce qui aurait permis de lever sans attendre de nombreuses incertitudes sur les chances réelles de redressement du pays avec un gouvernement « d’ouverture ». Mais il n’y a pas de parallélisme entre les deux situations : François Mitterrand avait la sympathie des médias sur sa ligne politique tandis que Nicolas Sarkozy ne l’aurait certainement pas eu sur une ligne « d’entente à droite ».

Car les médias sont au cœur de la stratégie de notre nouveau président de la République. On peut compter sur lui pour occuper toutes les lucarnes, toutes les ondes et toutes les colonnes, ne laissant à l’opposition de gauche qu’un petit nombre de médias de deuxième catégorie du point de vue de leur audience (Canal+, les radios du service public, « Le Monde »…). C’est à se demander si, quand il a dit être le candidat du peuple, il ne pensait pas « candidat des people »…

On sent qu’il y a déjà une sorte d’accord avec la gent médiatique : ce gouvernement ira encore plus loin que ses prédécesseurs dans la voie du social compassionnel (la première visite du nouveau Premier ministre a été pour un foyer de femmes battues, presque toutes d’origine africaine…), mais, comme il a répété sur tous les tons qu’il fera ce qu’il a dit, il espère que les médias le soutiendront, y compris sur ses réformes économiques.

En vérité, la véritable opposition réside d’ores et déjà dans les officines syndicales. Et le moment de vérité viendra, dès cet été, avec la mise en place annoncée et confirmée d’un service minimum dans les entreprises publiques de transport. On peut compter sur François Fillon pour offrir autant qu’il le pourra des contreparties aux syndicats. Mais si ceux-ci se sentent assez forts pour aller à l’affrontement, ce pourrait être, pour la majorité nouvelle, la première épreuve du feu.

Résumons-nous. Nicolas Sarkozy a demandé à son gouvernement de mettre en œuvre son projet présidentiel. Celui-ci comporte des propositions intéressantes mais n’est de nature ni à permettre un développement économique brillant, ni à répondre aux désordres de toutes sortes résultant de trente ans de laxisme en matière d’immigration. Le nouveau chef de l’État n’a pas pris d’engagement fort sur la réduction de la dette ou sur la réduction des dépenses (si ce n’est sur la réduction du nombre des fonctionnaires). En matière d’immigration, il n’envisage qu’un infléchissement, sous la forme d’un durcissement des conditions du regroupement familial, ce qui est bien, mais tout à fait insuffisant.

« Toujours, l’inattendu arrive ». C’est à ce moment-là, qui peut venir très vite, qu’on pourra juger notre nouveau gouvernement. Et qu’on verra si « l’ouverture » a été seulement un bon coup politique, ou… une mauvaise affaire pour la France.

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Sarkozy a soixante jours pour mettre au pas la CGT

Posted by alaindumait sur 09/05/2007

Pour commencer, félicitons Nicolas Sarkozy ! Au départ, sa victoire était tout sauf évidente. La majorité à laquelle il appartenait avait perdu toutes les élections intermédiaires depuis 2002. Il lui fallait donc convaincre l’opinion que, nonobstant son appartenance aux deux derniers gouvernements de Jacques Chirac, il serait le candidat du changement et en particulier, des promesses tenues. Son engagement physique personnel et son charisme y furent pour beaucoup. Mais la politique n’est pas seulement affaire de communication, elle est aussi, et principalement, affaire de positionnement.

Dimanche dernier, le candidat de l’UMP l’a emporté grâce à quelque un million et demi de voix qui, en 2002, s’étaient au premier tour, portées sur Jean-Marie Le Pen. Tel fut l’élément essentiel de la stratégie de Nicolas Sarkozy : reprendre un certain nombre de thèmes associés au programme du Front National, tout en continuant à s’en démarquer sur quelques autres. Par exemple, durcissement des conditions du regroupement familial, fermeté à l’égard des sans-papiers, nouvelle loi visant les délinquants mineurs et les multirécidivistes, mais en même temps, discrimination positive, régularisations généreuses, et droit d’asile largement maintenu.

Faisons l’hypothèse, qui est la plus probable, que le 17 juin prochain, dans la foulée du 6 mai, les électeurs investissent une majorité propre à soutenir le premier gouvernement de Nicolas Sarkozy. Tous ceux qui ont travaillé avec lui, au cours de cette campagne, le disent prêt à passer à l’action le plus tôt possible. On parle d’une session parlementaire qui, non seulement, se poursuivrait au mois de juillet, mais même, si besoin est, jusqu’au début du mois d’août.

Si cette hypothèse se vérifie, on peut considérer que le nouveau Président aura toutes les cartes en main. Pour réussir, il lui faut donc, d’une part, établir un diagnostic correct de la situation et, d’autre part, faire preuve d’un art du gouvernement à la fois efficace et audacieux.
Comme Christian Lambert, ancien ambassadeur de France (voir page 5 Nicolas Sarkozy : la dernière chance de la France !), nous pensons que la situation réelle de la France est beaucoup plus grave qu’on le croit couramment. Non pas tant au plan économique et financier, car, à cet égard, notre pays a certainement encore les capacités qu’il faut pour rebondir, mais bien plutôt au plan identitaire. Dans près de mille quartiers des banlieues, le feu couve. Une forme de guerre intérieure menace.

Or, le gouvernement que le nouveau Président de la République s’apprête à constituer, devra aller très vite. En 1986, lorsque Jacques Chirac devint le Premier ministre de la première cohabitation, avec un certain nombre d’amis regroupés au sein du groupe « Printemps 86 », nous lui avions accordé cent jours pour réussir. On a vu la suite… Cette fois-ci, selon moi, Nicolas Sarkozy n’aura que soixante jours. S’il n’a pas engagé, avant la rentrée de septembre la plupart des réformes qu’il a lui-même promises, les syndicats reprendront leurs manifestations et, dans la rue, la gauche fera tout pour lui voler la victoire.

S’agissant de l’établissement d’un état des lieux incontestable, une Commission composée d’une dizaine de personnalités devrait être en mesure de rendre un rapport au gouvernement avant la fin du mois de juin. Qu’on se souvienne, dans un contexte totalement différent, de l’efficacité et de la célérité dont sût faire preuve en 1958 la Commission Rueff-Armand.

L’art du gouvernement, dans les circonstances où nous nous trouvons, sera évidemment déterminant. Nicolas Sarkozy aura besoin de tout son courage et de toute sa détermination pour affronter certainement durement les forces qui défendent bec et ongles le statu quo social. Il le sait. Ne disait-il pas, l’avant-veille du scrutin, sur France 2, dans l’émission éponyme de notre journal, qu’il « avait beaucoup de respect pour le patron de la CGT, Bernard Thibault », mais que celui-ci, pour autant, n’était pas le patron, qu’il n’avait qu’à se présenter lui aussi à l’élection présidentielle. Ce faisant, il a clairement désigné son adversaire. C’est lui et personne d’autre. Ce n’est plus Ségolène Royal ou François Hollande.

S’il veut ne pas décevoir ses électeurs – et c’est la principale promesse faite par le candidat Nicolas Sarkozy – il doit non seulement agir vite mais aussi ne pas craindre une confrontation à peu près certaine. Et sans laquelle, insidieusement, comme cela se produit systématiquement depuis 20 ans, la rue, toujours soutenue par le pouvoir médiatique et la classe parlante, reprendrait le pouvoir perdu au fond des urnes.

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Nicolas Sarkozy : le bon choix pour la France

Posted by alaindumait sur 02/05/2007

On peut supposer que le choix du 6 mai est assez simple pour 57 % des électeurs qui, le 22 avril, se sont prononcés soit pour Nicolas Sarkozy, soit pour Ségolène Royal. Il est encore assez simple pour les électeurs des sept autres candidats, totalisant ensemble 13 % des suffrages qui, dès le dimanche soir ou dans les jours qui ont suivi, se sont clairement prononcés pour l’un ou l’autre des deux champions. Ce sont donc les électeurs de François Bayrou, de Jean-Marie Le Pen et de Frédéric Nihous qui, au total, représentent 30 % des suffrages exprimés, qui vont faire la différence.

Ayant voté, en ce qui me concerne, au premier tour, pour Jean-Marie Le Pen, je comprends fort bien les réticences de ceux qui, ayant fait le même choix, ont du mal à se résoudre à voter pour Nicolas Sarkozy. Son message, malgré son évidente sincérité et son indéniable ardeur, manque encore de clarté, notamment sur deux points essentiels : le recul de l’État-providence et l’immigration.

Son leitmotiv sur la valeur du travail et donc, en creux, sa dénonciation de l’assistanat, de la paresse qu’elle entraîne, serait parfait si, par ailleurs, il ne promettait pas « de grandes politiques de solidarité » (n° 14 de son programme en quinze points). D’ailleurs, ce programme, résumé à l’essentiel dans l’esprit de son auteur, n’évoque ni la dette publique, ni le déficit budgétaire, ni l’excès de la dépense publique.

Il ose parler de l’immigration. Fort bien. Mais cela n’arrive qu’en treizième position de son programme, où il n’est question que d’une vague « maîtrise ». Cela n’est évidemment pas à la mesure de la dimension du problème. Alors que l’ex-ministre de l’Intérieur a évidemment en mains toutes les données qui démontrent d’une part que l’invasion immigrationniste, loin de se réduire ou de se stabiliser, progresse fortement, tandis que les zones de non-droit s’étendent parallèlement.

Il parle de « rupture » car, en homme de terrain, sachant écouter et comprendre, il sait qu’une grande majorité des Français est tout simplement mécontente, voire furieuse de la façon dont elle a été gouvernée depuis trente ans, quinze ans par la gauche, quinze ans par la droite, et donc, de ce fait, en quasi-révolte contre une classe politique qui s’est servie plutôt qu’elle a servi. Mais, dimanche dernier, à Bercy, ce sont les hiérarques de ce système, auxquels s’étaient mêlés quelques spécimens de notre classe parlante qui applaudissaient à cette « rupture ». Ce qui laisse planer un doute sérieux sur la chose, tant on sait bien que souvent, en politique, dire la chose, c’est se dispenser de la faire…

Pour ceux qui renverront dos-à-dos les deux candidats finalistes, ils ont le recours à l’abstention ou au vote blanc. Il est dommage que ce dernier ne soit pas comptabilisé expressément. Le droit de vote inclut celui de ne pas aller voter ou d’y aller pour mettre un bulletin nul ou blanc.

Mais je crois que ce n’est pas le bon choix. Pour insuffisantes, très insuffisantes, que soient les propositions de Nicolas Sarkozy, elles sont nettement supérieures et préférables à celles avancées par Ségolène Royal.

Prenons l’exemple de l’État-providence. La candidate socialiste a en tête de l’étendre encore plus. Les syndicats de salariés, qui ne représentent qu’eux-mêmes, écriront les lois sociales. Les 35 heures seront réaffirmées, tous les minimas sociaux seront augmentés, et pour fêter la victoire, le funeste Smic sera revalorisé de 20 %. Nicolas Sarkozy ne promet certainement pas le démantèlement pourtant inéluctable de l’État-providence (le principal aspirateur de l’immigration, la raison pour laquelle elle vient chez nous plutôt qu’ailleurs). Mais au moins, est-il plus raisonnable.

Il y a en France un lobby immigrationniste. Il rassemble aussi bien des intellectuels droit-de-l’hommistes dévoyés que des travailleurs sociaux stipendiés (puisqu’ils vivent de subventions publiques). Il s’appuie évidemment sur une partie importante de la population d’origine immigrée, en particulier ses éléments les plus décidés à ne jamais s’intégrer à la nation française. Ce lobby a voté en masse pour la candidate du PS qui, lors de ses déplacements en dehors des beaux quartiers, était systématiquement entourée de foules en boubous et en djellabas. Là encore, Nicolas Sarkozy est un candidat plus sérieux.

Il m’est arrivé à plusieurs reprises de le rencontrer et de parler avec lui. Il accepte toujours le débat. Il est direct et convaincu. Il est honnête et passionné. C’est sans hésitation que, dimanche prochain, je vais mettre dans l’urne un bulletin Nicolas Sarkozy.

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