Le Journal d’Alain Dumait

Un autre regard sur la crise

Posts Tagged ‘Grand emprunt’

Secteurs d’avenir : idées reçues et souvent fausses ! …

Posted by alaindumait sur 24/11/2009

Le grand emprunt, réduit à 22 milliards d’euros empruntés sur les marchés financiers en deux fois, va donc servir à financer des « secteurs d’avenir ».

1) On est d’emblée sur le terrain de la tautologie ! Les adversaires de cette politique risquent fort d’être présentés comme des partisans des « secteurs du passé ». Qui est donc hostile au renforcement des « secteurs d’avenir » ?

Fallait-il réunir une nouvelle Commission pour identifier les bio-technologies comme des « secteurs d’avenir » ?… Ou l’éducation et la recherche comme des facteurs essentiels du développement ?… On ne voit pas que la Commission Juppé-Rocard ait identifié quoi que ce soit de nouveau qui n’ait pas déjà identifié comme tel depuis au moins trente ans…

2) Soyons juste : il s’agit cette fois de « mettre le paquet » sur ces secteurs. Attention : l’histoire économique contemporaine est pleine d’exemples d’investissements massifs sur des « secteurs d’avenir » qui se sont révélé être des fiascos ! Le « Plan calcul », le « Plan informatique pour tous », le « Plan câble »…

Feue l’URSS, avec ses plans quinquennaux, prétendait aussi « mettre le paquet » sur la modernisation de l’agriculture. Avec le résultat que l’on sait… Car le facteur déterminant est finalement moins les secteurs choisis, les moyens mobilisés pour ces investissements, que les entrepreneurs capables, ou non, de transformer des facteurs de production toujours rares en entreprises performantes !

3) Les « secteurs d’avenir » ne sont pas toujours ceux que l’on croit. Si le secteur des machines-outils est dix fois plus développé en Allemagne que chez nous, et constitue le fer de lance des exportations de ce pays, ce n’est pas parce qu’un Commission en a fait un « secteur d’avenir », mais parce que toute la politique économique de notre voisin tend à favoriser la création d’entreprises et à permettre aux petites entreprises de devenir moyennes, à celles-ci de devenir grandes.

4) Le vrai « secteur d’avenir » est donc celui de la création d’entreprises, celles qui créent des vrais emplois marchands. Pour le favoriser il faut et il suffit de réduire les charges qui pèsent sur elles, plus élevées en France que partout ailleurs. Ou presque. (cf le rapport de la Banque Mondiale sur les pays de l’OCDE : http://francais.doingbusiness.org/economyrankings/?regionid=5)

C’est le choix fait par l’Allemagne : diminuer encore les charges qui pèsent sur ses entreprises. Un plan de relance de l’économie exactement inverse du plan français…

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Grand emprunt : petite opération d’ingénierie politico financière…

Posted by alaindumait sur 22/11/2009

Nicolas Sarkozy, préparant son allocution devant les parlementaires réunis en Congrès à Versailles le 22 juin dernier, se vit souffler l’idée d’un grand emprunt national par son très écouté conseiller spécial Henri Guaino. Pour financer des « priorités nationales », qui devaient être définies « par concertation ».

Cette annonce et cet engagement ont donc abouti au rapport de la Commission Rocard-Juppé, disponible sur Internet depuis le 19 novembre. http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/094000547/0000.pdf

Écrit dans le plus pur style technocratique, sorte de novlangue consensuel, ce document, facile à résumer (par son seul titre « Investir pour l’avenir »), n’est pas facile à critiquer car, au-delà d’un constat d’une grande banalité (« Le monde doit faire face à des risques et des défis majeurs », « L’économie est globalisée, la compétition aussi », « Un modèle de développement plus durable est à construire », « Un effort exceptionnel d’investissement s’impose »…), ses propositions d’« axes » de développement sont également de nature à recueillir l’adhésion du plus grand nombre :

–   Soutenir l’enseignement supérieur, la recherche et l’innovation ;

–   Favoriser le développement des PME innovantes ;

–   Accélérer le développement des sciences du vivant ;

–   Développer les énergies décarbonées et l’efficacité dans la gestion

des ressources ;

Faire émerger la ville de demain ;

Inventer la mobilité du futur ;

Investir dans la société numérique.

Mais quel est donc le pays quel est donc l’expert qui aujourd’hui pourrait dire le contraire ?

La question n’est donc pas là.

La question est plutôt : faut-il faire confiance à la sphère publique plutôt qu’à la sphère privée pour atteindre ces résultats ? Et, en conséquence, faut-il encore accroître la dette publique pour ce faire ?

Sur le premier point, nous sommes suffisamment instruits par l’expérience des 35 dernières années.

Déjà, en 1975, après le triplement des prix du pétrole brut, on vit fleurir les plans sectoriels et les aides aux « filières ». Sans que la France soit plus performante. Car on a jamais vu l’Etat dépenser l’argent des contribuables avec plus de jugement que ceux-ci. Les entreprises privées le font parfaitement quand elles n’ont pas été sorties du marché par ces interventions intempestives.

En matière économique, les belles phrases et les beaux rapports sont une chose, le développement concret en est une autre.

Sur le deuxième point, remarquons que la proposition de nos deux anciens Premiers ministres, pouvait difficilement être plus modeste : 35 milliards d’euros, dont 13 proviendront des remboursements des banques, le reste émis en deux fois sur le marché financier.

S’agissant de la dotation en capital des universités devenues autonomes, pour 10 milliards d’euros, sans doute est-ce la conséquence incontournable de leur nouveau statut d’autonomie.

Là, comme pour les autres « actions », le mini « grand emprunt » se substituera au budget de l’Etat. Le déficit public apparent ne sera pas aggravé, même si le niveau de l’endettement le sera. Car, comme on l’aura remarqué, notre Président de la République dit vouloir « lutter contre les déficits publics », tout en augmentant « les investissements publics », donc la dette…

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« Grand emprunt » : le temps des « nanars » !

Posted by alaindumait sur 08/11/2009

commission_jupp_rocardLe débat sur le « grand emprunt » voulu par Nicolas Sarkozy a quelque chose de surréaliste.

Chacun convient que le principal problème de la France, du côté de ses finances publiques, est celui du déficit de ses comptes et de la dette qui en résulte. C’est aussi devenu la principale préoccupation des Français, à égalité avec le chômage. Ils souhaitent que l’Etat, les collectivités locales et les organismes de sécurité sociale réduisent leurs dépenses, équilibrent leurs comptes et commencent, au moins, à rembourser leurs dettes.

On aurait pu croire que, dans une démocratie d’opinion, le gouvernement en tiendrait compte. Que nenni ! Les déficits ne cessent d’augmenter et aussi la dette, de ce fait…

C’est dans ce contexte que, le 22 juin 2009, devant le Congrès, réuni pour la première fois à Versailles pour écouter une déclaration solennelle du président de la République, celui-ci a lancé l’idée d’un « grand emprunt ». Puis il a installé une commission, coprésidée par MM Alain Juppé et Michel Rocard, dont on attend le rapport d’un jour à l’autre.

Comme l’opinion y est majoritairement hostile (82% des Français disent même ne pas avoir l’intention d’y souscrire !), cette affaire ne serait défendable qu’à la condition que des arguments d’ordre technique viennent l’étayer. On n’en voit aucun…

Pour mériter son nom, le « grand emprunt » doit en effet être souscrit par les particuliers. S’il était réservé aux acteurs professionnels du marché du financement de la dette, ce ne serait qu’une opération de plus, parmi d’autres. Comme la dernière en date, le 5 novembre 2009, quand l’Etat, via son Agence France Trésor, a levé 7,7 milliards d’euros, au taux moyen de 3,25%, en émettant des OAT (obligations assimilables du Trésor) à échéances des 25 avril 2016, 25 avril 2017 et 25 octobre 2019.

Or, le taux moyen des obligations privées à cinq ans et plus, étant de l’ordre de 5%, il n’est pas certain que ce « grand emprunt » soit si facilement souscrit par les particuliers si le rendement proposé est du même ordre que celui qu’accepte les professionnels (moins de 3% sur 5/7 ans). Et si le taux offert est plus élevé, ce sera alors une mauvaise affaire pour l’Etat, et donc pour les contribuables…

Au plan économique, l’emprunt peut, en théorie, se justifier de deux façons.

La première renvoie au comportement familial.

Emprunter permet d’anticiper sur des rentrées futures. Dans le cas de l’Etat Français, cela voudrait dire que le « grand emprunt » ne serait rien d’autre qu’une anticipation des futures augmentations d’impôts. Après 2012 ?…

La seconde renvoie au comportement des entreprises : elles empruntent pour financer des projets dont la rentabilité attendue est supérieure au taux d’intérêt du moment. Si la rentabilité attendue est par exemple de 10%, il n’est pas idiot d’emprunter à 5%. C’est ce qu’on appelle l’effet de levier.

Mais l’Etat est-il crédible quand il prétend, avec son « grand emprunt », financer des investissements d’avenir à forte valeur ajoutée ?

Le passé ne plaide pas pour sa future bonne conduite… Les 1 520 milliards d’euros de dettes publiques accumulées depuis 35 ans n’ont jamais financé que des trous et des fins de mois.

Alain Juppé déclarait, il y a quelques jours que l’argent du « grand emprunt » irait principalement à la recherche et à l’innovation. C’est évidemment mieux que de dire qu’il servira à combler une petite partie du déficit de la sécu. Mais, pour qu’on en soit certain, encore faudrait-il que l’équilibre de la sécu soit assuré, alors qu’il recule de jour en jour.Dans ces conditions une opération de compensation, sorte de tour de passe-passe, est à craindre.

Quand bien même l’argent irait-il effectivement à la recherche et l’innovation, encore faudrait-il que ce soit en faveur d’une recherche qui trouve et d’une innovation qui paye. Rien n’indique que nos structures publiques soient pour cela les plus qualifiées.

Rien n’indique d’ailleurs non plus qu’un seul projet rentable soit actuellement en souffrance faute de financement.

C’est même l’inverse qui est à craindre : quand les taux d’intérêt sont bas – très bas, artificiellement bas, comme c’est le cas actuellement – des projets qui n’auraient pas pu êtres financés au taux d’intérêt naturel, dont on peut simplement dire qu’il serait plus élevé, peuvent l’être. Mais ces projets-là, souvent des « nanars », qui en fait n’auraient pas dû être financés, ne résisteront pas à la remontée des taux d’intérêt qui s’annonce. Ils ne sont constitutifs que d’une nouvelle bulle…

« Toutes les turpitudes de notre régime, j’en ai toujours trouvé la source dans des interventions de l’État. Les systèmes malthusiens donnent à leurs auteurs toutes les apparences de l’action généreuse, alors qu’ils organisent la misère et la ruine »(Jacques Rueff).

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