Le Journal d’Alain Dumait

Un autre regard sur la crise

Nicolas Sarkozy se prend pour le gérant d’une entreprise nommée « France » …

Posted by alaindumait sur 06/02/2009

Il y a une excellente chose dans l’intervention d’hier soir à la télévision de Nicolas Sarkozy : le renouvellement de sa promesse électorale de supprimer en 2010 la taxe professionnelle.

En effet cet impôt, qui frappe les entreprises françaises au prorata de leurs investissements et de leurs effectifs, est particulièrement anti-économique (si tant est qu’un seul impôt puisse être « pro-économique »…)

Il est simplement dommage qu’il soit prévu de le remplacer par un autre impôt, « la taxe carbone », qui, pour être labellisée écologique, n’en est pas moins un nouveau prélèvement obligatoire. Financer la suppression de la taxe professionnelle par des diminutions de dépenses eut été plus vertueux…

 

Pour ce qui est du reste de ses propos, on est frappé par la conception singulière que se fait de son rôle le président de la République.

On avait depuis longtemps compris que ce président-là était le vrai chef de l’exécutif et commandait directement à l’administration.

Mais on a appris hier que son champ d’action s’étendait, en fait, à l’ensemble des questions qui concerne le pays, dont il a dit qu’il avait en charge « la gestion ».

On comprend mieux, dans ces conditions, l’activisme dont il fait preuve, notamment au plan économique.

Dans ce contexte, il commande en particulier aux banques et aux banquiers. C’est lui qui fixe les montants adéquats des encours de leurs crédits, les plafonds de rémunération des dirigeants, le partage des dividendes. Et, si l’on veut bien considéré que désormais les banques sont mises à l’abri en France de tout dépôt de bilan, tandis que les déposants ne risquent absolument rien pour leur épargne, on conviendra que nous sommes d’ors et déjà dans un système où les banques sont bel et bien nationalisées, mais sans que cela soit dit ouvertement. Elles le sont en fait, mais non en droit…

Au passage on a même appris qu’il avait le pouvoir de créer de la monnaie ex nihilo. A moins que ce ne fut qu’un tour de prestidigitation que ces milliards d’euros prêtés aux banques, qui vont rapportés 1,4 milliards d’euros d’intérêts, d’ailleurs aussitôt dépensés pour un nouvel « effort social »…

Pourtant notre président omniscient ne peut pas ignorer que cet argent prêté aux banques au bord de l’apoplexie a été emprunté quelque part, que des épargnants s’en sont privés, et que la dette publique coûte cher aux contribuables.

Le dernier rapport de la Cour des comptes évalue même à quelque 10 milliards d’euros ce que coûtera à l’Etat l’augmentation de cette dette due à la crise…

On est quand même surpris que le président ait pu dire : « ca ne coûtera pas un centime aux contribuables ! ». Non seulement c’est faux, mais en outre cette augmentation de notre dette publique, notamment pour venir au secours des banquiers, met gravement en danger le crédit de notre pays. Le chef de l’Etat a d’ailleurs reconnu que la signature de la France était aujourd’hui moins bonne que celle de l’Allemagne (une différence – un spread – de 0,49% )…

Mais le plus grave est encore cette explication totalement surréaliste de la crise financière, comme si celle-ci n’était due en rien à la distribution de crédits pourris à des familles insolvables, comme si le retournement du marché hypothécaire n’était pas du au dégonflement d’une bulle monétaire,  provoquée par un laxisme monétaire, que Nicolas Sarkozy trouvait pourtant insuffisant il y a quelques mois encore !

Au lieu de quoi, on accuse les paradis fiscaux, qui ne sont strictement pour rien dans cette crise, ou encore les Hedge Funds, dont aucun, à notre connaissance, à ce jour, n’a demandé un euro ou un dollar d’aide publique…

Quant aux erreurs des banques privées, elles ont été largement provoquées par les politiques publiques, en particulier celles menées par les instituts d’émission, depuis la fin de la convertibilité en or du dollar en 1971. Car les banques, américaines ou françaises, ne font jamais que vendre « au détail » des ressources qu’elles se procurent « en gros » auprès des banques centrales…

Une incroyable pyramide de dettes, en particulier celles des Etats, s’écroule sous nos yeux. La seule façon de refonder un nouveau capitalisme n’est certainement pas de reconstruire la même pyramide. Le capitalisme, pour fonctionner durablement, a tout simplement besoin de capitaux. Et donc d’épargne. Et de beaucoup moins d’Etat et de dépenses publiques…

PS : lecture recommandée : « La grande crise monétaire du XXIème siècle », par Pierre Leconte. Edition : JeanCyrille godefroy (<http://www.editionsjcgodefroy.fr/collection.php?id=14&id_ouvrage=89/&gt;

Publicités

4 Réponses to “Nicolas Sarkozy se prend pour le gérant d’une entreprise nommée « France » …”

  1. Je ne prend même pas la peine d’écouter celui qu’on qualifie de chef de l’Etat, en sus de l’entreprise France… Déjà Chirac était le commercial de l’entreprise France, ce soviet suprême…
    Dans mon dernier post, je résume ainsi ma vision de la France :

    « Ce monde que je conteste est Le système social français fondé sur des escroqueries, sur des pyramides de Ponzi. Entrer pleinement dans la vie active en France, c’est se rendre coupable d’escroquerie car devant participer à l’escroquerie de la Sécu (qui souffre beaucoup en ce moment car les licenciements n’alimentent pas ses caisses) et participer à un système de retraite par répartition, autre pyramide de Ponzi.
    Par ailleurs faire croire à l’argent facile en le distribuant allégrement à des chercheurs et à des assistés sociaux (pour les deux même combat : sucer l’appareil de production), c’est mettre en péril l’avenir de nos enfants. C’est inacceptable. Enfants par ailleurs prisonniers de ce vieux monde, le défendant même comme un enfant peut s’accrocher à un trotteur duquel on veut le sortir pour qu’il apprenne à marcher sans. « 

  2. raynal guy said

    Je suis étonné d’entendre que Sarkozy allait supprimer la TP en 2010. Ayant regardé l’émission, je l’ai entendu répondre au journaliste qui lui posait la question que cette suppression ne concernait que les constructeurs automobiles. Alors que s’est il passé entre l’émission et les commentaires qui ont suivi ?
    En tous cas, rendre les hedge funds et les paradis fiscaux responsables de la crise est une gigantesque escroquerie.
    La France crève de ses retraites par répartition, de sa Sécu monopolistique et budgétivore, de ses fonctionnaires en surnombre, et surtout du manque de l’épargne des français, notamment pour leur retraite.
    L’Etat Français trop gourmand n’est pas gras, il est adipeux et obèse.

  3. lucterios said

    la crise financiere,economique,sociale,n’est que la consequence de la tres grave crise morale qui frappe une grande majorite de la population.Refus de l’effort intellectuel,perversion de l’esprit avachissement generalise .Le peuple n’a que des besoins,il n’a pas d’ideologie.

  4. christophe said

    Je viens de prendre connaissance de l’article de monsieur Dumait du 6.2.2009 au sujet de l’abolition de la Taxe Professionnelle.Je vous rassure mon cher Alain,il n’y aura jamais d’abolition de cette taxe,car tout le monde sait ou feint de ne pas savoir que cette taxe fait vivre l’échelon départemental.C’est la structure départementale qui pose en Françe le vrai problème.
    Tous nos soucis proviennent egalement d’une véritable politique d’aménagement du territoire ou,si certains préferent d’une absence de politique d’aménagement du territoire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :