Le Journal d’Alain Dumait

Un autre regard sur la crise

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L’or : la monnaie de notre survie

Posted by alaindumait sur 22/02/2009

bl_370128_image2Je fais chaque jour le test suivant autour de moi. Je demande : « si je vous devais 100 000€, préféreriez-vous être payé en dollars, en euros ou en or ? » Et je n’ai encore rencontré personne qui ne me réponde pas, « en or, bien sur ! », ou bien « plutôt en or… »

Pourtant, l’or est au plus haut depuis longtemps. Il était vendredi soir à près de 1000$ l’once (de 31,1034768 grammes). Il a augmenté de 30% depuis le debut de l’année, son prix a été multiplié par 4 depuis 10 ans. Mais il ne valait que 250$ en 2001, après 850 en 1980. C’était 35$ en 1971 et 20 dollars pour une once en 1945…

Quand vous regardez une courbe des cours de l’or sur une longue période, vous êtes frappés par ses variations. Et si vous faites le ratio cours indice Dow Jones/cours de l’or en dollars par once, vous êtes amenés à constater qu’il peut varier de 1 à 40 !

Il faut dire que depuis un siècle, et la fin de l’étalon-or (1914), les gouvernements de tous les pays du monde ont beaucoup fait pour provoquer la  baisse des cours de l’or : en déclarant leurs monnaies inconvertibles, dès le début du 1er conflit mondial, (à l’exception des Etats-Unis), en interdisant la détention du métal jaune (dès 1933, aux Etats-Unis), en supprimant toute référence à l’or en 1971 pour le dollar (la seule monnaie qui lui était encore internationalement raccrochée), en taxant les transactions, les plus values sur celles-ci et en faisant entrer l’or détenu par des particuliers dans les successions et les fortunes taxables. Et en plus, en vendant sur le marché depuis 1975 les trois quarts du stock détenu par les banques centrales

Si bien que l’or, qui était encore une monnaie universelle en 1914, évidemment indépendante de tout institut d’émission, qui avait à son crédit un siècle brillant de fort progrès économique, était devenu un paria, une « relique barbare », selon l’expression de Karl Marx, évidemment approuvé par Keynes, par la quasi totalité des économistes, y compris les libéraux, et même les monétaristes disciples de Milton Friedman.

Entre 1945 et 2003, la quantité de monnaie en circulation dans le monde a été multipliée par 100 (de 300 milliards à 30 000 milliards de $) soit une augmentation annuelle moyenne de 8,26%. Dans le même temps la production d’or ( 160 000 tonnes extraites depuis l’origine des temps) permet une augmentation moyenne du stock de 1,73% par an. La différence, soit 6,5% par an, cumulée sur la période, permet de dire que, malgré tout ce qui a été entrepris contre lui, l’or, à 1000€ l’once, a très exactement permis à ceux qui en détiennent, de maintenir leur pouvoir d’achat. Le pouvoir d’achat de l’or est même à peu près constant depuis l’Empire romain ! Quelle autre monnaie peut en dire autant ? Voila pourquoi, dans l’esprit largement majoritaire de l’opinion, l’or sera toujours et restera la monnaie mondiale par excellence…

A noter : l’augmentation moyenne annuelle du stock d’or, soit 2500 tonnes, apportées par l’exploitation des mines, correspond très exactement, sur longue période, à la croissance démographique de la population mondiale. Si bien qu’un système d’étalon or permettrait sur le long terme une stabilité absolue de la masse ou base monétaire, rapportée à chaque individu.

On dira : « mais un tel système, sans création monétaire par tête, ne permettrait pas le financement d’une économie en croissance ! ». C’est inexact, l’histoire économique du très prospère XIXème siècle est là pour le démontrer. Quand la masse monétaire est stable, est que la production est en croissance, le niveau général des prix est orienté à la baisse, mouvement également entraîné par la diffusion du progrès technique. L’épargne est favorisée. Le crédit n’est utilisé que comme il doit être : temporairement et modérément (et jamais pour plus de sept ans, selon la sagesse de la Bible et du Talmud…)

Dans un tel système, on n’a plus besoin des banques centrales, ni même des monnaies étatiques.

Son seul inconvénient est qu’il prive la Nomenklatura du pouvoir sur la monnaie qu’elle s’est progressivement arrogé. Pouvoir qui lui a permis notamment de financer des aventures qui autrement n’auraient jamais pu l’être.

Ni la guerre en Irak (6 000 milliards de dollars, dont la moitié à la charge des seuls Etats-Unis, selon une évaluation de 2008 du prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz), ni la seconde guerre mondiale (4 000 milliards de dollars, valeur 2007), ni même la première guerre mondiale (400 milliards, valeur 2007, mais rapportés à une richesse mondiale dix fois moindre) n’aurait pu être financées sans l’inflation monétaire orchestrée par les Etats. Au point qu’on peut se demander si ces évènements auraient pu avoir lieu, en tout cas tels qu’ils se sont déroulés, dans un système d’étalon or… On comprend mieux pourquoi, depuis Aristote, les penseurs se sont toujours intéressés à la monnaie.

Quand les politiciens des pays européens déclarent la suspension de la convertibilité des monnaies en or, ils disent que c’est à titre provisoire. A l’exception d’une tentative britannique de retour à l’étalon or dans les années 20, on sait ce qu’il en advint…

A cet égard la crise est une chance : il suffirait que dans un seul pays que le droit de détenir de l’or, et de l’échanger sans taxe (comme pour un billet de banque), soit rendu aux agents économiques, pour qu’un autre système monétaire, celui qui a fait ses preuves pendant 2000 ans, vienne remplacer celui des faux monnayeurs et des politiciens de tous poils. 

Citation du jour : « La force des gouvernements est en raison inverse du poids des impôts » (Émile de Girardin).

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