Le Journal d’Alain Dumait

Un autre regard sur la crise

La question du jour : le capitalisme est-il cruel ?

Posted by alaindumait sur 04/01/2009

Les libéraux désapprouvent toute aide publique – sous forme de participation, de subvention ou de prêts bonifiés – à quelque entreprise que ce soit. Ils ont désapprouvé le sauvetage des banques aux Etats-Unis , puis en Europe. Ils ont refusé, au Congrès américain, de voter le plan Paulson, première et deuxième version, ils ne sont pas d’accord avec les prêts qui commencent à arroser l’industrie automobile.

En France, ce point de vue paraît radical, et même incongru. Mais aux Etats-Unis, dans l’opinion, il fait jeu égal avec le point de vue opposé et dirigiste (cf http://www.cato-at-liberty.org/).

Il peut paraître cruel : si l’on ne fait rien pour sauver ici l’ex-Régie Renault, le groupe privé Peugeot, là-bas GM, Ford et Chrysler, comme hier les banques (y compris les plus grandes, les plus anciennes, celles qui se disaient les plus solides…), ne va-t-on pas détruire de la richesse, casser des actifs, mettre des dizaines de milliers de salariés au chômage et des milliers de fournisseurs et sous-traitants en grande difficulté ? Ne serait-ce pas un affreux gâchis ?

C’est certain. Encore faut-il relativiser. Une trentaine de banques ont déposé le bilan aux Etats-Unis sans que les déposants aient perdu un dollar : avec la garantie du Trésor américain, d’autres établissements se sont immédiatement substitués à leurs collègues défaillants. Et ce n’est pas parce qu’on se déclare en cessation des paiements qu’on est forcément liquidé. Une reprise est toujours possible. Elle est même souvent souhaitable, avec de nouveaux actionnaires, de nouveaux capitaux et de nouveaux projets. Quant aux salariés, au-delà de l’assurance chômage qui les couvre, et pour laquelle ils ont chèrement payé, ce qui compte c’est de retrouver du boulot rapidement et non pas dix ans plus tard. Car tout un chacun préférera une crise peut être violente mais brève, à une crise qui durerait de longues années (comme celle dite de 1929) . C’est d’ailleurs sans doute le propre de toutes ces interventions publiques intempestives de prolonger la durée de la crise, sous prétexte de l’adoucir…

Sur le long terme les régimes les plus cruels sont toujours les moins libéraux : cf URSS vs. pays capitalistes.

Cette destruction de richesses est énorme, et évidemment fort triste. Mais c’est un fait. Elle s’élève d’ors et déjà à des milliers de milliards de dollars et nul politicien n’est en mesure, avec une baguette magique, de les faire réapparaître.

La relance par l’intervention publique est un mythe. Elle revient toujours à capter des ressources, pour en faire un certain usage, toujours moins efficace quand la puissance publique est opératrice, que lorsque ce sont des individus-entrepreneurs qui le sont.

La seule relance efficace possible est celle qui consiste à baisser les impôts et les taxes, y compris la dette publique, mais c’est le chemin exactement inverse qui est suivi…

Il n’est pas contestable que le système capitaliste est d’autant plus efficace qu’il respecte les lois du libéralisme. Les Etats-Unis ne sont pas toujours un modèle de libéralisme, mais comme, en moyenne, ils le sont un peu plus que les autres, sur le long terme, leur croissance économique est supérieure à celle de tout autre pays industrialisé (cf. statistiques de l’OCDE, période 1820-1992). Et, à l’inverse, les pays dirigistes, hier communistes, aujourd’hui socialistes, interventionnistes et réglementaristes, sont tous à la traîne dans ces statistiques incontestables.

Face à la crise, deux solutions sont donc possibles : réduire la voilure de la sphère publique, mais ce n’est pas la voie que s’apprêtent à prendre la plupart des pays touchés. A l’exception notable du Canada, et, partiellement, de la Grande Bretagne et de l’Allemagne… Ou bien ne rien faire, et attendre que passe l’orage, ce qui ne serait pas brillant, mais fort sage !…

Il y a un autre argument pour ne pas « sauver » les entreprises en difficulté. Il est d’ordre moral. Car toutes les entreprises, petites ou grandes, doivent être logées à la même enseigne. Il n’est pas juste de « sauver » certaines et pas d’autres, celles qui appartiennent à l’establishment et pas les autres…

C’est l’argument le plus fort. Car l’efficacité du capitalisme est corrélée à la stabilité et à la moralité des règles de droit. Faire des exceptions pour les banques, pour l’automobile…affaiblit le capitalisme tout entier.

Les pays qui, au nom du soi-disant pragmatisme, feront des « exceptions » s’en sortiront moins bien que les autres.

(4500 signes)

 

 

 

 

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