Le Journal d’Alain Dumait

Un autre regard sur la crise

Sarkozy a soixante jours pour mettre au pas la CGT

Posted by alaindumait sur 09/05/2007

Pour commencer, félicitons Nicolas Sarkozy ! Au départ, sa victoire était tout sauf évidente. La majorité à laquelle il appartenait avait perdu toutes les élections intermédiaires depuis 2002. Il lui fallait donc convaincre l’opinion que, nonobstant son appartenance aux deux derniers gouvernements de Jacques Chirac, il serait le candidat du changement et en particulier, des promesses tenues. Son engagement physique personnel et son charisme y furent pour beaucoup. Mais la politique n’est pas seulement affaire de communication, elle est aussi, et principalement, affaire de positionnement.

Dimanche dernier, le candidat de l’UMP l’a emporté grâce à quelque un million et demi de voix qui, en 2002, s’étaient au premier tour, portées sur Jean-Marie Le Pen. Tel fut l’élément essentiel de la stratégie de Nicolas Sarkozy : reprendre un certain nombre de thèmes associés au programme du Front National, tout en continuant à s’en démarquer sur quelques autres. Par exemple, durcissement des conditions du regroupement familial, fermeté à l’égard des sans-papiers, nouvelle loi visant les délinquants mineurs et les multirécidivistes, mais en même temps, discrimination positive, régularisations généreuses, et droit d’asile largement maintenu.

Faisons l’hypothèse, qui est la plus probable, que le 17 juin prochain, dans la foulée du 6 mai, les électeurs investissent une majorité propre à soutenir le premier gouvernement de Nicolas Sarkozy. Tous ceux qui ont travaillé avec lui, au cours de cette campagne, le disent prêt à passer à l’action le plus tôt possible. On parle d’une session parlementaire qui, non seulement, se poursuivrait au mois de juillet, mais même, si besoin est, jusqu’au début du mois d’août.

Si cette hypothèse se vérifie, on peut considérer que le nouveau Président aura toutes les cartes en main. Pour réussir, il lui faut donc, d’une part, établir un diagnostic correct de la situation et, d’autre part, faire preuve d’un art du gouvernement à la fois efficace et audacieux.
Comme Christian Lambert, ancien ambassadeur de France (voir page 5 Nicolas Sarkozy : la dernière chance de la France !), nous pensons que la situation réelle de la France est beaucoup plus grave qu’on le croit couramment. Non pas tant au plan économique et financier, car, à cet égard, notre pays a certainement encore les capacités qu’il faut pour rebondir, mais bien plutôt au plan identitaire. Dans près de mille quartiers des banlieues, le feu couve. Une forme de guerre intérieure menace.

Or, le gouvernement que le nouveau Président de la République s’apprête à constituer, devra aller très vite. En 1986, lorsque Jacques Chirac devint le Premier ministre de la première cohabitation, avec un certain nombre d’amis regroupés au sein du groupe « Printemps 86 », nous lui avions accordé cent jours pour réussir. On a vu la suite… Cette fois-ci, selon moi, Nicolas Sarkozy n’aura que soixante jours. S’il n’a pas engagé, avant la rentrée de septembre la plupart des réformes qu’il a lui-même promises, les syndicats reprendront leurs manifestations et, dans la rue, la gauche fera tout pour lui voler la victoire.

S’agissant de l’établissement d’un état des lieux incontestable, une Commission composée d’une dizaine de personnalités devrait être en mesure de rendre un rapport au gouvernement avant la fin du mois de juin. Qu’on se souvienne, dans un contexte totalement différent, de l’efficacité et de la célérité dont sût faire preuve en 1958 la Commission Rueff-Armand.

L’art du gouvernement, dans les circonstances où nous nous trouvons, sera évidemment déterminant. Nicolas Sarkozy aura besoin de tout son courage et de toute sa détermination pour affronter certainement durement les forces qui défendent bec et ongles le statu quo social. Il le sait. Ne disait-il pas, l’avant-veille du scrutin, sur France 2, dans l’émission éponyme de notre journal, qu’il « avait beaucoup de respect pour le patron de la CGT, Bernard Thibault », mais que celui-ci, pour autant, n’était pas le patron, qu’il n’avait qu’à se présenter lui aussi à l’élection présidentielle. Ce faisant, il a clairement désigné son adversaire. C’est lui et personne d’autre. Ce n’est plus Ségolène Royal ou François Hollande.

S’il veut ne pas décevoir ses électeurs – et c’est la principale promesse faite par le candidat Nicolas Sarkozy – il doit non seulement agir vite mais aussi ne pas craindre une confrontation à peu près certaine. Et sans laquelle, insidieusement, comme cela se produit systématiquement depuis 20 ans, la rue, toujours soutenue par le pouvoir médiatique et la classe parlante, reprendrait le pouvoir perdu au fond des urnes.

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