Le Journal d’Alain Dumait

Un autre regard sur la crise

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Gestion étatique de la monnaie : Karl Marx nous avait bien prévenu !

Posted by alaindumait sur 07/04/2009

39655_une-argentSi l’on veut bien considérer que là où l’Etat décide nous ne sommes pas dans le capitalisme pur et dur, mais plutôt dans une forme ou une autre de socialisme ou de dirigisme – c’est tout comme – on conviendra que nous ne sommes pas, et n’avons jamais été dans un système 100% capitaliste, mais dans un système mixte, partiellement capitaliste et partiellement dirigiste.

Deux sphères sont imbriquées : l’une privée, au fonctionnement libéral, c’est-à-dire par le marché ; l’autre publique, au fonctionnement autoritaire, par la bureaucratie.

La monnaie est un bien économique qui, depuis un siècle, a progressivement migré de la sphère privée à la sphère publique.

La présente crise est l’aboutissement – provisoire ou final, on verra, mais c’est toute la question … – de cette funeste mutation.

Que les banques centrales appartiennent à la sphère publique ne sera, je pense, contestée par personne. Ce qui n’empêche pas que certaines puissent être « indépendantes », et même « honnêtes », comme peuvent l’être d’autres institutions, néanmoins 100% publiques.

Or le développement des banques centrales a été l’un des phénomènes majeurs du XXe siècle. Quand il commence, elles sont 18 ; quand il se termine, on en compte 173 ! Et sur la période, elles se sont transformées de banques-des-Etats qu’elles étaient en banques-des-banques qu’elles sont aujourd’hui.

Comme ce sont elles qui prêtent de l’argent aux banques, qui leur fournissent l’essentiel de leurs ressources (qui s’ajoutent aux dépôts et aux capitaux propres, autrefois ressources principales, aujourd’hui accessoires), ce sont elles, et non pas les banques, qui sont responsables de la bulle financière.

Les banques distribuent et détaillent l’argent qu’elles viennent acheter « en gros » aux guichets des banques centrales. Elles le transforment en crédits/créances, qui deviennent autant de contreparties de l’émission monétaire. Mais elles ne fabriquent en rien la monnaie.

Les banques sont comme les sous-traitants des banques centrales. Elles sont certes privées, pour la plupart d’entre elles, mais leur fournisseur est 100% public. Et si les Etats, comme un seul homme, se sont portés au secours des banques, c’est tout simplement qu’elles n’étaient pas si privées que cela, et tout à fait dans la mouvance de la sphère publique.

On me dira que le gouvernement américain vient aussi en aide à AIG et à General Motors.

Je répondrai 1) Qu’il a sans doute tort… 2) Que quand AIG est au service des banques, il se croit au service de l’Etat… 3) Que GM est la victime seconde du désastre premier, et qu’il ne fait que réclamer l’application de la jurisprudence, oh combien perverse ! « too big to fail » (trop gros pour disparaître) …

Tous les excès que l’on reproche aux banques, doivent en fait l’être aux banques centrales. Y compris les bonus, les stocks options, les parachutes dorés et autres avantages des dirigeants de ces établissements, qui n’auraient jamais été, si leur développement cancérigène n’avait pas été rendu possible par une émission monétaire littéralement échevelée.

Et pourquoi les banques centrales ont-elles eu ce comportement irresponsable ? Pour « financer » l’économie disent-elles. C’est vrai. Mais plus exactement pour le faire à la place des capitalistes, du plus modeste au plus riche des épargnants, progressivement éliminés par les acrobates du crédit.

Depuis 40 ans, la masse des crédits bancaires à travers le monde est passée de 28% de la production mondiale à près de 50% en 2008. Voilà la vraie bulle ! Et la vraie cause de la crise…

On a dit plus haut que le XXe siècle a été marqué par le développement des banques centrales. Ce même mouvement a été accompagné de l’augmentation des prélèvements publics obligatoires, des dettes et des déficits publics, du rabotage de l’épargne.

Les politiciens de la sphère publique ont cru avoir inventé le capitalisme sans capitaux (et avec beaucoup de crédits…). Les banquiers stipendiés, issus de la même intelligentsia, y ont prêté la main, avec leur haute technologie financière.

Ensemble ils ont réalisé la prédiction de Karl Marx « pour détruire l’occident, il suffira de pervertir sa monnaie ».

Merci quand même !

L’info du jour : Après de savants calculs, la revue « Forbes » publie un comparatif de la pression fiscale dans 50 pays du monde. Et, à ce jeu-là, la France est considérée comme le pays ayant le régime fiscal le moins accueillant de tous… Et ceci pour une raison très simple : dans l’Hexagone, l’impôt sur les sociétés atteint 34,4 %, l’impôt sur le revenu 52,1 %, les charges patronales 45 %, les charges salariales 14 % et la TVA 19,6 %, détaille l’enquête.

On comprend pourquoi le n° 1 de l’enfer fiscal part en guerre contre les paradis fiscaux. Le bon dieu a besoin du diable…

L’indignation du jour : un projet de loi proposé au Sénat US pourrait attribuer au président des Etats-Unis des pouvoirs sans précédent sur le contrôle d’Internet.

La citation du jour : « La supériorité des Occidentaux tient en dernière analyse au capitalisme, c’est à dire à la longue accumulation de l’épargne. C’est l’absence de capitaux qui rend les peuples sujets » (Jacques Bainville) .

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Non au monopole d’émission de la monnaie !

Posted by alaindumait sur 22/10/2008

Contre toute évidence, Nicolas Sarkozy, comme tous les autres étatistes, impute la responsabilité de la crise à une insuffisance de la régulation par les États et les organismes internationaux.

 

En toute logique, il propose donc un plus strict encadrement des opérations financières et un renforcement de la coopération internationale. On n’est pas loin de l’idée d’un gouvernement économique mondial. Pourtant, un tel projet serait aussi funeste qu’il l’était à la fin du xviiie siècle, quand Emmanuel Kant rédigeait son projet de « traité de paix perpétuelle » et évoquait les risques despotiques d’un pouvoir universel…

 

Depuis 250 ans, pour l’essentiel, tout l’acquis de la science économique tient en un seul mot « concurrence ». D’ailleurs, à de rares exceptions près, chacun en convient, même les ennemis de la liberté, ceux-ci voulant juste, disent-ils, introduire de la soi-disant sécurité, des pseudo-garanties, des limites et quelques exceptions…

 

C’est dans ce contexte que la concurrence entre agents économiques est devenue, de nos jours, universellement, « libre », mais « encadrée » : l’établissement professionnel est soumis à des diplômes et des qualifications, tandis que, par exception, certains secteurs et certaines activités échappent à ce principe universel de la libre concurrence.

 

Si bien qu’aujourd’hui, si l’on considère l’ensemble des activités économiques, en France comme ailleurs, elles se retrouvent soumises à un couple de forces antagoniques faisant intervenir une part de libre concurrence et une part de contrôle public. Aucune activité ne bénéficie d’une concurrence pure. Mais certaines sont plus libres que d’autres…

 

Les activités liées à la monnaie font partie, depuis longtemps, des plus réglementées. Car longtemps l’émission de la monnaie fut tenue pour un pouvoir régalien légitime. Cela se dit encore. Mais il n’y a strictement aucune raison pour que la monnaie, les activités de banque et les services financiers, comme toutes les autres activités économiques, ne soient pas plus efficaces dans un bain de concurrence que dans celui d’une tutelle étatique.

 

Rien ne s’y oppose, si ce n’est la volonté des hommes de l’État, non pas de servir au mieux leurs concitoyens, mais plutôt de conserver dans leurs mains les rênes d’un pouvoir, qui pourtant les dépasse. Une monnaie mondiale serait une catastrophe. L’euro a surtout servi de prétexte au laxisme des États. Et les banques centrales, Fed ou BCE, ont fait beaucoup pour favoriser la crise. En gérant avec brutalité leurs monopoles d’émission.

 

En vérité, personne ne connaît les bonnes règles de gouvernance d’un monopole d’émission monétaire. Les économistes libéraux les plus accommodants avec le système de notre économie mixte – tel Milton Friedman – plaidaient pour qu’on ait au moins une politique monétaire stable, tant du côté des taux d’intérêt que de la progression de la masse monétaire. Mais les plus radicaux des penseurs libéraux – tel Hayek – adhéraient au principe de la libre concurrence entre les monnaies.

 

Ce débat n’est pas académique. La politique de la Fed, suivie par presque toutes les autres banques centrales, est directement à l’origine de la crise économique actuelle. Elle a été laxiste sur le long terme, encore plus laxiste après le 11 septembre 2001 et subitement restrictive début 2007. D’où le retournement du marché de l’immobilier, l’éclatement de la bulle et la catastrophe des subprimes. Pour éviter que cela ne se reproduise, faut-il conserver ces monopoles, ces tendances à la concertation mondiale permanente, ou, au contraire, leur tourner le dos ? Il me semble que la réponse est évidente : il convient de laisser jouer beaucoup plus de concurrence au sein de la sphère financière.

 

Il n’y a aucune raison pour que les affaires financières soient systématiquement mondialisées. Un système où l’épargne remplacerait le crédit pourrait être largement décentralisé. Car l’épargne renvoie à la proximité, tandis que le crédit renvoie à la sécurité, qui mène à la centralisation.

 

De toutes les façons – comme le reconnaît lui-même Nicolas Sarkozy –, rien ne sera plus demain comme avant. Il s’imagine qu’un aréopage de technocrates, choisi parmi ceux qui sont les responsables directs de la crise, saura demain gérer la sphère financière de façon plus raisonnable. C’est du mauvais constructivisme. Il vaudrait mieux faire confiance à d’autres acteurs : les banques qui n’ont pas succombé aux dérives des subprimes, les agents économiques dont le développement s’appuyait sur leur épargne. Et des économistes indemnes du virus de la pensée unique !

(4500 signes)

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