Le Journal d’Alain Dumait

Un autre regard sur la crise

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À crise globale, réponse globale, ou pas ?

Posted by alaindumait sur 17/05/2009

 

460 pages, 29€

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C’est un autre sophisme du moment : « comme la crise est globale, la réponse à la crise ne peut être que globale… » Quel homme politique, quel journaliste n’a-il pas au moins une fois prononcé cette formule ?

Mais à y regarder de plus près, a t-elle un sens ?

La première partie de la formule est sans doute à peu près juste. Le commerce des biens et des services est mondial. Y compris et surtout celui des services financiers. Les banques sont multinationales. Les marchés sont interconnectés. Les changes sont libres, au moins pour les monnaies dites « convertibles »…

C’est ainsi que les produits toxiques, issus de la titrisation de prêts hypothécaires américains, se sont retrouvés dans les bilans de toutes sortes de banques et de portefeuilles, partout à travers le monde.

Mais il y a beaucoup d’exceptions… En France, 400 banques sur 430 (les plus modestes…) sont sans doute indemnes de produits toxiques. Même si elles souffrent elles aussi de la dégradation des conditions de marché…

Et les pays ne sont pas tous touchés aussi violemment. Le Canada, voisin des Etats-Unis, est presque épargné par la crise, avec des banques qui ont toujours été plus raisonnables dans la distribution de crédits…

La seconde partie de la formule est parfaitement contestable.

Admettons un instant que la crise soit d’origine « naturelle » ou « divine »… Un peu comme une tempête ou un raz-de-marée… C’est d’abord individuellement qu’on sauve sa peau. Si l’on veut construire une digue, elle ne constituera un abri que pour quelques-uns. Quant à supprimer, pour l’avenir, les tempêtes et les raz-de-marée, cela suppose qu’on se trouve face à une situation non plus « naturelle » ou « divine », mais « humaine ». Si la crise a pour origine telle ou telle erreur de politique publique, tel ou tel élément de construction économique et sociale, il faut et il suffit que ces erreurs ou fautes soient identifiées et les systèmes réformés.

Si les fameux subprime ont été le facteur déclenchant, il est indispensable de les supprimer. Ce qui, à notre connaissance, soit dit en passant, n’a pas été fait, Fanny Mae et Freddie Mac continuant à pérorer comme si de rien n’était…

Si l’inflation des crédits bancaires, et une politique monétaire beaucoup trop laxiste de la part des instituts d’émission, ont constitué le facteur sous-jacent, il faut revoir les fondements du système.

Mais comment ?

Deux méthodes sont possibles. Celle des sophistes (« à crise globale, réponse globale »). Ils se retrouvent au G20, veulent transformer le FMI en un gouvernement mondial financier, sans renoncer aux privilèges qui résultent pour eux du « cours légal » du dollar, de l’Euro ou des autres monnaies, si peu souveraines et de moins en moins populaires.

C’est celle qui est suivie depuis 1914 et l’abolition de l’étalon or.

L’autre méthode n’est pas exactement symétrique de la première, car il n’y a à peu près aucune chance que notre embryon de gouvernement mondial procède, collectivement, au rétablissement de l’étalon or.

La solution, à la fois raisonnable et possible, a été décrite par Friedrich A. Hayek dès 1975, à l’occasion d’une conférence prononcée à Lausanne le 25 septembre, et dont on trouve la traduction française dans un ouvrage paru il y a quelques semaines, aux Editions Les Belles Lettres, collection « bibliothèque classique de la liberté » (dirigée par Alain Laurent) et intitulé « Nouveaux essais de philosophie, de science politique, d’économie et d’histoire des idées » (pages 319 à 337)

Hayek propose de laisser en place les instituts d’émission qui se sont tant développés depuis 1914. Et de revenir seulement sur leur prétention au monopole, aussi bien quant à

l’usage des monnaies que quant aux références monétaires des contrats.

Cette mise en concurrence des banques centrales, et de leurs monnaies, y compris avec l’or, suffirait en effet, sans doute, à calmer les tentations permanentes de manipulations, dont l’histoire monétaire est riche, depuis John Law, jusqu’à Alan Greenspan, en passant par John Maynard Keynes…

Certes, ces manipulations ne sont pas toujours de simples escroqueries. Il est exact que des taux d’intérêt artificiellement bas peuvent favoriser l’emploi et l’activité. Mais cela ne peut être que temporairement, tout en introduisant les germes de la crise financière suivante.

Car, à court terme ou à moyen et long terme, des taux d’intérêt naturels existent. Le problème résulte du fait qu’en situation de monopole des banques centrales, qui fixent les taux courts, le taux d’intérêt naturel reste caché. Un peu comme le prix des choses en système de contrôle des prix. Mais les vrais prix existent toujours. Quand ils sont cachés ils de vengent en générant des déformations aux systèmes, qui obligent ceux-ci à se réformer. ou à mourir.

Nous y sommes. 

La citation du jour : « Ce qui fait de l’État un enfer, c’est que l’homme essaie d’en faire un paradis » (Friedrich Hölderlin).

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L’or : la monnaie de notre survie

Posted by alaindumait sur 22/02/2009

bl_370128_image2Je fais chaque jour le test suivant autour de moi. Je demande : « si je vous devais 100 000€, préféreriez-vous être payé en dollars, en euros ou en or ? » Et je n’ai encore rencontré personne qui ne me réponde pas, « en or, bien sur ! », ou bien « plutôt en or… »

Pourtant, l’or est au plus haut depuis longtemps. Il était vendredi soir à près de 1000$ l’once (de 31,1034768 grammes). Il a augmenté de 30% depuis le debut de l’année, son prix a été multiplié par 4 depuis 10 ans. Mais il ne valait que 250$ en 2001, après 850 en 1980. C’était 35$ en 1971 et 20 dollars pour une once en 1945…

Quand vous regardez une courbe des cours de l’or sur une longue période, vous êtes frappés par ses variations. Et si vous faites le ratio cours indice Dow Jones/cours de l’or en dollars par once, vous êtes amenés à constater qu’il peut varier de 1 à 40 !

Il faut dire que depuis un siècle, et la fin de l’étalon-or (1914), les gouvernements de tous les pays du monde ont beaucoup fait pour provoquer la  baisse des cours de l’or : en déclarant leurs monnaies inconvertibles, dès le début du 1er conflit mondial, (à l’exception des Etats-Unis), en interdisant la détention du métal jaune (dès 1933, aux Etats-Unis), en supprimant toute référence à l’or en 1971 pour le dollar (la seule monnaie qui lui était encore internationalement raccrochée), en taxant les transactions, les plus values sur celles-ci et en faisant entrer l’or détenu par des particuliers dans les successions et les fortunes taxables. Et en plus, en vendant sur le marché depuis 1975 les trois quarts du stock détenu par les banques centrales

Si bien que l’or, qui était encore une monnaie universelle en 1914, évidemment indépendante de tout institut d’émission, qui avait à son crédit un siècle brillant de fort progrès économique, était devenu un paria, une « relique barbare », selon l’expression de Karl Marx, évidemment approuvé par Keynes, par la quasi totalité des économistes, y compris les libéraux, et même les monétaristes disciples de Milton Friedman.

Entre 1945 et 2003, la quantité de monnaie en circulation dans le monde a été multipliée par 100 (de 300 milliards à 30 000 milliards de $) soit une augmentation annuelle moyenne de 8,26%. Dans le même temps la production d’or ( 160 000 tonnes extraites depuis l’origine des temps) permet une augmentation moyenne du stock de 1,73% par an. La différence, soit 6,5% par an, cumulée sur la période, permet de dire que, malgré tout ce qui a été entrepris contre lui, l’or, à 1000€ l’once, a très exactement permis à ceux qui en détiennent, de maintenir leur pouvoir d’achat. Le pouvoir d’achat de l’or est même à peu près constant depuis l’Empire romain ! Quelle autre monnaie peut en dire autant ? Voila pourquoi, dans l’esprit largement majoritaire de l’opinion, l’or sera toujours et restera la monnaie mondiale par excellence…

A noter : l’augmentation moyenne annuelle du stock d’or, soit 2500 tonnes, apportées par l’exploitation des mines, correspond très exactement, sur longue période, à la croissance démographique de la population mondiale. Si bien qu’un système d’étalon or permettrait sur le long terme une stabilité absolue de la masse ou base monétaire, rapportée à chaque individu.

On dira : « mais un tel système, sans création monétaire par tête, ne permettrait pas le financement d’une économie en croissance ! ». C’est inexact, l’histoire économique du très prospère XIXème siècle est là pour le démontrer. Quand la masse monétaire est stable, est que la production est en croissance, le niveau général des prix est orienté à la baisse, mouvement également entraîné par la diffusion du progrès technique. L’épargne est favorisée. Le crédit n’est utilisé que comme il doit être : temporairement et modérément (et jamais pour plus de sept ans, selon la sagesse de la Bible et du Talmud…)

Dans un tel système, on n’a plus besoin des banques centrales, ni même des monnaies étatiques.

Son seul inconvénient est qu’il prive la Nomenklatura du pouvoir sur la monnaie qu’elle s’est progressivement arrogé. Pouvoir qui lui a permis notamment de financer des aventures qui autrement n’auraient jamais pu l’être.

Ni la guerre en Irak (6 000 milliards de dollars, dont la moitié à la charge des seuls Etats-Unis, selon une évaluation de 2008 du prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz), ni la seconde guerre mondiale (4 000 milliards de dollars, valeur 2007), ni même la première guerre mondiale (400 milliards, valeur 2007, mais rapportés à une richesse mondiale dix fois moindre) n’aurait pu être financées sans l’inflation monétaire orchestrée par les Etats. Au point qu’on peut se demander si ces évènements auraient pu avoir lieu, en tout cas tels qu’ils se sont déroulés, dans un système d’étalon or… On comprend mieux pourquoi, depuis Aristote, les penseurs se sont toujours intéressés à la monnaie.

Quand les politiciens des pays européens déclarent la suspension de la convertibilité des monnaies en or, ils disent que c’est à titre provisoire. A l’exception d’une tentative britannique de retour à l’étalon or dans les années 20, on sait ce qu’il en advint…

A cet égard la crise est une chance : il suffirait que dans un seul pays que le droit de détenir de l’or, et de l’échanger sans taxe (comme pour un billet de banque), soit rendu aux agents économiques, pour qu’un autre système monétaire, celui qui a fait ses preuves pendant 2000 ans, vienne remplacer celui des faux monnayeurs et des politiciens de tous poils. 

Citation du jour : « La force des gouvernements est en raison inverse du poids des impôts » (Émile de Girardin).

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