Le Journal d’Alain Dumait

Un autre regard sur la crise

Archive for septembre 2006

Le savoir-faire du parti socialiste

Posted by alaindumait sur 27/09/2006

Une des rares lois que nous enseigne la soi-disant science politique concerne l’alternance des forces qui se succèdent à la tête des États ayant opté pour une forme ou une autre de système représentatif. Quand l’opinion est satisfaite du travail accompli par une majorité sortante, elle lui renouvelle sa confiance pour un nouveau mandat. Quand cette opinion n’est pas satisfaite, elle investit le parti précédemment dans l’opposition.

Cette règle se vérifie dans les pays où le système est bipartisan. Par exemple, aux États-Unis. Mais elle se vérifie aussi en France, malgré l’opacité générée par la multiplicité de nos formations politiques comme de l’inutile complexité des élections à deux tours à laquelle s’ajoutent quelques raffinements d’experts… À la condition de mettre sur un même plan l’ensemble des élections générales, qu’elles soient présidentielles ou législatives.

C’est dans ces conditions qu’en 1981, François Mitterrand succédait à Valéry Giscard d’Estaing, que Jacques Chirac l’emportait en 1986, pour se faire battre par le Président sortant en 1988, lequel essuyait une lourde défaite en 1993, confirmée en 1995 (ce qui, selon la théorie, signifierait que les électeurs ne furent pas mécontents du gouvernement d’Édouard Balladur entre 1993 et 1995…). Retournement dès 1997, pour cause de dissolution absurde, nouvelle alternance en 2002, au profit du Président sortant Jacques Chirac qui affronte la majorité sortante menée par le Premier ministre socialiste Lionel Jospin. Et maintenant, l’élection présidentielle de 2007 où, selon la théorie qui vient d’être résumée, la gauche a toutes les chances de l’emporter.

D’où l’importance de la procédure interne élaborée par le parti socialiste pour désigner son candidat. Car, si, à droite, dans l’histoire de la ve République, les dissidences et les affrontements fratricides furent nombreux, il faut remarquer qu’à gauche, rien de tel ne s’est jamais produit au sein du parti socialiste, mais seulement, au-delà de ses frontières propres (en 2002, les candidatures de Dominique Voynet, Christiane Taubira, ou Jean-Pierre Chevènement). Si la gauche doit l’emporter en 2007, personne ne doute que se sera en la personne du candidat socialiste.

Au moment où nous écrivons ces lignes, comme nous le subodorions dans notre édito du 1er septembre 2006, la pression monte au PS pour inciter François Hollande à rassembler le parti, ses élus, ses cadres, et ses 200 000 militants derrière le leader naturel qu’est le secrétaire général d’un tel mouvement. Cette manœuvre de dernière minute, qui a de fortes chances de réussir, est la seule susceptible de décourager non seulement Lionel Jospin mais plusieurs autres des candidats à la candidature (Lang, Strauss-Khan…). Une inconnue demeure : les sondages continuent à conforter les ambitions de Ségolène Royal. Un affrontement direct avec son compagnon de vie semble invraisemblable…

Risquons un pronostic : François Hollande se déclarera ; sinon, Ségolène Royal se maintiendra ; dans ce cas-là, Lionel Jospin se présentera.

À droite, les choses, pour paraître plus compliquées, me semblent pourtant plus simples. Quand on voit Jacques Chirac débarquer à 8 heures rue François 1er pour venir dialoguer pendant 45 minutes avec Jean-Pierre Elkabbach (ex-protégé d’Édouard Balladur), on peut affirmer que le Président de la République est bel et bien en embuscade : il se représentera lui-même si la situation lui semble offrir une opportunité. Ce serait la cinquième fois qu’il se présente… Sinon, il poussera une candidature concurrente de celle de Nicolas Sarkozy. C’est pourquoi trois personnalités au moins sont dans les starting-blocks : Dominique de Villepin, quotidiennement ; Michèle Alliot-Marie, de plus en plus ouvertement ; et Alain Juppé, toujours candidat aux missions impossibles.

L’UMP aura bien, d’ici le mois de janvier prochain, un candidat unique, et ce sera notre ministre de l’Intérieur. Mais le pari qu’il fait, depuis plusieurs mois, qu’il aura finalement le soutien de tout son monde, y compris du président sortant, du Premier ministre actuel, et de l’ensemble des ministres du gouvernement est loin d’être gagné. Comme il continue à faire campagne sur le thème de la rupture, tout en restant ministre d’État, numéro 2 du gouvernement, la contradiction crève les yeux. Si on ajoute à cela le fait que les médias sont présentement trop occupés à faire campagne pour Ségolène pour continuer à lui faciliter la tâche, on peut dire qu’il est à craindre que le président de l’UMP ait mangé, à ce jour, tout son pain blanc.

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Nicolas Sarkozy et le Front National

Posted by alaindumait sur 06/09/2006

Dans la longue interview que Nicolas Sarkozy a accordée au « Figaro magazine », daté du 2 septembre, et donc parue la veille de la clôture de l’Université d’été de l’UMP à Marseille, le ministre de l’Intérieur revient longuement sur les actuels clivages qui structurent la vie politique française et, une fois de plus, se déclare personnellement partisan d’une claire bipolarisation entre la gauche et la droite.

Ici, à la rédaction des « 4 Vérités », nous ne pouvons que l’approuver. Comme lui, nous pensons, en effet, que le clivage gauche-droite ne répond certainement pas à l’ensemble des interrogations de la société mais, pour autant, le gommer est à la fois impossible et, de toute façon, pas souhaitable.

Ensuite, le champion de l’UMP est interrogé sur les chances de Jean-Marie Le Pen de figurer à nouveau au deuxième tour de l’élection présidentielle en 2007. Et là, il dérape. Il dit : « Je ne vois pas de risqueFront National ». Donc pour lui – c’est une première remarque – le vote Front National est un « risque ». Une façon de participer, comme tous les autres responsables politiques patentés, à l’ostracisme anti-FN. Pour lui, comme pour les autres, le Front National demeure une formation politique différente des autres, méritant, pour ainsi dire, une peine de relégation permanente. Il dit ne pas participer à l’hystérie générale partagée par l’ensemble de la classe politique et médiatique, qui fait une fixation sur les 17 % du Front National en 2002. Lui ne parle pas du « cauchemar » du premier tour du 21 septembre. Mais pour autant, il ne considère pas le Front National comme une formation politique tout à fait comme les autres. Selon nous, l’acceptation du clivage droite-gauche doit aller beaucoup plus loin. De la même façon qu’il bénéficie à la gauche radicale non démocrate, il doit inclure la droite nationale parfaitement démocrate.

Mais revenons sur le pronostic de Nicolas Sarkozy. Il dit avoir essayé, depuis quatre ans, de « rendre inutile le Front National », « en acceptant de parler de sujets dont elle (la droite républicaine) avait refusé de parler dans le passé ». Ce comportement est certainement à mettre à son crédit, en y ajoutant le fait qu’il a accepté de dialoguer directement avec Jean-Marie Le Pen, lors d’une émission de télévision. Mais il ne suffit pas d’avoir seulement comme audace d’oser prononcer le mot tabou d’immigration, encore faut-il avoir, s’agissant de cette question majeure, une politique qui rencontre grosso modo les attentes des Français. Or, tout donne à penser que, sur ce point capital, la politique mise en œuvre par notre ministre de l’Intérieur est loin d’être celle que nos concitoyens souhaitent. Renvoyer chez eux, chaque année, quelque 25 000 personnes installées chez nous en situation irrégulière, c’est bien, même si ça nous coûte cher, mais c’est tout à fait insuffisant. Comme si on voulait vider une baignoire avec une petite cuillère, tout en laissant les robinets ouverts…

De ce fait-là, contrairement à ce que souhaite – et on peut le comprendre – le leader de l’UMP, les intentions de vote en faveur du Front National et de Jean-Marie Le Pen, exprimées par les électeurs, telles qu’elles résultent des enquêtes disponibles actuellement, effectuées par sondage, loin de diminuer, sont en sensible augmentation par rapport à ce qu’elles étaient à la même époque avant l’élection présidentielle de 2002. Donc, sur ce point, le Président de l’UMP prend tout simplement ses désirs pour des réalités. Si les mêmes causes produisent les mêmes effets en 2007, le Président du Front national a toutes les chances de figurer à nouveau au deuxième tour de l’élection présidentielle. Comme la gauche aura forcément le vent en poupe, pour la principale raison qu’elle n’est plus aux affaires depuis 2002, c’est bel et bien Nicolas Sarkozy lui-même qui doit craindre de ne pas figurer au deuxième tour.

Certes, pour lui, la bonne stratégie n’était pas facile à établir. Et la vie politique oblige souvent à accepter et à vivre certaines contradictions. Mais, au regard des exigences d’une claire communication, un minimum de cohérence est indispensable. On ne peut pas être à la fois dehors et dedans. Être solidaire du gouvernement, de son action depuis plus de quatre ans, et être vraiment crédible quand on prône la « rupture » laquelle, pour l’intéressé, semble avoir un contenu plus verbal que réel, sans véritable remise en cause de l’État-providence qui, associé à l’immigration, est parvenu aujourd’hui à mettre la société française dans l’état de déliquescence où elle se trouve.

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