Le Journal d’Alain Dumait

Un autre regard sur la crise

Archive for août 2007

Économie : les deux sphères

Posted by alaindumait sur 28/08/2007

L’indice CAC 40, représentatif des plus grosses capitalisations à la bourse de Paris, a touché un plus haut le 1er juin 2007. Son niveau actuel est d’environ 9 % en-dessous. 
Entre-temps, à la suite de l’affaire des « subprime mortgages », qui s’est déclenchée aux États-Unis, fin juillet, du fait d’un retournement de tendance sur le marché de l’immobilier, l’indice avait plongé de quelque 14 %. Il a donc refait un peu plus d’un tiers du terrain perdu. Tous ceux qui ont un portefeuille d’actions et, au-delà, tous ceux dont le patrimoine dépend directement ou indirectement de la Bourse, ont des raisons de se demander ce que l’avenir à court ou moyen terme leur réserve.

Notons tout d’abord, qu’en un seul instant, la crise apparue quelque part aux États-Unis, s’est propagée à la terre entière. Car les banques échangent entre elles leurs créances, sans frontière. Les fonds d’investissement s’alimentent – ou se siphonnent – les uns les autres. Et la capacité plus ou moins grande des établissements financiers à accorder des crédits à leurs clients est évidemment, pour les acteurs de l’économie que sont les ménages et les entreprises, un élément fondamental de leur environnement, surtout dans des systèmes qui carburent à la dette et non pas à l’épargne(notre chronique de la semaine dernière).

Parler de l’économie française (ou européenne ou américaine…) n’a plus aucun sens. Avec la liberté quasi totale des échanges, nous sommes dans une « économie-monde », avec simplement une diversité de régions (Chine, Inde, Brésil, Europe, USA…) et rien de ce qui se passe où que ce soit n’est sans conséquence sur nos destins individuels. « Un battement d’aile de papillon en Chine peut faire éternuer un faucon à Washington ». Ce qu’il y a de nouveau, c’est l’effet quasi immédiat, dans certains cas, de ce battement d’aile de papillon…

Pour les marchés financiers, beaucoup de données objectives incitent à l’optimisme. En particulier, celles qui touchent aux performances des entreprises. Celles-ci sont de plus en plus nombreuses à être bien gérées. Et à améliorer, année après année, leur rentabilité. Elles financent leurs investissements sur leurs fonds propres tout en rémunérant correctement leurs actionnaires. Leurs salariés, employés, cadres et dirigeants se coltinent avec les problèmes de production, de marchés, de ventes. Ils savent anticiper et remettre à jour, en permanence, leurs prévisions. Le modèle de l’entreprise libre performante est aujourd’hui mis en œuvre par plus de la moitié de l’humanité et ne cesse de faire des progrès, en particulier, dans les pays-continents que sont la Chine, l’Inde et l’Amérique du Sud.

Avec de tels athlètes, nous sommes capables d’atteindre des taux de croissance élevés. La Chine affiche +12 %. L’Inde +10 %. La moyenne des pays de l’OCDE est à +6 %.

Nous avons, en France, des handicaps, qui tiennent à la dimension de la sphère publique, non compétitive
, qui vit, telle une sangsue, aux dépens de la sphère privée, dont la productivité serait « normale », si elle n’était confisquée.

La France profite de la croissance mondiale et y participe, dans une proportion qui pourrait être plus importante sans ce désavantage comparatif. Mais elle est aussi exposée de plein fouet aux risques systémiques qui résultent d’une mauvaise gestion des questions monétaires, depuis maintenant soixante ans.

Avec les Accords dits de Bretton Woods, signés le 22 juillet 1944, l’idéologie dominante, inspirée par le funeste John Maynard Keynes, qui dirigeait lui-même la délégation britannique, a été d’aller toujours plus loin en direction d’une monnaie unique internationale (on y est presque), et de favoriser la reconstruction et le développement économique des pays touchés par la Seconde Guerre mondiale en ouvrant les vannes du crédit, avec pour seule limite, depuis une vingtaine d’années, une inflation si possible limitée à 2 % par an (ce qui peut paraître raisonnable, mais ce qui l’est beaucoup moins si l’on veut bien convenir que les prix des facteurs de production sont presque tous orientés à la baisse).

Une pseudo-élite, formée à la pensée unique du keynésianisme (avatar apolitique du socialisme) a voulu nous convaincre que, par exception, la monnaie devait échapper aux règles du marché
, être gérée par des monopoles et obéir à des lois anti-économiques. On en voit aujourd’hui les résultats désastreux. On peut faire confiance à un grand nombre de chefs d’entreprises. Il est plus difficile de faire confiance au petit nombre des hommes politiques et des présidents des banques centrales, desquels notre avenir dépend aussi…

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Nouvelle leçon d’économie politique

Posted by alaindumait sur 23/08/2007

Hommes politiques (ordinaires) et (mauvais) économistes ont en permanence les yeux rivés sur le produit intérieur brut-PIB (1 792 milliards d’euros fin 2006 pour la France), et sur son évolution, à travers le fatidique taux de croissance (+ 0,3 % seulement au 2e trimestre 2007).

La façon la plus simple de calculer le PIB – à l’évolution des stocks et au solde de la balance commerciale près – est de faire, sur la période considérée, la somme de la consommation des agents (ménages, entreprises, collectivités publiques) et de leurs investissements. Donc, en « stimulant » la consommation ou l’investissement, en principe, on arrive à doper la croissance, et aussi l’emploi, la prospérité…

Toutes les politiques publiques prétendent encourager à la fois la consommation et l’investissement. Tous les moyens sont bons. On recrute des fonctionnaires. On lance des grands programmes. On justifie les déficits. On émet des emprunts. On pratique des baisses d’impôts « ciblées ». On multiplie les déductions fiscales…

Depuis trente ans, les deux outils privilégiés du soi-disant soutien de l’activité ont été les déficits publics systématiques et l’encouragement général à l’endettement. L’épisode que nous venons de vivre ce mois d’août, avec l’affaire des prêts hypothécaires de type « subprime mortgages » aux États-Unis, n’étant qu’un avatar particulier dudit phénomène.

Aujourd’hui, et en gros depuis deux siècles, la régulation de la masse monétaire en circulation est confiée à des monopoles plus ou moins indépendants dont la mission officielle est aujourd’hui d’assurer la stabilité de la monnaie (à 2 % d’inflation près).

Or, avec l’accélération des progrès techniques, la mondialisation et l’informatisation, les progrès des sciences de l’organisation et le perfectionnement de la formation des hommes, la tendance naturelle des prix serait nettement orientée à la baisse (déflation), si celle-ci n’était contrecarrée à la fois par le laxisme des politiques publiques et par le renchérissement des matières premières.

Depuis vingt ans, le rythme de la création monétaire (en dollars, en euros ou en yens) a été deux fois plus élevé que celui de la croissance économique réelle (en volume). C’est le principal facteur inflationniste. C’est supportable parce que les forces déflationnistes, en rappel, sont presque aussi puissantes. Mais cet équilibre est très instable…

Toute création monétaire a des dettes (à plus ou moins long terme) en contrepartie. Et certaines de celles-ci sont douteuses. Hier des « risques pays », aujourd’hui des « subprime » et demain des LBO (leverage buy out), ou tout autre produit à effet de levier, peuvent être à l’origine d’une panique et d’une crise majeure.

Tout se passe comme si la majorité des économistes – et avec eux, trop contents, la quasi-totalité des politiciens – avait oublié la leçon de Frédéric Bastiat (1801-1850), qui distinguait toujours, dans ses analyses, « ce qui se voit » et « ce qui ne se voit pas ».
On voit l’effet immédiat du déficit public sur la croissance. On ne voit pas qu’il détruit l’épargne et, de ce fait, vérole l’avenir. On voit l’effet mécanique du laxisme monétaire, qui permet d’emprunter à tout va, et aux Américains de changer de voiture en prenant une nouvelle hypothèque sur une maison dont le prix virtuel a doublé depuis cinq ans. On ne voit pas qu’il y a, à la clef, des remboursements qui ne peuvent être effectués que sur des revenus réels.

En décourageant l’épargne, ou en ne l’encourageant pas suffisamment, on berce les citoyens d’illusions, on leur fait croire qu’ils peuvent se dispenser du dur effort d’épargner. Ils sont incités à devenir de mauvais agents économiques.

Au plan politique, tout s’éclaire ! Une économie saine, où l’investissement est normalement financé par l’épargne individuelle (celle des particuliers et celle des entreprises), est animée par des acteurs libres, autonomes, responsables et indépendants. Ce sont eux qui financent leurs propres risques. L’État est alors forcément réduit à ses fonctions régaliennes. À l’inverse, dans une économie comme celles qui sont devenues les nôtres, notre futur est collectivisé, dépendant qu’il est des décisions publiques, celles de l’État comme celles des Banques centrales.

Il faudra bien, un jour ou l’autre, passer d’une économie artificiellement financée par des dettes, à une économie plus saine, où les investissements sont financés par une épargne préalable.

Toute la question est alors de savoir si un tel passage peut se faire en douceur. Il est plus probable qu’il se fera dans la douleur…

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