Le Journal d’Alain Dumait

Un autre regard sur la crise

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Une relance étiopathique

Posted by alaindumait sur 27/02/2009

plan-relanceDepuis longtemps les économistes et les sociologues aiment utiliser des métaphores renvoyant à la médecine et à l’anatomie.

S’agissant de la médecine, la guerre fait rage entre homéopathes, étiopathes et allopathes… Les premiers, dont les soins sont basés sur le principe de similitude, et les seconds, qui disent rechercher les causes afin de traiter les effets, reprochent aux troisièmes de ne prendre en compte que les manifestations du mal, et d’avoir recours à des produits toxiques…

On est tenté de voir là, très exactement, une réplique du débat qui devrait agiter les acteurs et les observateurs de la situation économique mondiale actuelle.

Pour l’instant, les économistes allopathes tiennent le haut du pavé. La consommation fléchit-elle ? Il conviendrait de la relancer en mettant sur la table des centaines de milliers de dollars (Plan Obama). Les banques sont-elles en faillites, avec des actifs nets négatifs, du fait de la dévalorisation de toutes leurs créances ? On les sauve, on les rachète, avec l’argent public ou la planche à billets. L’industrie automobile est-elle en dépôt de bilan ? On la renfloue, ici et ailleurs…

Comme l’alcoolique par rapport à l’alcool, l’homme politique sait très bien qu’on ne peut pas construire du solide sur un océan de dettes (sans doute d’ors et déjà irrécouvrables). L’alcoolique ou le drogué dit qu’il s’en sortira en réduisant les doses dès demain, après les avoir augmentées dès maintenant. L’homme politique dit que la relance va recréer de la croissance qui permettra de rembourser la dette…

Mais les choses ne se sont jamais produites ainsi.

Le New Deal de Roosevelt a retardé la sortie de la crise aux Etats-Unis.

La France s’est redressée à partir de 1958 en se désendettant. Et sa situation n’a cessé de se détériorer depuis qu’elle s’est accoutumée à la dette publique, à partir de 1973…

C’est en traitant la cause du mal (« éthiopathie ») qu’on pourra relancer l’économie.

Au delà de la bulle monétaire et de l’excès des encours de crédit, dont l’origine principale réside dans les soi disants besoins des Etats, nous avons affaire maintenant à une crise de confiance généralisée.

La reconstruction passe par un système d’émission monétaire indiscutable, non inflationniste, et non manipulable, qui a fait ses preuves de longs siècles durant, et qui s’appelle la monnaie « or et « libre ».

C’est la solution intérieure et aussi internationale, l’étalon dollar n’ayant aucune raison d’être plus longtemps utilisé.

Comment ? Il suffit de rendre aux marchés, donc aux hommes, une liberté dont il n’y a aucune raison de les priver plus longtemps. 

Citation du jour : « Aucun homme n’a reçu de la nature le droit de commander aux autres »(Denis Diderot).

 

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Pensée économique unique = danger !

Posted by alaindumait sur 06/11/2008

Les loisirs précèdent la crise....

Les loisirs précèdent la crise....

L’occident vivait à crédit. L’encours des crédits, dans l’ensemble constitué par les Etats-Unis, l’Europe et le Japon, représentait 125% d’une année de production de cette même zone. . Ce n’était pas longtemps supportable !

Globalement, L’Amérique n’épargnait plus. Elle investissait avec l’argent des Chinois. Ce n’était pas durablement raisonnable.

La crise financière a été provoquée, on le sait, par les désormais fameux crédits « subprime » à l’immobilier social aux Etats-Unis. Mais le château de cartes du crédit excessif devait un jour ou l’autre s’écrouler, aussi sûrement que l’empire soviétique devait un jour ou l’autre sombrer.

L’attrition générale du crédit, est le phénomène majeur en cours. C’est elle qui provoque la crise économique, la plus grave que nous ayons connu depuis un siècle. Tout simplement parce que moins de crédits signifie évidemment moins d’activité, aussi longtemps que l’épargne durable n’aura pas pris le relais.

Cette analyse – du niveau d’un étudiant de première année en sciences économiques – dicte ce qui devrait être la bonne politique publique : favoriser l’épargne, en commençant par cesser de la décourager par l’impôt.

On dira que ce serait un coup porté à la consommation. C’est possible. Mais le vrai choix est entre une crise longue et une crise courte. Quand on change de paradigme, il vaut mieux le faire clairement.

Les pouvoirs publics, le gouvernement français en particulier, ont fait pour l’instant le choix inverse. Leur ambition est de forcer les banques à faire autant de crédits qu’avant la crise (nonobstant les raisons profondes de celle-ci…), tout en soutenant l’activité, par l’accroissement du déficit public (en prenant le risque de mettre en péril le crédit de l’Etat, dont la banqueroute serait immédiatement supportée par les contribuables…).

la pensée économique unique, c’est vingt éditorialistes parisiens !

C’est une politique totalement irresponsable. Le fait qu’elle soit soutenue par la pensée économique unique, véhiculée chez nous par une vingtaine d’éditorialistes n’ayant jamais eu la moindre réflexion économique personnelle, est de nature à le confirmer plutôt qu’à l’infirmer. Quand j’entends l’un d’eux répéter pour la énième fois depuis un mois « tout le monde est d’accord pour accroître les déficits publics », Je suis renforcé dans l’idée que c’est exactement ce qu’il ne faut pas faire !

 (2350 signes)

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Les véritables origines du krach financier du siècle

Posted by alaindumait sur 15/10/2008

On nous serine que la crise que nous connaissons est de la faute à la déréglementation, à l’ultra-libéralisme et au capitalisme débridé… Mais c’est le plus gros des mensonges proféré en ce moment par la classe parlante ! Dans le même temps, chacun reconnaît pourtant que l’élément déclencheur a été cette affaire de crédits « subprime » (traduction française : « sous-excellents », euphémisme qui désormais voudra dire « pourris »…)

 

Ces « subprime », crédits à taux variables et progressifs – d’abord en dessous du prix du marché, les deux premières années, puis ensuite de plus en plus chers, et sur l’ensemble de la période du prêt, d’un taux moyen plus élevé d’environ 2 % que le taux du marché – ont été accordés aux familles à faibles ressources, appartenant pour la plupart aux minorités ethniques, noires ou hispaniques, qui n’avaient aucune chance de pouvoir rembourser, sauf à espérer que les prix de l’immobilier, qui avaient déjà augmenté aux États-Unis de 100 % entre 1996 et 2006, continuent à monter jusqu’au ciel.

 

Quelque trois millions de ces prêts ont été souscrits. Ce qui représente aujourd’hui, avec un prêt moyen à 500 000 $ par famille, un encours de l’ordre de 1 500 milliards de dollars !

 

Les banquiers qui ont accordé ces prêts à des familles insolvables étaient-ils fous ? Bien sûr que non ! Ils sont lâches et cupides, mais pas fous ! Ils ont simplement obéi aux injonctions du gouvernement américain, qui prétendait non seulement favoriser l’accession à la propriété des minorités ethniques, lutter contre les discriminations, mais qui disait aussi garantir le système !…

Ils ont agi en application de lois.

 

Chacun connaît la suite : le marché immobilier s’est retourné à la mi-2007, Fannie Mae et Freddie Mac ne pouvaient plus suivre et honorer leurs garanties hypothécaires. L’État fédéral nationalisa ces bras armés de sa propre politique.

 

Mais, entre-temps, les prêts pourris, censés rapporter 2 % de plus que le taux moyen du marché, ont été titrisés, vendus et revendus dans des fonds, selon des techniques connues sous différents acronymes, sous formes de produits que des centaines de banques se sont littéralement arrachés. L’encours de ces produits dérivés semble quatre à cinq fois plus élevé que celui des subprime…

 

Quand il fut avéré que les prêts étaient pourris, les banques ont réalisé que les produits dérivés l’étaient aussi. Les banques détentrices ont dû – en application de leurs règles comptables – passer des provisions de plus en plus importantes, réduisant ainsi leurs fonds propres et leur capacité à faire face à leurs obligations, ou tout au moins à prêter.

 

La confiance a fait place à la méfiance, la méfiance à la panique, la crise financière à la crise économique. C’est l’écroulement, sous nos yeux, de la planète finance… Et l’élément déclencheur n’est absolument pas la déréglementation, l’ultra-libéralisme ou le capitalisme débridé, mais au contraire, très précisément, l’intervention politique dans la sphère financière, au nom de l’aide aux plus démunis et la lutte contre les discriminations. Le responsable direct de la crise, c’est la politique dite du logement social, et la forme particulièrement perverse qu’elle a prise aux États-Unis. Chapitre sur lequel nous n’avons d’ailleurs certainement pas de leçons à leur donner !…

 

Mais, il faut noter que les produits dérivés issus de ces subprime se trouvent pour une bonne moitié dans les portefeuilles des banques européennes. Et elles, rien ne les obligeait à y souscrire, sauf les fameux 2 % de rendement en prime !…

 

Les subprime, dans le contexte d’une politique de logement social et de discrimination positive, sont l’élément déclencheur. Mais les racines du problème résident dans l’augmentation excessive de la masse monétaire depuis 30 ans, et plus particulièrement depuis 2001 (après le 11 septembre), et donc des contreparties de cette émission que sont les encours de crédits aux particuliers, aux entreprises et aux collectivités publiques. Cette masse monétaire, et ces crédits, aux États-Unis comme en Europe, ont augmenté trois fois plus vite que la richesse des pays considérés. + 50 % dans la zone euro entre 2002 et 2007 ! Ce n’est tout simplement pas sérieux. Et on a prêté à des impécunieux : des familles à faibles revenus, des entreprises petites ou naissantes, des États mal gérés…

 

Bien sûr que la cupidité des dirigeants de certaines banques a joué son rôle, tout comme la financiarisation extravagante des produits financiers. Mais cette crise est au départ et avant tout une crise de l’État-Providence. Évidemment très mal placé aujourd’hui pour jouer les pompiers-pyromanes…

(4500 signes)

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Vous allez voir ce qu’est une crise économique !

Posted by alaindumait sur 02/07/2008

Il faut remonter au 2e semestre 1990 pour retrouver une baisse semestrielle aussi brutale du CAC 40, indice phare de la Bourse de Paris (- 22 % sur les six premiers mois de 2008). Les taux des crédits interbancaires à court terme n’ont cessé d’augmenter depuis un an. Les taux des obligations à long terme leur emboîtent le pas. La crainte d’une augmentation de l’inflation tétanise les banques centrales. Et le marché de l’immobilier, en France – avec retard sur les autres pays développés –, commence à afficher des prix en baisse, et des transactions en berne…

Voilà pour le volet financier. Il sera toujours temps, plus tard, de s’interroger sur le point de savoir si tout a commencé aux États-Unis, avec l’accident des « subprimes mortgages », ou bien, plus probablement, si la crise de confiance, qui a frappé l’ensemble du secteur bancaire, aurait eu lieu de toute façon, sous l’effet d’encours de crédits trop importants, de moins en moins solvables, s’étant accrus trop rapidement et trop fortement, sans surtout qu’ils soient vraiment gagés sur des augmentations de valeurs réelles sous-jacentes. Depuis dix ans, les banquiers suisses (privés) annoncent la catastrophe et conseillent la prudence. L’année 2008 leur donne raison…

Comme toujours, la crise financière s’étend à l’économie tout entière. Car la sphère financière n’est qu’une partie d’un tout, comme la monnaie n’est qu’une marchandise parmi d’autres. Quand le crédit est plus cher et plus rare, quand les actifs se déprécient, tout se rétrécit. Aussi bien le bilan des sociétés que l’horizon des affaires…

C’est à ce moment-là, quand le pessimisme est bien installé, qu’intervient le phénomène majeur de toute économie moderne : les anticipations. Quand chacun s’attend, là où il est, à des perspectives négatives, et qu’il les anticipe dans son comportement, la crise est là, bel et bien là. Nous y sommes !

Que nous soyons simples consommateurs, modestes épargnants, petits entrepreneurs ou modestes salariés, nous sommes tous des agents économiques. Nous avons une idée de ce que sera demain. Et nous en tenons compte dès aujourd’hui. Nous anticipons, sans même nous en rendre compte. Et à peu près personne n’anticipe un futur favorable…

Ni ici, ni ailleurs. Certains se consolent en constatant que la croissance reste forte en Chine et en Inde, comme dans l’ensemble des pays émergents. Certes, pour l’instant, pour eux, on ne peut parler que d’un ralentissement de la croissance. Mais le principal moteur de celle-ci, les exportations, est déjà en forte baisse. Là-bas, les bourses ont perdu 35 % en six mois…

On objectera que les cours des matières premières, pétrole en tête, restent à des sommets. Cela pourrait signifier que le retournement ne fait que commencer. Car on n’a jamais vu qu’une flambée des matières premières ne soit pas annonciatrice de récession.

Dans une chronique récente (4 Vérités n° 644), je disais qu’il y avait deux moyens, et deux seulement, de faire baisser nettement les prix du pétrole : la récession économique ou bien l’annonce d’une relance massive de la construction de nouvelles centrales nucléaires. La baisse du prix du pétrole par la récession me paraît plus probable et très prochaine…

S’agissant des pouvoirs publics, il y a, bizarrement découplés, en Europe, le pouvoir monétaire et le pouvoir budgétaire. Pour ce qui est de la monnaie le mieux serait sans doute de ne plus toucher aux taux d’intérêt administrés, ni à Francfort ni à Washington.

Pour ce qui est du pouvoir budgétaire, encore aux mains des autorités nationales, la majorité qui nous gouverne en France s’est privée de toute possibilité d’action en ne traitant pas immédiatement, avec courage et énergie, le problème de notre déficit chronique. Réduire les dépenses va être encore plus difficile. Les augmenter n’est tout simplement pas possible…

S’agissant des agents privés, entreprises, consommateurs, épargnants, il faut non seulement ouvrir les yeux et les oreilles, pour voir la crise, plutôt que de se mettre la tête dans le sable, car c’est toujours un moment instructif, en particulier pour les plus jeunes d’entre nous.
Il faut aussi se tenir prêt à en profiter. Une crise économique comporte toujours un élément d’assainissement. Demain, des entreprises seront à vendre, des actifs seront sur le marché, des biens immobiliers chercheront preneurs à prix bradés. De belles actions françaises – comme Air Liquide ou L’Oréal, qui valent encore en bourse 18 fois le bénéfice net attendu en 2008 – seront à des prix d’achat.
Les bonnes affaires se font toujours à l’achat. C’est le bon côté de la crise !…

(4500 signes)

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