Le Journal d’Alain Dumait

Un autre regard sur la crise

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Crise financière mondiale : une chance pour l’économie ! Petite leçon d’économie politique.

Posted by alaindumait sur 03/11/2008

Depuis toujours, le crédit repose sur la confiance. Plus un agent économique est endetté, moins il inspire confiance. C’est pourquoi il y a toujours une limite à l’endettement. Mais personne ne connaît exactement le niveau exact de cette limite.

Ce qui vient de se passer au plan financier mondial a ceci de commun avec la chute du Mur de Berlin et l’écroulement du communisme : tous les esprits lucides le prévoyaient, toutes les personnes raisonnables s’y attendaient, mais personne n’était en mesure d’en annoncer la date exacte.

Il en a été de même avec l’effondrement du système bancaire auquel nous venons d’assister.

La masse monétaire – qui a pour contrepartie l’ensemble des crédits à l’économie – de l’ensemble du monde occidental (Etats-Unis + Union européenne et japon) augmentait depuis dix ans deux fois plus vite que la production. Elle représentait au total, fin octobre 2008, 120% de la production brute. Ce n’était pas longtemps supportable !

Tous les agents économiques étaient comme drogués au crédit facile (et pas cher), aussi bien les ménages que les entreprises et les collectivités publiques. Il était d’ailleurs difficile de déterminer quel allait être le maillon le plus faible : on a vu que ce furent les crédits à l’immobilier aux Etats-Unis, les désormais fameux « subprime », littéralement des crédits « sous-excellents », c’est à dire « pourris », dès l’origine…

Le ver était dans le fruit depuis près de trente ans. Le gouvernement fédéral s’était mis en tête de favoriser l’accès au crédit des Américains les plus pauvres, appartenant en particulier aux minorités ethniques, noires et hispaniques. Ces prêts, à taux progressif, étaient soit disant garantis par des caisses hypothécaires portant les jolis noms de « Fanny Mae » et « Freddy Mac ». Quand le marché immobilier s’est retourné, début 2007, ces caisses ont été immédiatement sollicitées en garantie, et rapidement elles ne purent suivre. Elles durent se déclarer en faillite. In extremis, le gouvernement les racheta, le 7 septembre 2008.

C’est alors qu’on découvrit les turpitudes des banques, non seulement américaines mais du monde entier. Ces « subprime » avaient fait l’objet d’opérations complexes de titrisation et d’émissions de produits dérivés, pour des montants dix fois supérieurs aux crédits sous-jacents. D’où une crise de confiance généralisée à l’égard du système tout entier. D’où l’effondrement des cours de bourse, et la panique au siège de tous les établissements financiers.

Les pouvoirs publics auraient pu laisser les banques les plus exposées déposer leur bilan, comme de vulgaires sociétés commerciales. Ils ont choisi la politique inverse consistant à leur porter secours en garantissant tous leurs engagements, avec l’argent des contribuables. L’histoire dira si c’était le bon choix, ce dont il est permis de douter  En sauvant les banques on a pris le risque d’exposer le crédit des Etats eux-mêmes, et l’on sait que celui-ci n’est plus ce qu’il était…

Comme en matière militaire, les stratèges économiques sont souvent en retard d’une guerre. Ils ont en mémoire la crise dite « de 29 ». Ils considèrent qu’à l’époque les pouvoirs ont eu tort de laisser tomber les banques, de laisser les banques centrales augmenter les taux et provoquer une réduction de la masse monétaire. C’est possible. Mais aujourd’hui le contexte est très différent. Les états sont endettés plus qu’ils ne l’ont jamais été. Leur marge de manœuvre financière est quasi nulle. Et les risques sont décuplés par ces produits dérivés aux signes abscons (les CDS, les CDO, les ABS, les ABX, les CLN, les SPV et autres acronymes anglo-saxons, ainsi que leurs variantes, désignant toutes sortes de produits financiers qui, apparemment, plombent toujours le bilan des banques et des compagnies d’assurances).

Les pouvoirs publics ont donc choisi la thérapeutique interventionniste. Dont acte.

En théorie, les banques sont sauvées. Mais alors, qu’est-ce qui explique que la récession soit là et que les perspectives d’activité s’assombrissent tous les jours ? La raison fort simple : que les pouvoirs publics le veuillent ou non, et quels que soient le niveau des taux d’intérêt, la demande de nouveaux crédits de la part des ménages et des entreprises va diminuer, d’autant que les banques, instruites par cette douloureuse expérience, vont faire un peu plus attention à la qualité des risques. Déjà, aux Etats-Unis, les familles réduisent leur consommation pour se remettre à épargner.

Demain la nouvelle économie s’appuiera sur moins de crédits et un peu plus d’épargne. C’est le bon sens. On revient aux règles élémentaires de l’économie : ne pas vivre trop au-dessus de ses moyens. C’est plutôt une bonne nouvelle. Mais il va falloir supporter la transition. Et la payer en termes de revenus et d’emplois. Telle est la raison profonde de cette « crise ». Un terme qui, en chinois, signifie aussi « opportunité »

(5000 signes)

 

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