Le Journal d’Alain Dumait

Un autre regard sur la crise

Archive for août 2009

Le vrai capitalisme, solution à la crise du faux capitalisme !

Posted by alaindumait sur 31/08/2009

On pourra dire d’un système économique moderne qu’il fonctionne «bien» si le taux de chômage qu’on y constate n’est pas supérieur à 5% de la population active. Alors, le chômage en moyenne n’est que « frictionnel », ne dure pour chaque personne concernée que le temps de passer d’un job à l’autre, trois mois environ. Mais quand il dépasse 8% de la population, comme actuellement en moyenne dans les pays de l’OCDE, voire 9%, comme en France ou aux Etats-Unis, et même 18% en Espagne, il devient « structurel ».

Les perspectives de l’emploi demeurant mauvaises (l’OCDE s’attend à un taux de chômage supérieur à 10% avant la fin de 2010), on est obligé de considérer que la crise économique n’est pas terminée, nonobstant un rebond boursier de quelque 50% depuis le début de l’année.

Dans ces conditions, comme il ne s’agit certainement pas d’un simple événement « cyclique », ou « naturel », il est encore et toujours temps de s’interroger sur les causes réelles et profondes de cet accident. Ce que l’on fait couramment en pareilles circonstances dans tous les autres domaines… Pourtant, s’agissant de la présente crise économique, on attend toujours la première «commission d’enquête», nationale ou internationale…

Deux écoles économiques (policières) semblent s’affronter : les partisans de nouvelles réglementations, en tête desquels le président Sarkozy ; et ceux qui sont plutôt sceptiques sur l’intérêt de cette obsession, représentés par les Allemands et les anglo-saxons.

Mais les uns et les autres sont d’accord pour garder le système, quitte à le rafistoler.

Les débats qui résultent de cette fausse alternative (plus de réglementations, ou pas) emplissent les colonnes des journaux, de la presse écrite ou de la télé. Faut-il légiférer sur les bonus des traders ? Faut-il limiter la rémunération des dirigeants des banques ? Faut-il

taxer les super-bonus ? …

Autant de sujets à la fois passionnants et parfaitement secondaires.

Qui n’apportent en tout cas aucune réponse aux questions autrement plus importantes :

  • pourquoi ce développement extraordinaire de la finance, c’est à dire le financement par le crédit plutôt que par l’épargne ?
  • pourquoi toujours plus de crédits délivrés par les banques, s’appuyant sur toujours moins de fonds propres de celles-ci, proportionnellement ?
  • pourquoi une masse monétaire augmentant systématiquement plus rapidement que l’activité économique ?
  • pourquoi des taux d’intérêt à court terme variant dans des proportions incroyables (entre +6% et 0% depuis 2000) ?

Or il y a un point commun qui apparaît clairement quand on fait une enquête sérieuse sur ces différents dysfonctionnements : c’est le rôle joué par les Etats, leurs gouvernements, leurs administrations, et les institutions qui dépendent d’eux.

Car l’histoire économique et financière depuis un siècle a été principalement marquée d’un coté par l’accaparement par les Etats de la fonction monétaire. Et de l’autre par la spoliation généralisée des fortunes privées. L’un permettant l’autre. Celle-ci s’appuyant sur celle-là.

Les banques centrales, émettrices de monnaie, sont apparues au XIXème siècle. Elles sont aujourd’hui près de 200. Elles étaient assujetties à l’or – juge de paix de la finance internationale, reconnu comme tel par tous – et faisaient les fins de mois des gouvernements impécunieux. Elles sont devenues soit disant «indépendantes», non pas tant du pouvoir politique, mais de l’or, cette «relique» barbare, honnie par le bon Karl Marx… C’est elles qui inondent le monde de fausse monnaie

Et comme cette fausse monnaie, il faut bien la refiler aux agents économiques, ménages et entreprises, gogos finaux, ce sont les banques qui s’en chargent. Et qui, pour y parvenir, sont obligées de surpayer leurs commerciaux, et en particulier leurs traders, qui sont aux avants-poste de cette manoeuvre.

Prenez l’exemple des crédits subprime aux Etats-Unis. Il fallait rémunérer les courtiers, puis les ingénieurs qui titrisaient, puis les commerciaux qui écoulaient à grande échelle, puis les traders…

Mais le point de départ de l’affaire, et de la crise, est bel et bien l’excès de monnaie, l’excès de crédits, contrepartie exacte de l’insuffisance de moyens et de capitaux, des ménages et des entreprises, qui caractérise ce qu’on appelle «le capitalisme financier» et qu’on ferait mieux d’appeler «le faux capitalisme public».

Le capitalisme, le plus puissant des moteurs économiques jamais inventé (d’ailleurs par personne, si ce n’est par la sagesse accumulée par l’humanité…) ne peut fonctionner durablement, sans échauffement et sans bulle, qu’avec le carburant qu’il génère naturellement, à savoir les fonds propres des entreprises qui ne sont rien d’autres que des profits accumulés au fil des années. Ce qui suppose que l’essentiel des profits soit effectivement laissé aux entreprises, et à leurs propriétaires personnes physiques.

Le capitalisme est incompatible avec une fiscalité confiscatoire. Surtout quand, de surcroît, elle s’accompagne d’un endettement public qui ajoute la confiscation de l’épargne à celle des revenus.

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L’autre Roosevelt

Posted by alaindumait sur 20/08/2009

Franklin Delanoe Roosevelt est sans conteste le président des Etats-Unis le plus célèbre. Orateur exceptionnel, Barack Hussein Obama est aujourd’hui son digne successeur.

Mais il y a l’autre Roosevelt, cousin du précédent, Théodore, républicain, qui fut le 26e président. Il présida, il y a un peu plus d’un siècle, au tournant majeur pour l’histoire contemporaine qui vit l’Amérique, en même temps qu’elle devenait la première puissance économique du monde, basculer d’une politique étrangère « isolationniste » à une politique « impérialiste », c’est-à-dire interventionniste, de fait, pratiquée volens nolens au moins jusqu’à la présidence de George Bush.

La célébrité de Théodore est attestée par sa représentation, aux cotés de Lincoln, George Washington et Thomas Jefferson, sous la forme de la sculpture géante en granit du mémorial de Mount Rushmore, dans le Dakota, Etat où d’ailleurs le jeune Théodore exerça la profession de fermier.

La vie de cet homme exceptionnel est retracée en détail dans un ouvrage en 3 tomes qui est paru il y a déjà quelques mois. Son auteur, Bernard Martoïa, par ailleurs fonctionnaire au Quai d’Orsay – et qui a lui-même vécu à New York, où Théodore est né, seul président américain dans ce cas – nous décrit en détail la vie, l’œuvre et la pensée d’un homme hors du commun, fort comme un bœuf, quoique né asthmatique, sincère, honnête, courageux, simple et non-conformiste.

Cette lecture nous plonge aussi dans l’Amérique d’il y a un siècle. Et d’une présidence alors si modeste que la sécurité de la Maison blanche était assurée par deux ou trois fonctionnaires !

Teddy aimait la France et parlait notre langue. Il lisait en moyenne un livre par jour. Et écrivait 300 lettres par mois. Et beaucoup d’articles de presse. Du coup ses citations sont nombreuses.

En voici deux, parmi les plus connues :

«Parlez doucement, et tenez un gros bâton, vous irez loin.»

– «Le politicien qui réussit le mieux est celui qui dit le plus souvent et de la voix la plus forte ce que tout le monde pense.»

Ce livre, qui vous permet de passer un long moment avec un grand et honnête homme, est un pur régal.

Bernard Martoïa, Theodore Roosevelt, Edition Le Manuscrit

(Tome 1 : l’ascension d’un homme courageux ; tome 2 : de Santiago de Cuba à la Maison-Blanche ; tome 3 : la présidence impériale). Disponible sur Amazon.fr


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La réforme Obama du système de santé : un enjeu majeur pour tout l’Occident !

Posted by alaindumait sur 17/08/2009

S’agissant de son projet de réforme de l’assurance maladie aux Etats-Unis, le président Barack Obama est au milieu du gué. Ou plutôt dans la phase parlementaire, c’est-à-dire politicienne.

Sa promesse électorale de procurer une couverture santé aux 47 millions d’Américains qui en sont présentement dépourvus a sans doute été un des éléments de sa popularité et de son élection en novembre dernier.

Encore faut-il passer de la coupe aux lèvres !…

Les choses sérieuses ont donc commencé, il y a trois mois.

Il a d’abord fallu admettre que 25% environ de cette population de 47 millions de personnes n’avaient pas de couverture d’assurance maladie parce qu’elles n’en voulaient pas, et à aucun prix ! D’autres parce que cette couverture leur paraissait trop chère. D’autres parce qu’elles attendaient d’entrer comme ayant droit dans un système public, « medicaid » pour les pauvres, ou « medicare » pour les vieux. D’autres encore, parce qu’ils se font soigner gratuitement par toutes sortes d’associations, souvent émanant des universités.

Bref, le caractère non universel de la sécu américaine n’était donc pas si scandaleux que ça …

Il est vrai que pour 60% des Américains, la couverture santé est largement voire totalement prise en charge par les entreprises. C’est un avantage social important. Mais, avec la crise économique, et le renchérissement constant des soins, il devient un fardeau insupportable. Associé aux fonds de retraites d’entreprises, c’est lui qui a failli mettre KO l’industrie automobile tout entière.

Obama avait une deuxième raison pour vendre son projet de réforme de l’assurance santé : globalement les Etats-Unis consacrent 17% de leur PIB aux dépenses de santé, alors qu’elles ne sont « que » de 11% en France. Pour des résultats très voisins. Tout ça, selon Obama, parce que les compagnies d’assurances, les laboratoires pharmaceutiques et même les professionnels de santé s’en mettent plein les poches !

Le président veut donc créer une concurrence publique à l’offre privée et évidemment cette dernière a des raisons de craindre que les prix subventionnés de la première fassent venir à elle tous les clients. Labos et assureurs sont donc vent debout !…

Mais tout ça ne serait rien pour le président si les experts des commissions compétentes du Congrès n’avaient pas fait tourner leurs calculettes et prévenu l’opinion que la réforme allait coûter très cher aux contribuables, quelque 1000 milliards de dollars en quelques années, alors que le Trésor public américain n’a jamais été aussi endetté !

Du coup, les représentants démocrates modérés des états du sud conservateur, dont le mandat vient à renouvellement en novembre 2010, comme tous les deux ans, ne veulent plus voter sans état d’âme la belle promesse du nouveau président. En gros, on en est là…

Que va-t-il se passer ?

À court terme, le bras de fer est engagé et tout dépendra d’une poignée de parlementaires, et plus particulièrement de quelques sénateurs, dont le mandat n’est renouvelé que tous les six ans, et qui sont souvent plus coriaces que les représentants…

Et, à long terme, à supposer que la réforme, même amendée, soit votée, qu’elles en seront les conséquences ?

La réforme d’Obama doit être replacée dans la longue histoire mondiale de la sécurité sociale et de sa branche maladie. Elle commence en Europe avec les sociétés mutuelles dès le début du Xylème siècle, se poursuit avec Bismarck en 1871, Beveridge en Grande-Bretagne et Pierre Laroque en France en 1945, et n’apparaît, modestement, aux Etats-Unis qu’en 1965.

Qu’importe d’ailleurs les modalités et les variantes : il s’agit toujours de transférer de la personne à la collectivité une part essentielle de sa responsabilité naturelle. Et, comme le déjeuner n’est jamais gratuit, avec à la clé toujours  plus de redistribution, c’est-à-dire toujours moins de revenus libres pour les individus.

L’assurance maladie, la sécurité sociale en général, sont des institutions qui appartiennent à la même famille que l’éducation nationale gratuite et obligatoire, l’emploi garanti à vie, le logement « social », le contrôle général des prix, le monopole des banques centrales et leur monnaie de papier, ou la retraite par répartition … : tout le monde sait parfaitement qu’elles ne peuvent pas fonctionner durablement. À court terme, elles peuvent générer des illusions. Puis il faut gérer la pénurie, et parallèlement éviter ou mater les révoltes…

Toutes ces institutions, mortifères, ne peuvent donc se maintenir, temporairement, qu’en s’appuyant sur la violence d’Etat.

Pour Obama, l’enjeu de sa réforme est sa réélection en 2013. Pour l’Amérique, l’enjeu est ni plus ni moins sa démocratie.

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La crise économique fait reculer la démocratie politique.

Posted by alaindumait sur 10/08/2009

Le 15 septembre dernier, on est passé au bord de l’écroulement du système financier mondial. En quelques mois on a su le rafistoler. Il s’est même remis à fonctionner. Mais, même bien opéré, il ne faudra plus jamais lui demander les mêmes performances qu’autrefois. La croissance revient, mais elle sera faible, insuffisante pour créer des emplois, et permettre le remboursement des montagnes de dettes publiques accumulées.

La planète économique est un peu dans la situation d’un homme qui a fait un accident cardiaque. Aujourd’hui, après beaucoup de repos et pas mal de massages, il est en passe de récupérer ses facultés. Presque, mais pas tout à fait…

On peut – comme la bourse le fait depuis trois mois – se réjouir de cette quasi-résurrection. On peut aussi considérer qu’on eut mieux fait de greffer un autre organe…

Le système financier dont nous parlons est cet ensemble constitué d’une part des banques et autres établissements financiers, et d’autre part des banques centrales. Ces dernières créent, au bénéfice des premiers, de la monnaie, autant que de besoins, avec comme simples contreparties des reconnaissances de créances à des termes variés (un jour, un mois, un an).

A leur tour les banques prêtent aux entreprises et aux particuliers, selon un multiple de leurs fonds propres. Tandis que les Etats et collectivités publiques ont recours, pour s’endetter, aux banques et à l’épargne publique, ainsi qu’au crédit direct des banques centrales, à titre «exceptionnel», comme depuis quelques mois…

Dans ce système, les patrons des principales banques centrales sont comme de nouveaux Midas, changeant en quasi-or de simples écritures. Et pour canaliser les flots de ce Pactole, ils comptent sur la manipulation des taux d’intérêt à court terme, principales armes de leur carquois.

De même que dans la mythologie grecque, Midas doit tout à Dionysos, de même nos banquiers centraux (dont aucun n’existait jusqu’au XIXème siècle…) doivent tout au pouvoir et aux hommes politiques. Ce sont eux qui les ont poussé aux excès de toutes les bulles des 30 dernières années, et ce sont eux, les mêmes, qui les ont mis en demeure de sauver le même système, avec des remèdes qui n’en sont pas, et qui ne feront que reculer la crise finale.

Le capitalisme, le plus puissant des moteurs économiques jamais inventé (d’ailleurs par personne, si ce n’est par la sagesse accumulée par l’humanité…) ne peut fonctionner durablement, sans échauffement, qu’avec le carburant qu’il génère naturellement, à savoir les fonds propres des entreprises qui ne sont rien d’autres que des profits accumulés au fil des années. Ce qui suppose que l’essentiel des profits soit effectivement laissé aux entreprises, et à leurs propriétaires personnes physiques.

Le capitalisme est incompatible avec une fiscalité confiscatoire. Surtout quand, de surcroît, elle s’accompagne d’un endettement public qui ajoute la confiscation de l’épargne à celle des revenus.

L’histoire financière, depuis un siècle, se résume au vol de l’argent privé par les hommes de la sphère publique et, concomitamment, à la substitution de la monnaie ex nihilo à la monnaie vraie, la seule qui ait été reconnue universellement et éternellement comme telle, à savoir l’or.

Il y avait, il y aura toujours une alternative au présent système monétaire bâti sur le modèle de la pyramide de Ponzi (version Madoff) : c’est le bon vieux système capitaliste, avec la libre accumulation de l’épargne qu’elle permet  et qui le renforce chaque jour. C’est le seul système solide et durable, juste et moderne.

Depuis le XVIIIème siècle, beaucoup de bons auteurs ont définitivement démontré la relation qu’il y a entre la prospérité durable des nations et la liberté des individus, reposant sur un état de droit. Le système politique représentatif en découle, qui exige que l’exécutif soit attentivement contrôlé par le Parlement, agissant par délégation du peuple souverain.

Or, depuis longtemps, nous ne sommes plus dans un système représentatif. En fait, les technostructures des partis choisissent nos représentants, et ceux-ci, quand ils ne sont pas dans l’opposition, obéissent davantage à l’exécutif qu’aux électeurs.

La crise accentue cette dérive. En France, l’augmentation sans limite de la dette publique échappe à tout contrôle, sauf a posteriori. Il s’agit pourtant d’un forme de prélèvement, qui devrait constitutionnellement relever du contrôle parlementaire.

On a dit que cette crise financière était aussi un crise de société. C’est plutôt la façon de l’analyser et d’y faire face qui nous enfonce dans la régression.

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