Le Journal d’Alain Dumait

Un autre regard sur la crise

Nouvelle leçon d’économie politique

Posted by alaindumait sur 23/08/2007

Hommes politiques (ordinaires) et (mauvais) économistes ont en permanence les yeux rivés sur le produit intérieur brut-PIB (1 792 milliards d’euros fin 2006 pour la France), et sur son évolution, à travers le fatidique taux de croissance (+ 0,3 % seulement au 2e trimestre 2007).

La façon la plus simple de calculer le PIB – à l’évolution des stocks et au solde de la balance commerciale près – est de faire, sur la période considérée, la somme de la consommation des agents (ménages, entreprises, collectivités publiques) et de leurs investissements. Donc, en « stimulant » la consommation ou l’investissement, en principe, on arrive à doper la croissance, et aussi l’emploi, la prospérité…

Toutes les politiques publiques prétendent encourager à la fois la consommation et l’investissement. Tous les moyens sont bons. On recrute des fonctionnaires. On lance des grands programmes. On justifie les déficits. On émet des emprunts. On pratique des baisses d’impôts « ciblées ». On multiplie les déductions fiscales…

Depuis trente ans, les deux outils privilégiés du soi-disant soutien de l’activité ont été les déficits publics systématiques et l’encouragement général à l’endettement. L’épisode que nous venons de vivre ce mois d’août, avec l’affaire des prêts hypothécaires de type « subprime mortgages » aux États-Unis, n’étant qu’un avatar particulier dudit phénomène.

Aujourd’hui, et en gros depuis deux siècles, la régulation de la masse monétaire en circulation est confiée à des monopoles plus ou moins indépendants dont la mission officielle est aujourd’hui d’assurer la stabilité de la monnaie (à 2 % d’inflation près).

Or, avec l’accélération des progrès techniques, la mondialisation et l’informatisation, les progrès des sciences de l’organisation et le perfectionnement de la formation des hommes, la tendance naturelle des prix serait nettement orientée à la baisse (déflation), si celle-ci n’était contrecarrée à la fois par le laxisme des politiques publiques et par le renchérissement des matières premières.

Depuis vingt ans, le rythme de la création monétaire (en dollars, en euros ou en yens) a été deux fois plus élevé que celui de la croissance économique réelle (en volume). C’est le principal facteur inflationniste. C’est supportable parce que les forces déflationnistes, en rappel, sont presque aussi puissantes. Mais cet équilibre est très instable…

Toute création monétaire a des dettes (à plus ou moins long terme) en contrepartie. Et certaines de celles-ci sont douteuses. Hier des « risques pays », aujourd’hui des « subprime » et demain des LBO (leverage buy out), ou tout autre produit à effet de levier, peuvent être à l’origine d’une panique et d’une crise majeure.

Tout se passe comme si la majorité des économistes – et avec eux, trop contents, la quasi-totalité des politiciens – avait oublié la leçon de Frédéric Bastiat (1801-1850), qui distinguait toujours, dans ses analyses, « ce qui se voit » et « ce qui ne se voit pas ».
On voit l’effet immédiat du déficit public sur la croissance. On ne voit pas qu’il détruit l’épargne et, de ce fait, vérole l’avenir. On voit l’effet mécanique du laxisme monétaire, qui permet d’emprunter à tout va, et aux Américains de changer de voiture en prenant une nouvelle hypothèque sur une maison dont le prix virtuel a doublé depuis cinq ans. On ne voit pas qu’il y a, à la clef, des remboursements qui ne peuvent être effectués que sur des revenus réels.

En décourageant l’épargne, ou en ne l’encourageant pas suffisamment, on berce les citoyens d’illusions, on leur fait croire qu’ils peuvent se dispenser du dur effort d’épargner. Ils sont incités à devenir de mauvais agents économiques.

Au plan politique, tout s’éclaire ! Une économie saine, où l’investissement est normalement financé par l’épargne individuelle (celle des particuliers et celle des entreprises), est animée par des acteurs libres, autonomes, responsables et indépendants. Ce sont eux qui financent leurs propres risques. L’État est alors forcément réduit à ses fonctions régaliennes. À l’inverse, dans une économie comme celles qui sont devenues les nôtres, notre futur est collectivisé, dépendant qu’il est des décisions publiques, celles de l’État comme celles des Banques centrales.

Il faudra bien, un jour ou l’autre, passer d’une économie artificiellement financée par des dettes, à une économie plus saine, où les investissements sont financés par une épargne préalable.

Toute la question est alors de savoir si un tel passage peut se faire en douceur. Il est plus probable qu’il se fera dans la douleur…

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