Le Journal d’Alain Dumait

Un autre regard sur la crise

Archive for juillet 2006

En approchant du volcan

Posted by alaindumait sur 19/07/2006

Dimanche dernier, à Saint-Pétersbourg, Jacques Chirac a déclaré : « L’humanité danse sur un volcan ». Son propos concernait le réchauffement climatique, qui serait dû à l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre, que le Traité de Tokyo a pour but de contrôler et de réduire. Il avait dans l’idée de presser une nouvelle fois les États-Unis de signer ce texte, ce à quoi ils se refusent toujours. Il faut d’ailleurs noter qu’aussi bien le réchauffement climatique que le rôle joué par les émissions de gaz à effet de serre sont contestés par une partie de la communauté scientifique qui, pour ne pas être « médiatiquement correcte », n’en est pas moins importante.

La réflexion présidentielle aurait pu aussi bien s’appliquer à la situation internationale présente. Nous y consacrons notre édito page 1. Mais qui ne voit qu’au-delà du Liban, du Nord d’Israël, de Gaza et de la Cisjordanie, c’est tout le Moyen-Orient qui risque de s’embraser d’un jour à l’autre, marquant alors le déclenchement d’une possible troisième guerre mondiale ?
En effet, « l’humanité danse sur un volcan ». À commencer par la France, qui est un peu, beaucoup, celle de Jacques Chirac… Le constat se résume en quelques mots-clés : immigration, islam, fiscalisme, dettes publiques. Et le Chef de l’État qui est apparu sur les petites lucarnes le 14 juillet, est toujours un bon danseur : n’est-il pas revenu, sans pudeur, sur ses soi-disant baisses d’impôts, tout en nous annonçant, pour le temps qui nous sépare de la fin de son mandat, plusieurs motifs d’augmentation des dépenses publiques ?

Chaque jour, la dette de l’État augmente. On vient de dépasser les 1 150 milliards d’euros. Et encore, ce chiffre faramineux ne prend-t-il pas en compte la dette au titre des retraites à servir à nos chers fonctionnaires qui, pour être hors du bilan de l’État, n’en ont pas moins un caractère tout à fait certain. Cette dette, que nous refilons honteusement à nos enfants et nos petits-enfants, n’a d’autre justification que la pusillanimité de nos gouvernants. Et en plus, aujourd’hui, les taux d’intérêt sont, sans doute durablement, orientés à la hausse…

Notre seule excuse est que beaucoup d’autres pays sont aussi mal gérés. Jacques Chirac ne s’est d’ailleurs pas privé de faire remarquer qu’au moment où il parlait, le déficit budgétaire était plus élevé, relativement, en Allemagne, en Italie, en Espagne qu’en France. Une façon de se prévaloir des turpitudes d’autrui.

La situation financière internationale est un autre sujet de grande inquiétude. Depuis longtemps, mais tout particulièrement depuis septembre 2001, les États-Unis accumulent une dette intérieure et une dette extérieure qui semblent augmenter de façon exponentielle. La première dépasse les 8 000 milliards de dollars, quant à la seconde, elle s’accroît proportionnellement au déficit commercial qui se creuse un peu plus chaque jour, les États-Unis ne vendant à la Chine, par exemple, que le quart de ce qu’ils lui achètent. Une telle situation ne peut évidemment durer, même si aucun prévisionniste ne peut indiquer le jour et l’heure où Chinois et Japonais, principalement, préféreront se défaire de leurs dollars plutôt que de les conserver.

Ces considérations seraient moins alarmantes si elles s’inscrivaient dans un système monétaire plus raisonnable. Jusqu’en 1971, ce dernier comportait une corde de rappel sous la forme d’un dollar indexé sur une valeur or (35 dollars pour une once). Non seulement cette discipline a disparu, mais encore, depuis quelque dix ans, le système de réserve fédéral américain a fait preuve d’un laxisme à toute épreuve ayant pour seul objectif de maintenir artificiellement une croissance économique forte. Aujourd’hui, les Américains consomment plus qu’ils ne produisent et, quand ils investissent, c’est avec l’argent des épargnants étrangers ! Quoi qu’il en pense, le nouveau président de la Fed est bien obligé de serrer les boulons. Dans un contexte international qui est le pire qu’on puisse imaginer. Du coup, les marchés des valeurs plongent ; les marchés des matières premières hésitent ; les marchés immobiliers baissent ou sont en panne.

Comme toujours, il y a un lien étroit entre la situation internationale, la finance du même nom, la gestion des monnaies et le comportement des marchés. C’est l’ensemble de ces paramètres qui rend tous les observateurs réalistes et objectifs très pessimistes pour l’avenir à court terme. Des politiciens incompétents et inconséquents nous auront tous plongés dans les flammes du volcan.

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Sur la candidature de Lionel Jospin

Posted by alaindumait sur 05/07/2006

Au parti socialiste, les amis de Lionel Jospin, comme d’ailleurs ceux qui le sont moins, évoquent facilement « la dimension morale » de l’ancien Premier ministre. Lui-même, conformément à l’image qu’il s’est taillée, prend souvent une posture « morale ». Sans doute est-elle constitutive de sa personnalité. Son éducation protestante… Sa formation à la fois technocratique et trotskyste… C’est d’ailleurs sans doute cet aspect de sa personnalité qui, à la fin des tristes et nauséabondes années Mitterrand, fit qu’il sût apparaître, dès 1994, au bénéfice de son parti, comme un recours politique crédible.

En 2002, quand il arrive troisième au premier tour de l’élection présidentielle du 22 avril, c’est seul et naturellement qu’il décide de tirer immédiatement toutes les conséquences de son échec et d’annoncer qu’il mettait un terme à sa vie politique. Décision que comprirent fort bien les Français, les seules personnes y trouvant à redire se situant finalement dans la caste des politiciens, en particulier ceux pour lesquels il n’était évidemment pas question de s’appliquer jamais une telle règle.

Mais, puisqu’en France, contrairement à toutes les autres démocraties occidentales, un homme politique peut toujours prétendre ou espérer revenir au pouvoir, voilà que le désir de puissance progressivement taraude le vaincu de 2002. Il a envie, vulgairement, de prendre sa revanche. C’est ce qu’il vient de dire, en clair, dans sa longue et ennuyeuse tribune libre publiée dans le journal « Le Monde » daté du mercredi 28 juin.

Ce grand démocrate évoque à cette occasion un rendez-vous qui, ce jour-là, aurait été « manqué avec le peuple ». Il n’en dit pas plus, laissant à ses lecteurs le soin de deviner que, dans l’esprit de l’intéressé, l’élimination dès le premier tour du candidat de la gauche plurielle, et, de ce fait, la confrontation au deuxième tour des deux principaux représentants de la droite, était parfaitement scandaleuse, voire anti-démocratique. Que ne propose-t-il pas dans ces conditions une modification des règles qui président à cette élection et en particulier à la sélection automatique au deuxième tour des deux candidats arrivés en tête ? Beaucoup de ses « amis » évoquent une « vie République ». Ce serait donc le moment pour Lionel Jospin de faire quelques propositions…

La vérité qui crève les yeux de tout observateur objectif est que le scandale démocratique n’est pas là où le dit l’ancien Premier ministre mais, bien davantage, dans le simple fait que le parti du candidat arrivé en deuxième position le 22 avril 2002 n’ait aucun représentant élu à l’Assemblée Nationale, comme il n’en a d’ailleurs aucun – en tout cas durablement – depuis 1988. Et le scandale des scandales n’est pas tant finalement dans cette situation, dont on pourrait considérer qu’elle résulte de règles « supérieures » (?) mais plutôt dans le fait que personne ne semble s’en indigner. Au point que les dirigeants du Front National sont souvent eux-mêmes soupçonnés d’accepter voire même de se satisfaire de cet état. Ce que personnellement je ne pense pas : ils font « avec », par réalisme, et aussi parce que leur leader, Jean-Marie Le Pen, avec ses cinquante années d’expérience politique, est plutôt un modèle de légalisme républicain qu’un exemple de factieux, même si ses adversaires n’ont jamais cessé d’ainsi le qualifier.

Nos enfants et nos petits-enfants, quand ils étudieront l’histoire politique contemporaine de la France, auront plusieurs autres sujets de grand étonnement.

Le comportement de Jacques Chirac ne sera pas le moindre. Le lundi 26 juin, en direct, dans le journal de 20 heures de France 2, il ose déclarer qu’il se garde de répondre avant la fin du premier trimestre 2007 sur le point de savoir s’il sera, ou non, candidat à la prochaine élection présidentielle. Peut-être, y a-t-il dans ce propos un peu de facétie. Mais aucun de ceux qui connaissent le Président de la République, n’excluent qu’il puisse encore y croire, par exemple au cas où la situation internationale, actuellement objectivement très préoccupante, se dégraderait au point qu’un nouveau conflit mondial serait en perspective.

Certes, Jacques Chirac, à l’inverse de Lionel Jospin, n’a jamais dit qu’il abandonnerait jamais la vie politique, dans laquelle il baigne depuis plus de quarante ans. Pourtant, après deux mandats dont on ne peut pas dire qu’ils furent très bénéfiques pour la France, la retraite de l’intéressé semblait aller de soi…

La morale en politique est certainement antinomique des « carrières » qui, chez nous, caractérisent notre vie publique.

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