Le Journal d’Alain Dumait

Un autre regard sur la crise

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Travail le dimanche : une occasion manquée

Posted by alaindumait sur 17/07/2009

Depuis plus de sept mois, le Parlement débat d’un projet de loi sur l’extension du travail dominical. L’Assemblée vient de voter en première lecture. La parole est au Sénat. On aura peut-être bientôt un texte définitif… Ça fait long, pour un sujet qui, s’il prête aux affrontements farouches, n’est peut-être pas pour autant essentiel…

S’il s’agissait principalement de libéraliser le Code du travail, et de laisser les entreprises un peu plus libres d’organiser avec leurs salariés les conditions et les modalités de leur présence effective, il eût suffi d’élaguer à cette occasion, une législation déjà bien tatillonne.

Après tout, dans un  pays où la durée légale est limitée à 35 heures par semaine, les heures supplémentaires étant strictement limitées, on pourrait très bien laisser les entreprises se débrouiller et faire comme bon leur semble, sous réserve d’accords avec les salariés concernés. On remarquera d’ailleurs qu’il suffit de travailler en famille, sans contrat de salaire, pour échapper à ce terrible Code. Et c’est ainsi qu’en ville l’épicier tunisien du coin de ma rue est ouvert tous les jours jusqu’au milieu de la nuit, à la grande satisfaction du quartier…

La question a évidemment une dimension culturelle forte. Elle renvoie aux préceptes religieux les plus anciens et quasi-unanimement enseignés : le repos hebdomadaire est de l’ordre de la morale universelle. Quand ce n’est pas le dimanche, comme pour les Chrétiens, c’est le vendredi pour les Musulmans, le samedi pour les Juifs.

Mais dans un pays devenu multiculturel (sans qu’on lui ait jamais demandé son avis, d’ailleurs…), le repos hebdomadaire doit-il resté « dominical ». Il devrait plutôt être « à la carte ». Autant que cela est compatible avec la gestion des entreprises concernées. Mais quand je vois la difficulté qu’il y a à obtenir un rendez-vous le mercredi avec un conseiller d’agence bancaire, par ailleurs mère de famille, qui ce jour-là est « en RTT », je me dis qu’il y a souvent des moyens de s’arranger…

Grand amateur des émissions du jour du seigneur sur France 2 le dimanche matin, je trouve un brin comique que les émissions sur l’Islam soient diffusées le même jour que celle du « jour du seigneur »…

En plus des 35 heures, on pouvait donc garder cette idée bien ancrée du repos hebdomadaire obligatoire, comme un hommage de plus de la loi républicaine à la sagesse biblique. Au fait, avez-vous remarqué que le parti communiste athée est en flèche dans la défense du repos dominical ?

Mais continuer à faire dépendre d’un préfet le droit d’ouvrir le dimanche, ou devoir lui soumettre la demande d’un maire, faire dépendre d’un classement, toujours contestable et révisable, le fait pour une commune d’être tenu pour « touristique », me semble parfaitement tatillon et archaïque.

La principale caractéristique du nouveau dispositif sera peut-être de permettre à un plus grand nombre d’entreprises d’être ouvertes le dimanche. Les consommateurs apprécieront, comme ils le font déjà, là où ils le peuvent, dans ces zones commerciales de banlieues où les parkings sont pleins sept jours sur sept. Tant mieux.

Mais une occasion a été manquée d’en profiter pour alléger carrément le code du travail en laissant, pour l’essentiel, les entreprises et leurs salariés faire leur affaire de cette passionnante question.

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Les véritables origines du krach financier du siècle

Posted by alaindumait sur 15/10/2008

On nous serine que la crise que nous connaissons est de la faute à la déréglementation, à l’ultra-libéralisme et au capitalisme débridé… Mais c’est le plus gros des mensonges proféré en ce moment par la classe parlante ! Dans le même temps, chacun reconnaît pourtant que l’élément déclencheur a été cette affaire de crédits « subprime » (traduction française : « sous-excellents », euphémisme qui désormais voudra dire « pourris »…)

 

Ces « subprime », crédits à taux variables et progressifs – d’abord en dessous du prix du marché, les deux premières années, puis ensuite de plus en plus chers, et sur l’ensemble de la période du prêt, d’un taux moyen plus élevé d’environ 2 % que le taux du marché – ont été accordés aux familles à faibles ressources, appartenant pour la plupart aux minorités ethniques, noires ou hispaniques, qui n’avaient aucune chance de pouvoir rembourser, sauf à espérer que les prix de l’immobilier, qui avaient déjà augmenté aux États-Unis de 100 % entre 1996 et 2006, continuent à monter jusqu’au ciel.

 

Quelque trois millions de ces prêts ont été souscrits. Ce qui représente aujourd’hui, avec un prêt moyen à 500 000 $ par famille, un encours de l’ordre de 1 500 milliards de dollars !

 

Les banquiers qui ont accordé ces prêts à des familles insolvables étaient-ils fous ? Bien sûr que non ! Ils sont lâches et cupides, mais pas fous ! Ils ont simplement obéi aux injonctions du gouvernement américain, qui prétendait non seulement favoriser l’accession à la propriété des minorités ethniques, lutter contre les discriminations, mais qui disait aussi garantir le système !…

Ils ont agi en application de lois.

 

Chacun connaît la suite : le marché immobilier s’est retourné à la mi-2007, Fannie Mae et Freddie Mac ne pouvaient plus suivre et honorer leurs garanties hypothécaires. L’État fédéral nationalisa ces bras armés de sa propre politique.

 

Mais, entre-temps, les prêts pourris, censés rapporter 2 % de plus que le taux moyen du marché, ont été titrisés, vendus et revendus dans des fonds, selon des techniques connues sous différents acronymes, sous formes de produits que des centaines de banques se sont littéralement arrachés. L’encours de ces produits dérivés semble quatre à cinq fois plus élevé que celui des subprime…

 

Quand il fut avéré que les prêts étaient pourris, les banques ont réalisé que les produits dérivés l’étaient aussi. Les banques détentrices ont dû – en application de leurs règles comptables – passer des provisions de plus en plus importantes, réduisant ainsi leurs fonds propres et leur capacité à faire face à leurs obligations, ou tout au moins à prêter.

 

La confiance a fait place à la méfiance, la méfiance à la panique, la crise financière à la crise économique. C’est l’écroulement, sous nos yeux, de la planète finance… Et l’élément déclencheur n’est absolument pas la déréglementation, l’ultra-libéralisme ou le capitalisme débridé, mais au contraire, très précisément, l’intervention politique dans la sphère financière, au nom de l’aide aux plus démunis et la lutte contre les discriminations. Le responsable direct de la crise, c’est la politique dite du logement social, et la forme particulièrement perverse qu’elle a prise aux États-Unis. Chapitre sur lequel nous n’avons d’ailleurs certainement pas de leçons à leur donner !…

 

Mais, il faut noter que les produits dérivés issus de ces subprime se trouvent pour une bonne moitié dans les portefeuilles des banques européennes. Et elles, rien ne les obligeait à y souscrire, sauf les fameux 2 % de rendement en prime !…

 

Les subprime, dans le contexte d’une politique de logement social et de discrimination positive, sont l’élément déclencheur. Mais les racines du problème résident dans l’augmentation excessive de la masse monétaire depuis 30 ans, et plus particulièrement depuis 2001 (après le 11 septembre), et donc des contreparties de cette émission que sont les encours de crédits aux particuliers, aux entreprises et aux collectivités publiques. Cette masse monétaire, et ces crédits, aux États-Unis comme en Europe, ont augmenté trois fois plus vite que la richesse des pays considérés. + 50 % dans la zone euro entre 2002 et 2007 ! Ce n’est tout simplement pas sérieux. Et on a prêté à des impécunieux : des familles à faibles revenus, des entreprises petites ou naissantes, des États mal gérés…

 

Bien sûr que la cupidité des dirigeants de certaines banques a joué son rôle, tout comme la financiarisation extravagante des produits financiers. Mais cette crise est au départ et avant tout une crise de l’État-Providence. Évidemment très mal placé aujourd’hui pour jouer les pompiers-pyromanes…

(4500 signes)

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