Le Journal d’Alain Dumait

Un autre regard sur la crise

Crise mondiale 2008 : il faut réhabiliter l’épargne !

Posted by alaindumait sur 01/10/2008

Le système bancaire mondial vacille. Cela a commencé en février 2007, avec la faillite de New Century Financial. Cela a continué avec les banques hypothécaires (Freddie Mac et Fannie Mae…), puis les banques d’investissement américaines…

À l’origine de ce séisme : le retournement des prix sur le marché de l’immobilier. On a alors pris conscience que plusieurs millions de prêts avaient été accordés à des emprunteurs dont la solvabilité ne reposait que sur une éventuelle poursuite de la hausse des prix.
 Ce sont les fameux « subprimes », accordés à des emprunteurs présentant de faibles garanties.

On a surtout découvert que ces crédits douteux avaient été mis dans des fonds, puis titrisés et placés sur le marché financier à des centaines et sans doute des milliers d’établissements. Et de façon si peu transparente qu’aujourd’hui encore, la plupart des banques ne connaissent pas exactement leur exposition.

La méfiance est devenue générale. Les banques ne se prêtent plus d’argent entre elles. Et, tous les matins, s’attendent à ce que leurs clients épargnants viennent retirer leurs sous, certains pour acheter de l’or, qu’on ira cacher au fonds du jardin, comme certains banquiers suisses le recommandent à leurs clients !

Seules les banques centrales, qui, aux États-Unis comme en Europe, détiennent le monopole de l’émission de la monnaie, acceptent encore de prêter, et généreusement.

Selon des modalités qui ne sont pas encore tout à fait définies au moment où nous écrivons ces lignes, le Trésor américain est prêt à racheter jusqu’à 700 milliards de dollars de produits financiers issus directement ou indirectement de ces subprimes et devenus toxiques.

À partir de là, et depuis le 22 septembre, la solidarité de place – aux États-Unis et maintenant en Europe – s’organise. Les activités de Washington Mutual ont été reprises sans délai et les gouvernements concernés sont au chevet de Fortis. D’autres établissements vont devoir trouver des partenaires et même se vendre pour un prix dérisoire, mais le risque majeur, systémique, qui concernerait toutes les banques, semble aujourd’hui écarté.

L’incendie a été noyé par les quantités de crédits déversées par les banques centrales et le Trésor US. Les flammes semblent éteintes. Beaucoup de fumées s’échappent encore du brasier, un retour de flamme n’est pas impossible, mais la phase « financière » de la crise semble en voie d’extinction. Reste la crise « économique », car, dans un incendie, c’est quand les flammes s’éteignent qu’on commence à voir l’étendue réelle des dégâts. Et ils sont gigantesques

Quand les banques américaines auront apporté leurs créances pourries au fonds créé par le Trésor américain, elles en seront certes débarrassées, mais au prix d’une forte diminution de leurs fonds propres, qui déterminent leurs capacités à consentir des crédits. Si l’on ajoute à ce facteur technique la méfiance que ne manqueront pas d’avoir pour ce secteur les éventuels investisseurs, on peut estimer que la délivrance de nouveaux crédits, au niveau mondial, va sans doute diminuer de moitié aux cours des deux prochaines années. Nous sommes donc au début d’un processus d’étranglement de l’économie par le rationnement du crédit.

Dans ces circonstances, comme d’habitude, et de toutes parts, montent vers le ciel, toutes sortes de demandes de nouvelles interventions publiques, au nom d’une nécessaire « régulation
 », avec l’argument de la sacro-sainte « transparence ». On dit et on répète que les banques américaines, par rapacité, ont échappé à tout contrôle. Mais c’est faux ! Freddie Mac et Fannie Mae n’étaient rien d’autre que des organismes sous contrôle de l’État fédéral. Quant aux autres établissements impliqués dans les subprimes, ils n’ont fait que se conformer à une politique publique, tendant à encourager l’achat de biens immobiliers par des catégories insolvables. Comme chez nous, quand notre président prétendait faciliter l’accès aux crédits immobiliers pour tous, avec la garantie de l’État…

Quant à l’extension de la crise sous l’effet de la titrisation des subprimes, placés dans des produits non cotés et dont les risques étaient même hors bilan, elle renvoie à la financiarisation de l’économie, qui elle-même renvoie à la préférence généralisée pour le crédit.
Reconstruire un nouveau système financier avec davantage de réglementations – toujours insuffisantes et pleines de contradictions – ne résoudrait la question que provisoirement. La vraie révolution, qui garantirait le retour à une prospérité durable sur des bases assainies, consisterait à remplacer la fausse valeur « crédit » par la vraie valeur « épargne ». En commençant, en France, à ne plus matraquer celle-ci !

(4500 signes)

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