Le Journal d’Alain Dumait

Un autre regard sur la crise

Archive for juin 2008

La TIPP, la nouvelle gabelle d’aujourd’hui.

Posted by alaindumait sur 18/06/2008

Un impôt ou une taxe ne peuvent être intelligents. Mais ils peuvent être plus ou moins bêtes… Le nouveau choc pétrolier actuellement à l’œuvre oblige à se poser la question de la pertinence de la Taxe intérieure sur les produits pétroliers.

On sait que cette taxe, qui touche les carburants et les hydrocarbures utilisés pour le chauffage, est appliquée sur des volumes, contrairement à la TVA qui est proportionnelle aux prix. Elle rapporte à l’État et aux régions quelque 25 milliards d’euros. C’est la quatrième source de revenus des pouvoirs publics. Une directive européenne de 2003 a fixé les principes de ce prélèvement au niveau européen. Avec des minima et une série d’exceptions…

Jusqu’à présent, les théoriciens de la fiscalité trouvaient toutes sortes de qualités (outre son rendement…) à cet impôt.
D’abord, il pouvait être considéré comme la contrepartie du service rendu par l’existence d’un réseau routier. Ce qui ne vaudrait que pour ce qui reste de réseau national et ne s’appliquerait pas à la taxe payée au titre du chauffage…

On défendait la TIPP avec principalement deux autres arguments, plus sérieux car plus cyniques : c’est un impôt sur un produit importé, qui donc ne frappe pas directement les producteurs nationaux, si ce n’est par le biais de leurs consommations intermédiaires (exemples des pêcheurs, des taxis et des transporteurs routiers, qui bénéficient déjà d’arrangements…) ; c’est un produit qui correspond à un besoin incontournable, avec une faible élasticité par rapport à son prix disent les économistes. Alors pourquoi se priver de taxer ? Allons-y gaiement ! Un peu comme avec la gabelle, cet impôt sur le sel, qui ne fut définitivement aboli en France qu’en 1946 (supprimé par la révolution en 1790, il devait être rétabli par Napoléon en 1806) ! Car le sel était à l’époque le seul moyen de conserver les aliments. Comme le pétrole a été jusqu’à présent le seul moyen de faire tourner nos moteurs, nos usines et nos chaudières…

On a dit plus récemment :
1) le niveau élevé des prix des produits pétroliers incite aux économies d’énergie et 
2) favorise les énergies de substitution.

Le point 1) est parfaitement exact. Mais il y a des limites aux prouesses thermiques, et une maison bien isolée cesse d’être un gisement d’économies. Les bienfaits d’une telle politique, hautement souhaitable, vont forcément en s’amenuisant. Quand le prix du gazole double, comme ce fut le cas depuis un an, impossible de compter sur les économies d’énergie pour absorber le choc !

Le point 2) doit être discuté plus longuement. S’agissant des alternatives au pétrole il faut bien sûr considérer non pas les prix à la pompe mais ceux des produits bruts, avant TIPP, à laquelle d’ores et déjà les biocarburants ne peuvent échapper. Pour être rentables, les concurrents du pétrole doivent aujourd’hui passer sous la barre des 130 dollars le baril et non pas seulement sous celle de 1,60 euro le litre de super. Car il serait à la fois injuste et dangereux que tous les produits énergétiques ne soient pas logés à la même enseigne fiscale. L’économie n’aime pas les discriminations, fussent-elles politiquement « positives »…

À partir de là, si l’on veut bien considérer que la même TIPP, ou équivalent (comme pour le gaz ou l’électricité), doit frapper tous les produits énergétiques, et si la question à laquelle nous sommes confrontés par le nouveau choc pétrolier revient à déterminer quelle fiscalité favorisera le mieux le développement de sources d’énergies alternatives, permettra de passer des hydrocarbures importés à d’autres sources, domestiques pour l’essentiel, la réponse est évidente : il faut vite supprimer la TIPP !

Quand d’ailleurs a-t-on vu qu’un impôt pouvait favoriser quelque activité que ce soit ? Frappe-t-il les portes et les fenêtres ? On les mure ! Frappe-t-il l’énergie ? Ce sont toutes les formes d’énergie qui sont découragées, et, en premier lieu, évidemment, les énergies nouvelles domestiques !
La fin prochaine du pétrole (notre chronique du 6 juin : Ne pas avoir peur de la fin du pétrole) est une chance : toute incitation à consommer davantage d’énergie profitera aux énergies nouvelles domestiques et non plus aux hydrocarbures importés, devenus physiquement rares.

Si l’on veut vraiment encourager les énergies nouvelles (nucléaire en tête…), hâter la succession de l’énergie fossile, il faut, et il suffit de, supprimer la TIPP. Par exemple sur dix ans. En commençant par la réduire, pour tout le monde, dès le budget prochain.
« Encore des recettes en moins », va-t-on soupirer à Bercy… Une raison de plus pour réduire massivement les dépenses publiques ! 

(4500 signes)

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Ne pas avoir peur de la fin du pétrole !

Posted by alaindumait sur 04/06/2008

Pour les hydrocarbures, c’est le début de la fin ! Ce que les experts appellent le « peak-oil », c’est-à-dire le moment où l’humanité aura consommé plus de la moitié des réserves connues de pétrole et de gaz, s’approche à grands pas. Et il est même sans doute derrière nous, car pays producteurs et compagnies nous mentent allégrement sur leurs réserves : c’est pour eux une façon d’améliorer leur bilan financier… En tout cas, d’ores et déjà, les nouvelles découvertes sont moindres que la production annuelle d’équivalent pétrole. Les stocks sous terre se réduisent d’année en année.
Cette affirmation – qu’on pourra évidemment contester, car l’évaluation des découvertes qui n’ont pas encore été faites est un peu difficile… – est la principale information du dernier ouvrage d’Hubert de Beaufort « Le grand défi du siècle, la fin du pétrole. Quand et pourquoi ? ». Nous la partageons.

Vivre sans pétrole, ou avec moins de pétrole, va nous amener à changer radicalement notre mode de vie et la plupart des procédés industriels en usage. C’est certain. Dans quel délai ? Très vite, si les prix continuent à monter comme ils l’ont fait depuis un an. Moins vite si la fièvre spéculative retombe. Or, il est toujours très hasardeux de faire des prévisions sur les prix. Aujourd’hui, ils sont à la hausse. Mais une récession sérieuse les ferait baisser. On peut même parier que l’annonce d’une relance généralisée des programmes de nucléaire civil aurait un impact immédiat à la baisse sur les prix du pétrole. Une telle annonce serait logique si les États et les compagnies productrices n’étaient pas les otages du politiquement correct du soi-disant écologisme doctrinaire ambiant.

De toutes les manières, le troisième choc pétrolier, en cours, sera rude. Faut-il s’en inquiéter, sera-ce une forme d’apocalypse ? Nous ne le pensons pas.

Pour des raisons qui tiennent en premier lieu à la nature humaine. L’homme est doté d’une capacité sans limite à supporter les chocs. Il sait s’adapter à toutes les situations. Il saura vivre sans pétrole, comme il a su vivre avec. Il y a déjà des alternatives à presque tous les usages des hydrocarbures. Les dernières gouttes de l’or noir seront peut-être réservées à la chimie fine, à l’industrie pharmaceutique, mais même ces usages-là trouveront des alternatives, végétales ou de synthèse. N’ayons pas peur !

Regardons en face les conséquences du pétrole rare. Rare ne veut pas dire plus cher. Et quand bien même, pour un temps, rareté rimerait avec cherté, nous nous adapterons.

Prenons l’exemple de la pêche industrielle. Elle n’existait pour ainsi dire pas voici 80 ans. Le prix du gazole entre pour plus de 50 % dans le prix de revient du poisson débarqué à quai. Dans ces conditions, on épuise une ressource naturelle autrement plus importante pour la biodiversité que celle du pétrole. Moins de pêche industrielle sera un bienfait pour la préservation de la nature et du milieu marin.

Prenons les exemples du chauffage, des habitations, de l’éclairage des villes ou de l’énergie dont nos usines ont besoin. Tous peuvent se passer du pétrole. Au moins dans la proportion de 80 % de ce qu’ils consomment aujourd’hui.

La question n’est donc pas d’ordre physique. Toutes les solutions techniques existent et ne feront que se développer. Elle se situe, comme toujours, en termes de marché et de prix.

Les bonnes politiques à mettre en œuvre se nomment innovation et liberté d’entreprendre. Les pouvoirs publics ont un rôle à jouer : en favorisant les nécessaires mutations, en évitant de les décourager.

Ils disposent, de fait, principalement de l’arme de la fiscalité. Jusqu’à présent, ils ont cru judicieux de surtaxer l’énergie. Non pas pour l’économiser, mais pour remplir leurs caisses. C’est si vrai qu’ils envisagent de la détaxer, quand il faudrait faire le contraire, pour l’économiser, quand routiers, agriculteurs et pêcheurs se coalisent pour exiger qu’on les subventionne !

La super-taxation du pétrole n’était supportable qu’aussi longtemps que les hydrocarbures bénéficiaient d’un monopole énergétique de fait. Ce n’est plus le cas aujourd’hui et cela ne doit plus l’être. Il faut revenir à une neutralité de la fiscalité énergétique. C’est la condition du développement de toutes les alternatives aux énergies fossiles. De la même manière que les subventions à l’agriculture font mourir de faim les paysans d’Afrique, la taxation des produits pétroliers bride le développement des énergies alternatives.

Vivre sans pétrole, ou avec moins de pétrole, poserait moins de problèmes si l’État n’était pas le principal obstacle à une mutation nécessaire et sans doute salutaire.

(4500 signes)

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